Contraintes psychosociales au travail : Quels effets sur la santé des femmes et des hommes?

Contraintes psychosociales au travail

Les contraintes psychosociales au travail (communément appelées stress au travail) ont un effet néfaste sur l'incidence des maladies cardiovasculaires. Peuvent-elles aussi contribuer à des problèmes de pression artérielle, de rigidité artérielle et de santé mentale ?

Une équipe de l'Axe santé des populations et pratiques optimales en santé du Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Québec, dont fait partie l'épidémiologiste Mahée Gilbert-Ouimet, étudie les conséquences physiologiques et psychologiques de ces contraintes et les stratégies de prévention possibles.

Une étude d'une durée de cinq ans a documenté, avec trois temps de mesure, le lien entre une exposition répétée à diverses contraintes psychosociales et la pression artérielle du personnel d'une société d'assurances qui souhaitait mesurer certains indices de santé avant et après l'implantation de changements organisationnels. « Nous avons présenté aux gestionnaires de chaque unité administrative le pourcentage de leurs employés dont le travail comportait un ou plusieurs stresseurs. Nous leur avons suggéré des exemples de pratiques pouvant améliorer chacune des contraintes psychosociales (demande psychologique, latitude décisionnelle, soutien social des collègues et du superviseur et reconnaissance). Les gestionnaires ont par la suite déterminé les pratiques à implanter selon leurs priorités d'action », rapporte Mahée Gilbert-Ouimet. La mesure des indicateurs de santé à court et à long termes « a donné de bien beaux résultats », dit-elle. L'amélioration de la pression artérielle, des troubles musculosquelettiques et de la détresse psychologique des employés a effectivement suivi la réduction des contraintes psychosociales. Le guide de pratiques organisationnelles favorables à la santé que la doctorante a ensuite rédigé est actuellement testé dans des entreprises pour évaluer les facteurs qui favorisent ou limitent leur appropriation par les gestionnaires.

Puis, Mahée Gilbert-Ouimet entreprend une autre recherche qui évaluera sur une période de 20 ans plusieurs indicateurs de santé chez une même cohorte. Cette activité se distingue par ses mesures de la rigidité artérielle, « ce qui est vraiment une percée dans le domaine », indique-t-elle.

Tous ne sont pas également touchés

Les travaux de l'équipe de recherche à laquelle collabore l'épidémiologiste démontrent « que les femmes sont plus exposées que les hommes aux stresseurs psychosociaux au travail ». Comment expliquer que ces stresseurs semblent moins agir sur elles que sur leurs collègues masculins ? Soupçonnant que leurs obligations au foyer puissent avoir une influence sur le niveau de leur pression artérielle, Mahée Gilbert-Ouimet a examiné la double exposition de travailleuses au déséquilibre entre effortsreconnaissance et responsabilités familiales. Son analyse suggère que cette disparité pourrait contribuer à l'élévation rapide et persistante de la pression artérielle. Peut-on rectifier le tir ? « Les choses progressent, mais les femmes sont plus exposées aux contraintes psychosociales que les hommes et assument encore deux fois plus de responsabilités familiales. En tant que chercheurs spécialisés en santé et sécurité du travail, on s'intéresse surtout à ce que les organisations peuvent faire pour améliorer la situation, c'est-à-dire l'effet des moyens qu'elles peuvent prendre pour faciliter la conciliation travail et famille. » Horaires flexibles, télétravail et autres formules présentent des pistes de solutions, auxquelles s'ajoute nécessairement l'amélioration des contraintes psychosociales. L'histoire démontre toutefois que de tels changements sociaux ne s'implantent que très lentement.

Mahée Gilbert-Ouimet

Au cours de ses études de baccalauréat en sociologie, Mahée Gilbert-Ouimet se découvre un intérêt particulier pour la santé des populations au travail. Elle entreprend une maîtrise en épidémiologie, suivie d'un doctorat, sous la direction de la Dre Chantal Brisson, professeure titulaire au Département de médecine sociale et préventive de l'Université Laval. Elle travaille en parallèle comme assistante de recherche, puis comme épidémiologiste et coordonnatrice de projets. Des bourses d'excellence de l'IRSST et des Instituts de recherche en santé du Canada soutiennent son activité doctorale. Pour la suite, elle envisage une formation postdoctorale et une carrière de chercheuse. « Je vais probablement poursuivre avec des études orientées vers les différences hommes et femmes, c'est vraiment ce qui me passionne », dit-elle.