Les utilitaires - Des réponses à portée de main

Utilitaires Des réponses aux questions des milieux de travail à portée de main

Des personnes qui souhaitent mieux comprendre les résultats d'analyses ou encore, trouver des moyens de les adapter à leur milieu respectif, sollicitent fréquemment les chercheurs et le personnel scientifique de l'IRSST. Ce constat a incité l'Institut à concevoir, au début des années 1990, des outils qui rendraient les résultats plus accessibles et permettraient de répondre à des demandes qui, très souvent, se ressemblaient.

« Nos clients voulaient, par exemple, savoir comment convertir en ppm des résultats publiés en mg/m 3, se souvient le directeur des laboratoires, Jacques Lesage. Au début, nous leur envoyions des fichiers de conversion Excel, mais nous avons rapidement compris que, pour favoriser leur autonomie, nous devions concevoir des outils très précis qui répondraient aux interrogations du plus grand nombre. »

La mise au point d'utilitaires fait partie des efforts de l'IRSST pour assurer le transfert des résultats de la recherche et leur application dans les milieux de travail. Les clients de l'Institut apprécient les utilitaires, tant pour la planification de leur travail et les interventions qu'ils ont à faire sur le terrain que pour l'interprétation des résultats. « Nous tentons par tous les moyens de repérer, dans les résultats d'analyses de laboratoire, ce qui pourrait être adapté sous forme d'utilitaires », souligne M. Lesage.

« Bien sûr, tous les travaux de recherche ne mènent pas nécessairement à la conception d'un utilitaire. Parfois, la production d'un guide ou d'une brochure sera plus appropriée, explique le directeur des communications et de la valorisation de la recherche, Louis Lazure. Le choix du produit le plus pertinent se fait à la lumière des commentaires formulés par les membres d'un comité de suivi composé, pour l'essentiel, de personnes issues du milieu visé. Elles sont à même de juger de quelle façon les résultats de la recherche seront réellement utiles pour leurs pairs. »

Suivre l'évolution

Les utilitaires évoluent avec le temps. Liés à un ensemble de normes et de règlements, ils font l'objet d'une mise à jour lorsque c'est nécessaire, notamment dès que ces règles sont amendées. Il en est de même pour la plateforme technologique, l'utilisation du Web s'avérant plus flexible et sécuritaire pour l'utilisateur. Certains utilitaires, sans être liés à une norme ou à un règlement, répondent à un besoin exprimé par les intervenants en santé et en sécurité du travail (SST).

Une vingtaine d'utilitaires sont actuellement en ligne sur le site Web de l'IRSST. Nous vous en présentons deux : l'outil informatique Choisir une protection respiratoire contre les bioaérosols, élaboré récemment, et Saturisk, l'utilitaire de calcul du temps de service des cartouches pour contrer les vapeurs organiques, qui en est à sa deuxième version.

Choisir une protection respiratoire contre les bioaérosols

BioaérosolDe la matière biologique en suspension dans l'air, infectieuse ou non, est présente dans l'environnement de nombreuses sphères d'activité, depuis les établissements de santé jusqu'aux commerces en passant par les centres de compostage, les bâtiments agricoles, les tourbières, etc. Lorsqu'une protection respiratoire s'avère nécessaire, laquelle est la plus adéquate ? Un nouvel utilitaire, offert en français et en anglais, donne la réponse en quelques clics.

Le modèle se divise en quatre groupes de risque et cinq niveaux d'exposition. En croisant un groupe de risque et un niveau d'exposition donnés, on obtient un facteur de protection caractéristique qui guide le choix d'un appareil de protection respiratoire. Cet exercice constitue la gestion graduée du risque, qui repose sur une évaluation qualitative des dangers potentiels et fournit une solution de rechange aux méthodes quantitatives utilisées habituellement en hygiène du travail pour contrôler l'exposition aux bioaérosols.

L'équation n'est cependant pas simple. C'est pourquoi l'IRSST vient de lancer un outil d'aide à la prise de décision, dont l'idée a germé dans la tête de chercheurs qui se penchaient sur l'élaboration d'un modèle de gestion graduée du risque pour le choix de la protection respiratoire contre les bioaérosols. « Nous nous sommes dit qu'il serait utile d'avoir un outil informatique qui faciliterait l'application du modèle », explique le chercheur Jacques Lavoie.

Un outil pour les intervenants en SST

MasqueSi les résultats obtenus sont précis, ils doivent néanmoins être interprétés par un professionnel qui possède de l'expertise en la matière. « Il faut avoir un certain bagage de connaissances en hygiène du travail pour utiliser l'outil de façon appropriée, précise M. Lavoie. L'utilitaire s'adresse donc aux intervenants du réseau de santé publique en santé au travail, aux professionnels et aux médecins qui sauront déterminer le groupe de risque du bioaérosol et le niveau d'exposition, parce qu'ils connaissent bien les milieux de travail. »

Dès la première des six étapes, l'utilisateur est invité à choisir le secteur d'activité auquel il souhaite appliquer l'outil. Les résultats seront les mêmes, peu importe le secteur sélectionné, mais les renseignements demandés et les exemples fournis à chacune des étapes suivantes seront adaptés à la réalité de chacun. L'utilisateur sera alors en mesure de répondre avec le plus d'exactitude possible aux questions portant sur le groupe de risque auquel appartiennent les bioaérosols présents dans le milieu de travail ciblé, sur les moyens de contrôle de la qualité de l'air et sur le taux de génération, c'est-à-dire le potentiel d'aérosolisation des bioaérosols, soit leur mise en suspension.

Au terme du processus, le choix de l'appareil de protection respiratoire sera déterminé en fonction des risques que présente le bioaérosol, du niveau de contrôle dans le milieu de travail et de la nature des activités à y effectuer. Le modèle génère des résultats qui concordent habituellement avec les avis et les recommandations d'experts. L'utilisateur pourra imprimer le résultat final.

L'outil doit être utilisé uniquement lorsqu'une évaluation du risque préalable a démontré un besoin de protection respiratoire contre les bioaérosols dans un milieu de travail. Il ne doit pas remplacer une démarche quantitative d'évaluation et de contrôle des risques, si des ressources et des techniques d'hygiène du travail sont disponibles pour le faire.

Calculer le temps de service des cartouches de protection contre les vapeurs organiques

2015-04-saturiskL'offre d'appareils de protection respiratoire (APR) visant à prémunir les travailleurs contre les vapeurs organiques présentes dans leur environnement a beaucoup évolué depuis l'introduction de l'utilitaire Saturisk, en 2008. Une mise à jour s'imposait donc.

L'utilitaire Saturisk s'intéresse aux vapeurs organiques, un type de contaminant très différent des bioaérosols qui, eux, sont constitués de matières en suspension dans l'air. Les APR visés sont, par conséquent, tout aussi différents.

Dans ces appareils, une cartouche emplie de charbon actif – un solide très poreux – comporte de petits trous dans lesquels les contaminants sont adsorbés. Pendant combien de temps ces cartouches peuvent- elles être utilisées sans mettre en danger la santé et la sécurité du travailleur ? Saturisk sert précisément à mesurer le temps de service restant avant qu'elles soient saturées.

Divers éléments influent sur la durée d'utilisation d'une cartouche. Il y a la nature et la concentration du contaminant, les conditions environnementales – principalement la température et l'humidité relative – ainsi que l'intensité du travail, laquelle se traduit par le débit respiratoire du travailleur. « L'utilisateur de Saturisk doit être en mesure de caractériser le mieux possible les conditions d'exposition réelles d'un travailleur, mais en aucun cas Saturisk ne sera capable de mimer à 100 % le cas spécifiquede tous, reconnaît le chercheur Ludovic Tuduri. L'outil sert donc à titre indicatif pour donner une estimation du temps de service que l'on peut espérer atteindre, dans des conditions qui se rapprochent de celles du travail. »

Plus de cartouches et plus de substances

Dans la nouvelle version de Saturisk, le nombre de cartouches analysées est passé de 6 à 11, mais il ne s'agit pas d'une simple addition : la disparition de certaines cartouches et l'apparition de plusieurs autres, ainsi que des changements quant à leur composition, ont justifié en grande partie la mise à jour de l'utilitaire. Seules y figurent celles dont l'utilisation est autorisée au Québec. La base de données des substances a, quant à elle, grimpé de 130 à 167. « Dans la liste de Saturisk se trouvent uniquement des composés présents à l'annexe 1 du Règlement sur la santé et la sécurité du travail », précise M. Tuduri.

Autre caractéristique importante à souligner : lorsque deux molécules sont présentes dans l'atmosphère, elles entrent en compétition pour se fixer sur le charbon d'une cartouche. Saturisk tient compte de cet aspect et base ses calculs sur les propriétés physicochimiques les plus défavorables en ce qui a trait au temps de service afin d'assurer d'abord la protection du travailleur.

Des conditions de comparaison identiques

Saturisk est un outil de base qui sert à aiguiller les intervenants en santé et sécurité du travail qui conçoivent des programmes de protection respiratoire. « Ce n'est pas un remède universel. Les données que nous fournissons ne sont pas suffisantes à elles seules pour bâtir un programme, mais elles sont essentielles dans certains cas », insiste Ludovic Tuduri.

D'autres facteurs entrent effectivement en ligne de compte. Par exemple, lorsqu'un hygiéniste hésite entre deux cartouches, l'une dont le temps de service est de sept heures et l'autre de neuf heures, celle dont la durée de vie est de neuf heures est bien sûr préférable si le quart de travail dure huit heures. Cette pratique permet d'éviter qu'une deuxième cartouche soit amorcée et mise de côté parce que le quart de travail est terminé. Si le travailleur n'utilise la cartouche qu'une demi-journée, il devra la ranger de façon appropriée (dans un contenant scellé). Autrement, la capacité d'adsorption de celle-ci se détériorerait et son temps de service serait réduit en conséquence.

Ludovic Tuduri conclut sur un attribut intéressant de Saturisk : il ne présente qu'un seul modèle de calcul et les conditions   de détermination des temps de service sont uniques, quelle que soit la cartouche. « Nous offrons donc un outil qui permet vraiment de comparer les cartouches les unes avec les autres dans des conditions identiques. »

Pour en savoir plus

Utilitaire : Choisir une protection respiratoire contre les bioaérosols

LAVOIE, Jacques, Eve NEESHAM-GRENON, Maximilien DEBIA, Yves CLOUTIER, Geneviève MARCHAND. Développement d'un modèle de gestion graduée du risque pour le choix de la protection respiratoire contre les bioaérosols, Rapport R-766, 57 pages.

Aussi en anglais : Development of a Control Banding Method for Selecting Respiratory Protection Against Bioaerosols, Report R-804, 57 pages.

Saturisk : Utilitaire pour le calcul du temps de service des cartouches pour les vapeurs organiques.

TUDURI, Ludovic, Florence JANVIER, Yves CLOUTIER, Josée POULIN, Daniel COSSEMENT, Daniel DROLET, Jaime LARA. Optimisation de SATURISK, l'outil de calcul du temps de service des cartouches de protection respiratoire contre les vapeurs organiques, Rapport R-873, 82 pages.

COSSEMENT, Daniel, Iheb BELLASFAR, Patrick-Daniel DUBOIS, Tapan K. BOSE, Jaime LARA, Daniel DROLET, François LEMAY, Zélie FORTIN. Mise au point et validation d'un outil de calcul du temps de service des cartouches filtrantes pour vapeurs organiques, Rapport R-542, 70 pages.