Usine Domtar Santé, sécurité… et musculation !

Source : Air Photo Max
Source : Air Photo Max

À l’usine Domtar de Windsor, en Estrie, on conçoit, fabrique, commercialise et distribue un large éventail de pâtes et papiers.

Seule usine intégrée en Amérique du Nord, de la récolte en forêt au traitement du papier, toutes les tâches sont exécutées au même endroit. En plus d’être une source d’inspiration pour les autres usines, l’amélioration continue de son programme de santé et de sécurité au travail est une valeur fondamentale.

Chez Domtar, l’activité physique fait partie des principales mesures mises en place pour la santé et le mieux-être du personnel et elle est l’une des rares entreprises à avoir construit un centre d’entraînement, annexé à ses bureaux administratifs. Michel Simoneau, chef du Service de santé et de sécurité au travail a présenté une conférence intitulée « Quand le gym devient un outil de développement organisationnel : l’histoire d’un partenariat de près de 20 ans à l’usine Domtar », lors du Rassemblement pour la santé et le mieux-être tenu à Montréal les 10 et 11 avril derniers. Il a abordé les moyens créatifs que Domtar utilise pour faire la promotion de saines habitudes de vie auprès de ses employés.

Les années 80 ont été une époque de changements pour le milieu forestier; c’est lors de cette période que la mécanisation des postes de travail s’est développée. Les travailleurs forestiers, qui étaient alors connus pour leur grande force physique, travaillaient très fort, manuellement, à l’aide de scies mécaniques. Du jour au lendemain, leur vie a changé. Ils deviennent opérateurs de machinerie lourde et passent d’un travail très actif à un poste de travail assis, qui occasionne des vibrations. Après cette transition, les employés ont développé plusieurs problèmes de santé, dont de l’embonpoint et des maux de dos. Ils n’avaient pas modifié leurs habitudes alimentaires, mais leur niveau d’activité physique était presque réduit à néant. « Après avoir pris conscience de la situation, nous sommes allés rencontrer les directions des compagnies forestières, des kinésiologues et des nutritionnistes, et l’idée de construire des centres sportifs dans les forêts, pour que les gens soient plus actifs, est ainsi née en 1998. Nous avons aussi modifié les menus pour une meilleure alimentation », raconte Pierre Audet, président-directeur général d’Olympe, une compagnie externe qui a aménagé le centre d’activité physique Vitaforme à l’usine Windsor. À la suite de l’instauration des programmes d’activités physiques dans les forêts, il n’y avait plus de réclamations pour maux de dos. « Nous nous sommes dit que si cela fonctionnait pour les forêts, ce serait également vrai pour les usines, où tout est également robotisé », poursuit-il. Et il avait raison, puisque maintenant, environ 25 % des travailleurs de l’usine utilisent le centre d’entraînement et ses nombreux appareils de musculation de façon régulière, chaque semaine. Le centre Vitaforme offre également des cours de groupe tels le spinning, le yoga, la méditation, la zumba et la course, ainsi que des massages sur chaise sur les périodes du midi ou en matinée.

Un peu... tous les jours!

Avec le temps, les objectifs du programme de santé et de mieux-être chez Domtar n’ont jamais changé; ce sont plutôt les moyens qui ont évolué. « Plutôt que d’organiser de gros événements pour amener les gens à réfléchir, nous faisons de petits gestes, ce qui fait qu’on cogne sur le clou, un peu chaque jour. Notre objectif est d’offrir minimalement 500 activités de mieux-être par année », illustre M. Simoneau. Un employé à temps plein passe souvent un plus grand nombre d’heures éveillé au travail qu’à la maison. « Nous sommes actifs pendant le jour. Alors pourquoi ne pas inculquer de saines habitudes de vie et inciter les gens à bouger durant ce moment-là? » se questionne-t-il.

Avec les multiples quarts de travail, de nuit et de jour, il peut parfois être difficile de rencontrer tous les travailleurs au sein de l’entreprise. Depuis trois ans, les représentants du comité de mieux-être se déplacent directement dans les secteurs des employés et animent des mini-capsules sur différents sujets. De plus, lors des Rendez-vous Sécure, des vidéos préparées par le service de santé et sécurité du travail (SST) sont présentées aux travailleurs, et les surintendants des secteurs touchés animent l’activité auprès d’eux. « C’est une activité d’échange », ajoute M. Simoneau.

Aussi, sous le même concept que l’émission humoristique québécoise Caméra Café, des capsules SST abordent divers thèmes et peuvent être visionnées dans le site intranet de l’usine. Les vidéos sont tournées avec des employés volontaires, qui incarnent des personnages. « C’est vraiment personnalisé à notre usine. Nous allons également filmer dans les maisons, on veut aller plus loin. On ne veut pas que les employés portent un chapeau de prévention lorsqu’ils entrent ici, et qu’en sortant, il soit retiré. Si l’on veut influencer les gens, la SST doit devenir une valeur, et pour que quelque chose devienne une valeur, ça doit te suivre partout », mentionne Michel Simoneau. Les sujets des capsules sont choisis en fonction de la réalité des travailleurs. « Par exemple, si nous observons qu’il y a des lacunes dans l’utilisation des échelles, nous ferons une capsule sur les techniques à utiliser. Nous faisons aussi des capsules de reconnaissance de travailleurs, lorsque ceux-ci ont fait de bons coups en SST et que les résultats parlent d’eux-mêmes », explique Michel Simoneau. Plusieurs sujets ont déjà été traités dans les derniers mois, tels que le travail de nuit, les coups de chaleur, les espaces clos et les protections respiratoires.

Un programme médical convoité

Prélèvements sanguins, pansements, consultations médicales, tests respiratoires, vaccination… un infirmier est présent pour assurer ces services tous les jours de la semaine, directement à l’usine. Et tous les jeudis, c’est journée de prélèvements sanguins. Également, un médecin se déplace une fois par semaine, et le personnel peut le consulter non seulement pour des raisons liées au travail, mais également pour des raisons personnelles. « Notre approche relative à la culture de la santé et de la sécurité auprès des employés est importante. On ne travaille pas nécessairement sur les blessures, mais plus sur la prévention de celles-ci. Depuis sept ans, notre taux de fréquence OSHA (pourcentage des travailleurs qui ont subi une lésion professionnelle ayant causé une inaptitude au travail, une restriction des activités de travail ou qui ont nécessité des traitements médicaux) est en dessous de 1, mais ce n’est jamais assez! », explique Michel Simoneau. Sans aucun doute, il croit que le programme médical joue un rôle primordial dans l’entreprise, puisqu’il offre aux employés un service rapide et interne. « Les tests sont effectués presque sur-le-champ, donc si le médecin rencontre un travailleur et qu’un élément pourrait avoir un effet sur son travail, par exemple s’il faisait de la haute pression, nous allons avoir un diagnostic rapide et nous pourrons mettre les solutions en place pour corriger la situation », ajoute-t-il. L’infirmier a également la tâche de faire de la sensibilisation sur certains sujets comme la protection auditive.

Qui bouge gagne

Vitaforme
Source : Lysandre Lebel

En plus des machines de musculation, le centre Vitaforme offre également des cours de groupe tels le spinning, le yoga, la méditation, la zumba et la course.

En janvier 2018, Domtar a lancé son nouveau programme organisationnel, « Virgin Pulse », qui est accompagné d’une application mobile. « De nos jours, la réalité a changé. Les programmes doivent être adaptés aux jeunes d’aujourd’hui, qui ont besoin de changements constants. L’objectif de ce programme, c’est de faire bouger nos employés, tout le temps, et avec peu d’efforts », commente Michel Simoneau. Si un employé se gare loin de l’entrée de l’usine ou s’il prend les escaliers plutôt que l’ascenseur, par exemple, il accumule des points. Si l’employé dort convenablement, dans la noirceur totale et pendant une durée convenable, il accumule des points. Son téléphone était-il fermé durant la nuit? Est-ce qu’il a contrôlé ses portions lors de ses repas? A-t-il atteint son objectif de faire 10 000 pas dans la journée? Si la réponse est oui, il accumule plus de points. À la fin d’une année, un employé qui a cumulé assez de points peut recevoir une récompense de 400 $ sur une carte de crédit prépayée. Des groupes peuvent également être créés sur l’application et les participants se lancent des défis. « C’est vraiment ça qui est motivant, nous sommes ensemble. Au départ, j’étais sceptique, mais j’ai tout de suite embarqué dans le jeu et j’entre mes informations dans l’application tous les jours », se réjouit M. Simoneau.

Avec la culture préventive valorisée, les changements de comportement et des habitudes de travail sont aujourd’hui bien acceptés par les travailleurs à l’usine Domtar. « Ce que l’on réalise, c’est que ça prend des programmes courts, qui sont continuellement en évolution. Nos campagnes durent une dizaine de semaines, car nous voulons toujours innover et garder l’intérêt. Il ne faut pas penser que l’on ira toujours chercher 100 % de notre main-d’oeuvre, mais un fort pourcentage de celle-ci », explique Michel Simoneau. « Peu importe ce que vous allez faire et les méthodes que vous utiliserez, cela aura un effet positif sur votre entreprise, et c’est pour cela qu’il faut accorder de l’importance à ces trois piliers et travailler sur eux : la santé, la sécurité et le mieux-être au travail », ajoute-t-il.