Poussières et déflagrations : apprendre à contrôler le risque

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Les industries de l’agroalimentaire, du bois, du papier et du métal ont des processus de transformation bien différents les uns des autres, mais qui présentent un point commun : la production résiduelle de fines poussières. Celles-ci sont hautement inflammables et présentent un risque élevé de déflagrations, comme en témoignent plusieurs accidents survenus dans les dernières années. Certaines mesures obligatoires, dont des mécanismes de protection essentiels pour les industries à risque, doivent donc être mises en place pour assurer la sécurité des travailleurs.

À Taiwan, le 27 juin 2015, lors d’une chaude journée d’été, les visiteurs déambulent dans un parc aquatique du Nouveau Taipei pour se rafraîchir. En fin de soirée, durant une performance artistique, de la fécule de maïs colorée est projetée à partir d’une scène. Celle-ci s’enflamme rapidement et la foule se retrouve prisonnière d’une énorme boule de feu, causant de graves brûlures à 500 personnes en seulement quelques instants. Près de la moitié des victimes se trouvent dans un état critique et quinze personnes ne survivent pas à leurs blessures. On se rend vite compte que les risques liés aux déflagrations de poussière sont méconnus, les organisateurs de l’événement avouant ne pas en être informés.

Il s’agit d’un exemple dont les conséquences ont été particulièrement graves, mais des incidents liés aux déflagrations de poussières surviennent aussi au Québec, où les personnes travaillant dans les différents milieux à risque sont souvent inconscientes des dangers ou les sous-estiment. Notons que plusieurs des accidents récents impliquaient des équipements contenant des poussières combustibles qui ont été mises en suspension par des travaux d’entretien, de réparation ou d’intervention en sécurité incendie. « Il y a un manque flagrant d’information, les gens sont encore surpris d’apprendre que les poussières peuvent causer des déflagrations », déplore Gilles Lacerte, ingénieur-inspecteur pour le service de la prévention-inspection de la CNESST. Dans la province, ce sont les poussières issues de l’industrie du bois qui causent le plus d’accidents. Les poussières provenant de l’industrie agroalimentaire, du papier et du métal causent aussi des déflagrations, mais les accidents sont moins fréquents à l’échelle de la province. « Les déflagrations de poussières métalliques sont les plus risquées, mais celles de poussières de bois sont plus fréquentes puisqu’il y a beaucoup de production de bois au Québec », résume Gilles Lacerte.

Tout d’abord, pour qu’il y ait déflagration, plusieurs facteurs doivent être réunis. Il doit y avoir un combustible (poussière), un comburant (oxygène de l’air ambiant) et une source d’inflammation (étincelle, électricité statique, etc.) ; une partie des poussières doit être en suspension et atteindre une concentration minimale pour déclencher la déflagration. Pour illustrer ce phénomène dans un contexte réel, imaginez une scierie qui laisserait le bran de scie s’accumuler sur les poutrelles, les surfaces, et à proximité des outils de coupe, ne disposant pas de l’équipement approprié pour évacuer la poussière avec efficacité. Déjà dangereuse, la situation devient très risquée si ces poussières se retrouvent en suspension dans l’air. Dans ces circonstances, une simple étincelle provenant d’un appareil, ou même la chaleur causée par la friction rapide de la lame de scie sur le bois, pourrait être suffisante pour mettre le feu aux poudres et causer une déflagration.

Une approche orientée vers la prévention

Source : CNESSTLors d’un accident survenu au Québec, un travailleur a été brûlé à la suite de l’inflammation des poussières combustibles présentes dans une benne à planure.
Source : CNESST

« Les normes sont claires : dès qu’il y a un danger de poussières déflagrantes, il faut installer les dispositifs appropriés », insiste Gilles Lacerte. Pour une prévention efficace de tels événements, il faut d’abord s’attaquer aux sources d’ignition des poussières. « Environ 25 % des ignitions proviennent des sources d’électricité statique, surtout des particules en mouvement dans les canalisations. Généralement, l’utilisation d’équipements antistatiques et une mise à la terre permettent d’éliminer ce risque. Les autres sources d’inflammation peuvent être contrôlées à l’aide de systèmes de détection et de suppression d’étincelles », affirme M. Lacerte. Également, les différents réceptacles à poussières tels que les dépoussiéreurs doivent être munis de systèmes permettant une protection contre les déflagrations et leur propagation. Plusieurs possibilités existent, telles que les évents d’explosion, la suppression chimique, le clapet antiretour, le déflecteur de front de flamme et la vanne rotative. Certaines techniques spécifiques peuvent aussi permettre la réduction des risques d’ignition, tels que l’humidification des poussières ou le remplacement de l’oxygène par des gaz inertes.

Selon Gilles Lacerte, les entreprises concernées sont de plus en plus conscientes de l’importance de ces dispositifs de sécurité. « Il y a eu de gros changements à partir des années 2000 au Québec, à la suite d’un accident mortel majeur survenu en 1997. La CNESST a modifié sa réglementation et est intervenue auprès des fournisseurs d’équipements de traitement des poussières. Les choses se sont améliorées, mais encore aujourd’hui, on découvre certaines entreprises qui ne sont pas suffisamment protégées, même celles de calibre international. » Les employeurs peuvent parfois commander des équipements à des fournisseurs qui ne connaissent pas les besoins particuliers de l’entreprise. La machine en question peut alors être insuffisante, inefficace ou installé de manière inadéquate et devenir un danger pour les travailleurs. « Sans formation, les employés ou l’employeur d’une usine ne sont pas nécessairement au courant des normes et des règles de l’art, ils ne connaissent pas bien les appareils et savent encore moins comment les entretenir », explique Gilles Lacerte. Selon lui, afin d’assurer la sécurité d’un système, les entreprises doivent se tourner vers du personnel qualifié, tel qu’un ingénieur, pour l’analyse de leurs besoins et l’installation de dispositifs de sécurité. Si l’entretien de ces dispositifs est ensuite fait par les employés, ceux-ci doivent suivre une formation auprès du fournisseur afin de connaître les techniques et les risques qui les accompagnent.

Ancienne norme, nouveaux standards de sécurité

Malgré les différents mécanismes de prévention, les déflagrations sont toujours un risque pour les industries produisant des poussières combustibles. Les dispositifs de sécurité doivent donc être conçus de manière à réduire les conséquences à un seuil minimum. La réglementation et les normes de sécurité permettent d’assurer des mécanismes de contrôle efficaces si la déflagration se produit malgré tout.

En 2007, la CNESST a adopté les normes de l’association nationale américaine pour la prévention des incendies (NFPA). Le Québec est alors devenu la seule province canadienne à l’intégrer à sa réglementation dans le domaine de la santé et de la sécurité du travail1. Les normes NFPA sont issues des mesures américaines de prévention des incendies et permettent entre autres d’encadrer la manière de procéder pour tout ce qui concerne la prévention de la combustion et des déflagrations de poussières. La prévention est en évolution constante et les entreprises disposent des informations nécessaires et actuelles pour éviter les déflagrations de poussières et assurer la sécurité des travailleurs et travailleuses.

  1. Voir les articles 58  et 59  du RSST

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