Avoir 15 ans, étudier et travailler au Québec

Avoir 15 ans, étudier et travailler au Québec
Photo : IStock

Ils ont 15 ans et fréquentent le 3e secondaire. En plus de suivre leurs cours, certains d’entre eux déneigent l’entrée de quelques voisins, tondent le gazon, ou gardent des enfants ou des animaux. D’autres font la plonge dans le casse-croûte du coin, participent aux travaux de la ferme familiale, ou sont vendeurs dans un magasin grande surface.

Peu importe la nature de l’activité pour laquelle ils sont rémunérés, 41 % des jeunes de cet âge occupent un emploi durant l’année scolaire, dont environ 20 % ont déjà été blessés ou failli l’être dans leur milieu de travail.

Ce ne sont là que quelques-unes des révélations de l’Étude longitudinale du développement des enfants du Québec (ÉLDEQ), que l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a entreprise en 1998.

L’IRSST s’y est associé en 2013, avec l’objectif d’obtenir des données permettant de suivre l’entrée des jeunes sur le marché du travail et d’étudier les risques que cela posait pour leur santé et leur sécurité. « Depuis la fin des années 1990, on observe une augmentation de la participation des jeunes de 15 à 19 ans au marché du travail, mais on disposait alors de peu de données nous permettant de faire un portrait complet de l’emploi, de la santé et de la sécurité du travail (SST). C’est pourquoi l’Institut s’est joint à titre de partenaire à cette étude », rapporte Pascale Prud’homme, professionnelle scientifique à l’IRSST. Si, à l’origine, l’ISQ voulait suivre une cohorte dès sa petite enfance pour comprendre les trajectoires menant au succès ou à l’échec scolaire, il a aussi voulu mieux connaître la réalité de ces sujets alors qu’ils étaient rendus à 15 ans. « C’est ainsi que notre collaboration avec l’IRSST a commencé, témoigne Karine Tétreault, agente de recherche à l’ISQ, et que nous avons été sensibilisés au fait que l’on connaissait peu ce qui se rapporte à la SST chez ces jeunes en particulier. »

Une abondance de données

Avoir 15 ans et travaillerGrâce aux réponses aux questions sur le travail ajoutées au questionnaire de l’ÉLDEQ, la chercheuse Élise Ledoux et la démographe Pascale Prud’homme ont publié un rapport intitulé Portrait du travail et de la SST chez les jeunes de 15 ans au Québec, lequel caractérise l’entrée de ces élèves sur le marché de l’emploi et fait état des raisons qu’ils invoquent pour travailler ou non durant l’année scolaire. Le document décrit les types de travaux que les jeunes réalisent, leur horaire de travail et le nombre d’heures qu’ils y consacrent, ainsi que les conditions d’exercice de leurs emplois. Il s’intéresse également à la gravité des blessures qu’ils ont subies en travaillant et présente des pistes d’intervention visant à informer les élèves eux-mêmes, leurs parents, leurs employeurs et les intervenants en SST à l’importance de prévenir les risques qui guettent ces travailleurs novices.

Il ressort entre autres de la masse de données tirées de l’ÉLDEQ que la plupart des jeunes de 15 ans qui travaillent durant l’année scolaire le font principalement pour accéder à une autonomie financière accrue. Pascale Prud’homme précise cependant qu’ils peuvent avoir d’autres motivations, notamment en ce qui concerne leur développement social, « comme acquérir de l’expérience de travail ou encore, augmenter leurs responsabilités ». Notons d’ailleurs que près de la moitié de ceux qui étaient sans emploi ont dit souhaiter travailler.

Le genre exerce une influence sur le type d’emploi que les jeunes occupent : 52 % des filles ont rapporté s’être adonnées à de petits travaux, comparativement à 30 % des garçons. Ces derniers, dans une proportion de 53 %, avaient plus souvent travaillé pour un employeur ou pour l’entreprise de leur famille. Ils semblent donc s’insérer plus rapidement que les filles sur le marché de l’emploi officiel, dont les conditions de travail et de SST sont mieux encadrées.

Volet 2013 - 15 ans
A travaillé durant l'année scolaire ?

Oui - 41 %
Filles - 44%
Garçons - 36 %
Non - 59 %
Filles - 56 %
Garçons - 64 %
Petits travaux - 42 %
Filles - 52 %
Garçons - 30 %
Emploi pour un employeur ou l'entreprise familiale - 40 %
Filles - 28 %
Garçons - 52 %
Plusieurs types d'emplois - 19 %
Filles et garçons - différences non significatives
 
La catégories « plusieurs types d'emploi correspond à des jeunes qui effectuent un emploi pour un employeur ou l'entreprise familiale et des petits travaux
Source : ISQ, ÉlDEQ 1998-2015.

 

Exposés à des risques

« Plus de 21 % des jeunes qui occupaient un emploi au cours du mois précédant l’enquête se sont blessés ou ont failli l’être dans leur milieu de travail », constate Pascale Prud’homme. Et plus de 37 % des élèves travailleurs ont déclaré avoir ressenti de la douleur souvent ou tout le temps après avoir accompli leur ouvrage. Karine Tétreault mentionne que l’ISQ « pourra documenter davantage ces résultats lorsque plus de jeunes travailleront dans des emplois formels ». À son avis, les questions sur la SST incluses dans la prochaine étape de l’enquête « seront encore plus pertinentes lorsqu’ils seront rendus au cégep ou qu’ils entreront à l’université ». Pour l’instant, on sait qu’à 15 ans, leur environnement de travail les expose déjà à certaines contraintes physiques, ce qui est en général plus souvent le cas des garçons que des filles.

Premiers emplois déterminants ?

Parce qu’ils passent peu d’heures par semaine à travailler, les jeunes de 15 ans ne se distinguent pas de leurs camarades sans emploi en ce qui a trait à leur investissement scolaire et à leur perception de leur état de santé. Les chercheuses recommandent néanmoins d’orienter les efforts de sensibilisation vers les milieux de travail pour les inciter à prendre les moyens appropriés afin de réduire autant que possible les risques et à offrir une formation en SST à ces adolescents lorsqu’ils commencent un nouvel emploi. Cela contribuerait à éviter qu’un accident du travail compromette leur santé, avec comme conséquence de les faire dévier de leur trajectoire scolaire, voire nuire à leurs projets d’avenir.

Selon Karine Tétreault, la poursuite de cette étude longitudinale procurera des données qu’aucune étude transversale ne peut livrer. Elle permet en effet de suivre les mêmes jeunes dans le temps et de savoir comment le fait d’occuper un emploi pendant l’année scolaire peut influencer « leur réussite scolaire ou leur choix de vie ». Liens entre travail, santé, sécurité, choix de carrière... c’est un autre pan majeur de la réalité des jeunes en marche vers leur 20 ans que le prochain volet de l’ÉLDEQ révélera.

Pour en savoir plus

LEDOUX, Élise, Pascale PRUD’HOMME, Karine TÉTREAULT, Hélène DESROSIERS. Portrait du travail et de la SST chez les jeunes de 15 ans au Québec, Rapport R-905, 103 pages.

  • Fascicule
  • Site Web sur l’Étude longitudinale du développement des enfants du Québec (ELDEQ) jesuisjeserai.stat.gouv.qc.ca
  • Vidéo : Pascale Prud'homme répond aux questions sur les jeunes de 15 ans occupant un emploi.