La prise en charge de la SST, c’est l’affaire de tous!

Source : Shutterstock
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Risques1 chimiques, physiques, biologiques, ergonomiques, psychosociaux ou liés à la sécurité : chaque poste de travail est unique et comporte son lot de tâches qui, lorsqu'elles sont mal exécutées, peuvent mettre en péril la santé et la sécurité des travailleurs.

C’est pourquoi, selon la Loi sur la santé et la sécurité du travail, petites, moyennes et grandes entreprises ont la responsabilité de mettre en application les mesures nécessaires pour s’acquitter de leurs obligations en matière de SST. Ainsi, les employeurs et les travailleurs ont un rôle majeur à jouer dans leur milieu de travail pour éliminer les risques et garder les lieux sécuritaires!

Dans les années 1970, la sécurité au travail fait l’objet de l’une des principales luttes des syndicats, qui revendiquent un resserrement des règlements en la matière. En 1978, le livre blanc Politique québécoise de la santé et de la sécurité des travailleurs est publié. À l’époque, on constate entre autres qu’aucun pouvoir institutionnel ne peut suppléer à la connaissance du milieu qu’ont les employeurs et les travailleurs, et qu’ils doivent travailler ensemble pour améliorer la situation. Quelques années plus tard, en 1979, le projet de loi no 17 est adopté, et arrive la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST) telle qu’on la connaît aujourd’hui. « Parmi les objectifs de cette réforme, on souhaitait favoriser la prise en charge. Cette nouvelle loi était donc la pierre d’assise de la prise en charge en SST », explique Julie Grenier, conseillère en préventioninspection à la CNESST. Peu de temps après son adoption, la LSST mène à la création de comités de santé et de sécurité (CSS) pour certains secteurs d’activité. Leur mandat : améliorer la prévention sur les lieux de travail. Finalement, en 1980, la Commission de la santé et de la sécurité du travail remplace la Commission des accidents du travail, avec une mission axée sur la prévention auprès des milieux de travail. Depuis, la SST et la prise en charge ont beaucoup évolué, mais les principes restent inchangés.

Source : Martin Ouellet-Diotte, CNESST« Quand le message est clair et que tout le monde s’entraide, c’est là que la SST devient une valeur d’entreprise. »
– Julie Grenier, conseillère experte en prévention-inspection à la CNESST.

Source : Martin Ouellet-Diotte, CNESST

Droits et obligations de tous

Au sein d’une entreprise, l’employeur et le travailleur ont des droits et des obligations à respecter en matière de SST. Le travailleur a notamment le droit d’avoir des conditions de travail sécuritaires, de recevoir l’information, la formation et la supervision adéquates, d’avoir accès à des services de santé préventifs, de refuser d’exécuter une tâche si elle représente un danger, ainsi que de demander un retrait préventif, si nécessaire. Toutefois, selon la LSST, il est dans l’obligation de prendre les mesures nécessaires pour protéger sa santé et sa sécurité et celles des personnes qui se trouvent sur les lieux de travail ou à proximité. Le travailleur doit également participer à l’identification et à l’élimination des risques, prendre connaissance du programme de prévention, collaborer avec le CSS et se soumettre aux examens médicaux demandés, si nécessaire. Sans la participation des travailleurs, il serait plus difficile d’implanter une démarche de prévention.

L’employeur, de son côté, est dans l’obligation de protéger la santé et d’assurer la sécurité et l’intégrité physique du travailleur. Pour ce faire, il doit s’assurer que le milieu de travail ainsi que l’organisation du travail et les méthodes employées sont sécuritaires. De plus, il doit offrir du matériel sécuritaire, assurer son maintien en bon état, informer le travailleur, assurer la formation sur les risques liés au travail et la supervision nécessaires, etc. Il revient donc à l’employeur d’implanter une démarche de prévention, mais le travailleur doit y participer.

« Identifier, corriger et contrôler, c’est ça, la meilleure façon d’implanter une démarche de prévention dans une entreprise! », s’exclame Guylaine Bourque, ingénieure, conseillère experte en préventioninspection à la CNESST. Une prise en charge efficace de la santé et de la sécurité au travail comporte des activités pour éliminer les risques et des activités pour gérer la SST.

Comment identifier les risques?

  • Inspections périodiques
  • Registre d’incidents, d’accidents et de premiers secours de son établissement
  • Analyse des tâches
  • Commentaires, plaintes, suggestions des travailleurs, des contremaîtres ou du comité de santé et de sécurité, s’il y a lieu
  • Expériences des autres entreprises du même secteur ou des autres membres de la mutuelle de prévention
  • Analyse de risques

Identifier

Pour analyser les risques et établir les priorités d’action, l’employeur doit se questionner : connaît-il réellement son entreprise et les risques présents au sein de celle-ci? Il doit pouvoir les identifier et mettre des mesures en place pour les éliminer. « Quelles tâches sont à réaliser? Comment? Est-ce que les méthodes de travail sont sécuritaires? Les travailleurs sontils formés pour bien utiliser tous les outils et les équipements? Ce sont les quelques questions que devrait se poser un employeur qui commence en SST », indique Mme Bourque.

D’abord, l’employeur doit vérifier si des problèmes ont déjà été mentionnés par les travailleurs et si des incidents ou des accidents ont été rapportés. Une méthode d’identification plus rigoureuse est ensuite requise. Effectuer des inspections périodiques, consulter le registre d’accidents, d’incidents et de premiers secours, réaliser une analyse de tâches et une analyse de risques, tenir compte des commentaires, des plaintes et des suggestions et parler à des représentants d’autres entreprises pour faire des comparaisons et en apprendre davantage sont des moyens efficaces pour identifier les problèmes de SST au sein de l’entreprise. « Si on explique au travailleur les risques que comportent les tâches qu’il accomplit et qu’on trouve des solutions avec lui, il comprendra pourquoi on implante des changements, que ce soit du côté des équipements, du matériel utilisé, ou encore de l’aménagement, et il aura plus de facilité à intégrer des méthodes de travail sécuritaires », affirme Mme Bourque.

Moyens de prévention

MOYEN DE PRÉVENTIONEFFICACITÉ
Élimination à la source
ex. : conception de l’équipement
++++++
Remplacement
ex. : produit ayant une toxicité plus faible
+++++
Contrôle technique
ex. : système de ventilation, protecteur sur machine
++++
Sensibilisation
ex. : alarme sonore, signalisation
+++
Mesures administratives
ex. : procédures de travail sécuritaire, formation des travailleurs
++
Équipements de protection individuelle
ex. : gants, lunettes, mesures pour assurer l’utilisation et l’entretien adéquats
+


Corriger et contrôler

Une fois les risques identifiés et les priorités établies, il faut choisir les correctifs et les moyens de prévention adéquats à mettre en place. Il faut d’abord chercher à éliminer les risques à la source ou suivre le cheminement applicable en respectant la hiérarchie des moyens de prévention. Si un risque ne peut pas être complètement éliminé, il faut le réduire et le maîtriser. Pour une meilleure efficacité, il faut toujours viser le haut de la pyramide de la hiérarchie des moyens de prévention. Plus les moyens de correction sont au bas de la pyramide, plus il est important de combiner plusieurs correctifs.

Contrôler est la clé d’une bonne performance en SST. Une fois les correctifs adéquats appliqués, l’employeur doit s’assurer que ceux-ci restent en place et demeurent efficaces. Il est possible d’avoir corrigé la situation, mais si elle n’est pas contrôlée, avec le temps, le moyen de correction peut devenir moins efficace. Par exemple, un protecteur peut devenir moins fonctionnel. Le travailleur serait ainsi exposé de nouveau au risque. Dix moyens peuvent aider à assurer la permanence des correctifs : l’information, la formation et la formation d’appoint, les inspections, la supervision, l’entretien préventif, les politiques d’achat, les politiques de sous-traitance, les politiques d’ingénierie, la surveillance de la qualité du milieu de travail et la surveillance de la santé des travailleurs.

Quel est votre niveau de prise en charge?

Pour favoriser la prise en charge de la SST au sein d’un établissement, il y a cinq conditions gagnantes. D’abord, l’engagement et le soutien de la haute direction est une condition clé du succès. « L’engagement et les gestes concrets posés par l’employeur sont les bases. En entreprise, la culture de la SST doit aller du haut vers le bas. Si les travailleurs participent, mais qu’il n’y a aucun appui provenant d’en haut, ce sera très difficile », mentionne Mme Bourque.

La participation des travailleurs est la seconde condition gagnante. « La participation des travailleurs est importante. Ils sont à l’oeuvre, connaissent les outils, les services et les tâches. Leur apport, que ce soit pour identifier les risques ou pour trouver des correctifs, est primordial. Plus la SST sera adaptée aux besoins de l’établissement et des travailleurs, plus cela sera efficace et durera longtemps », explique Guylaine Bourque.

La troisième condition gagnante est la responsabilité des gestionnaires et des travailleurs, tandis que la quatrième consiste en l’organisation adéquate de la prévention. L’évaluation de la performance en SST de l’établissement est la dernière condition.

C’est donc le degré d’atteinte à l’égard de chacune de ces conditions qui détermine le niveau de prise en charge de l’entreprise. Selon le Cadre de référence de la CNESST, on observe quatre niveaux :

  • NIVEAU 1 : Gestion centrée sur les activités courantes
  • NIVEAU 2 : Gestion réactive
  • NIVEAU 3 : Gestion proactive
  • NIVEAU 4 : Gestion préventive

« À partir du niveau 3, on considère qu’il y a une prise en charge. Il est rare que toutes les conditions gagnantes se situent au même niveau. Être au dernier niveau, ce n’est pas quelque chose qui se fait du jour au lendemain », explique Julie Grenier. Chaque année, une évaluation doit être réalisée pour constater l’amélioration continue de la prise en charge.

NIVEAU 1
Gestion centrée sur les activités courantes

Ce type de gestion se situe sous le seuil minimal à atteindre pour une bonne prise en charge de la SST. Les travailleurs ne participent pas à l’identification des risques ni à la recherche de moyens pour les corriger. Il n’y a d’ailleurs aucun encouragement à faire respecter les règles, et les responsabilités de part et d’autre ne sont pas définies. De plus, aucun programme de prévention n’a été mis en place, aucune enquête n’est réalisée lorsque surviennent des incidents ou des accidents, et ceux-ci ne sont pas consignés dans un registre. L’entreprise ne ressent pas le besoin d’avoir des secouristes, des trousses de premiers secours, des activités de prévention ou des formations en SST. L’évaluation de la performance en SST n’est pas réalisée.

NIVEAU 2
Gestion réactive

Également sous le seuil minimal à atteindre pour une bonne prise en charge de la SST, les entreprises où l’on observe ce type de gestion possèdent peu ou pas de mécanismes de prévention, et ne proposent pas de solutions en réponse aux plaintes déposées par les travailleurs. Les responsabilités des travailleurs et des gestionnaires quant à la SST restent informelles et ne sont définies que verbalement, souvent à la suite d’un accident. On trouve quelques fiches de prévention dans le milieu de travail, et des enquêtes sont réalisées en cas d’accident mortel. De plus, un registre est tenu à jour pour tout accident grave, et quelques secouristes sont formés et ont accès à un nombre restreint de trousses de premiers secours, ainsi qu’à certaines formations. On évalue seulement la performance en SST en fonction des événements survenus.

NIVEAU 3
Gestion proactive

Ce type de gestion est le seuil minimal à atteindre pour considérer qu’une entreprise prend en charge la SST. L’engagement et le soutien de la haute direction sont définis par des gestes concrets tels que des formations spécifiques en SST. Un programme de prévention est établi avec la participation des travailleurs, et ceux-ci signalent les risques inhérents à leur milieu tout en respectant les règles de sécurité. Des responsabilités écrites sont définies pour le gestionnaire qui s’occupe de la SST et pour le CSS. La prévention est organisée : les risques sont identifiés, analysés, et des priorités sont établies. Il y a des moyens de correction prévus pour éliminer les risques, et des moyens de contrôle sont parfois intégrés pour en assurer la permanence. Le registre d’accidents est toujours rempli, et on tient parfois des enquêtes sur les incidents. Un programme d’accueil pour les nouveaux travailleurs est mis en place et quelques formations en SST sont données lorsque c’est nécessaire. Une évaluation de la performance, un bilan sommaire des activités de prévention et du CSS, ainsi qu’une analyse et un suivi des accidents sont réalisés au moins une fois par année.

NIVEAU 4
Gestion préventive

Ce type de gestion est le but à atteindre pour toute entreprise. Les risques sont signalés et des solutions sont proposées. Les responsabilités de tous sont clairement définies. La gestion de la prévention est organisée méthodiquement, de sorte que les risques sont identifiés et analysés et que les priorités d’action sont établies. Des moyens de contrôle sont appliqués pour assurer la permanence de ces correctifs. Le programme de prévention est connu de tous et mis à jour annuellement. De plus, tous les accidents et les incidents font l’objet d’une enquête et sont consignés dans un registre. Un programme d’accueil et d’intégration pour les nouveaux travailleurs est mis en place et plusieurs formations pour tous les employés sont offertes lorsque c’est nécessaire. La direction évalue au moins une fois par année la performance de l’établissement, et les résultats sont rendus publics. De plus, un bilan complet est effectué en ce qui concerne la réalisation du programme de prévention, les activités du CSS, les activités de prévention et le suivi des accidents et des incidents. La gestion des dossiers de retour au travail à la suite d’accidents est aussi évaluée.

Le programme de prévention, l’outil ultime!

« Un programme de prévention, c’est le principal outil prévu par la Loi sur la santé et la sécurité du travail pour gérer la prévention », explique Guylaine Bourque. L’objectif du programme de prévention est d’éliminer ou, si ce n’est pas possible, de réduire et de contrôler les risques au travail par l’application de mesures concrètes. « Il doit être vu comme une démarche intégrée de l’entreprise vers la prévention des risques. La santé et la sécurité du travail doivent faire partie de la stratégie de l’entreprise, au même titre que la production, les ventes et le marketing », poursuit Mme Bourque. Pour une meilleure efficacité, les travailleurs doivent participer de façon active à l’élaboration et à l’actualisation de ce programme.

Source : Marie-Josée Legault« La participation des travailleurs à la démarche de prévention est importante. Ils sont à l’oeuvre, connaissent les outils, les services et les tâches. »
– Guylaine Bourque, ingénieure, conseillère experte en prévention-inspection à la CNESST

Source : Marie-Josée Legault

« Il n’existe pas de modèle type, puisque les entreprises sont différentes et ne se situent pas toutes au même niveau en matière de prévention. Plus le programme est intégré aux activités courantes, plus il est utilisé », ajoute-t-elle. Même s’il n’existe pas de recette miracle, certains éléments doivent s’y trouver. Un programme de prévention efficace comporte deux volets. Le premier concerne la gestion de la prévention, qui comprend des activités comme les inspections planifiées, les enquêtes et l’analyse de risques. Le second volet touche les risques professionnels et les principales sources de risque, les correctifs à apporter et les mesures de contrôle qui y sont rattachées. Le programme de prévention doit être lu et compris par tous les travailleurs. « Pour que tous comprennent facilement, nous voyons parfois, dans les milieux de travail, des approches plus visuelles avec des images illustrant les bonnes et les mauvaises situations de travail. C’est une excellente pratique, car elle place la SST au coeur des opérations de l’entreprise et permet aux travailleurs d’avoir des renseignements sur la prévention en fonction des tâches qu’ils exécutent », mentionne Guylaine Bourque.

Niveaux de prise en charge de la santé et de la sécurité du travail

NIVEAU 1 : Gestion centrée sur les activités courantes

Ne se préoccupe pas de la prévention à moins d’y être obligé.

NIVEAU 2 : Gestion réactive

Se préoccupe uniquement de la prévention à la suite d’un évènement (ex. : un accident).

NIVEAU 3 : Gestion proactive

Met les choses par écrit pour assurer le contrôle et le maintien dans le temps.

NIVEAU 4 : Gestion préventive

La prévention devient une valeur, elle est intégrée au fonctionnement de l’entreprise.

VERS UNE PRÉVENTION OPTIMALE


Une multitude d’outils pour vous aider!

Identifier les risques peut être une tâche complexe pour les employeurs qui ne savent pas par où commencer. C’est pourquoi plusieurs outils sont mis à leur disposition sur le site Web de la CNESST. « Avec ces outils, on a vulgarisé, informé et montré aux gens qu’ils peuvent faire eux-mêmes des changements. Ce n’est pas vrai que pour faire de la SST, ça ne prend que des experts. Les milieux de travail peuvent faire beaucoup de choses aussi. Même si certaines problématiques exigent l’apport d’un expert, on voulait montrer que finalement, la SST, ce n’est pas si compliqué que ça! », rapporte Guylaine Bourque. La CNESST a publié le guide Outil d’identification des risques, qui présente les quatre éléments à analyser selon le graphique ITEM (Individu, Tâche, Environnement et Matériel), ainsi qu’une multitude de questions à poser pour identifier les risques. Les travailleurs ont-ils des connaissances suffisantes? Quelles sont les tâches à effectuer? Les lieux sont-ils en bon état et dégagés? Des produits dangereux sont-ils utilisés?

Les quatre composantes à analyser pour identifier les risques selon le graphique ITEM : l’individu, les tâches, l’environnement et le matériel

Les quatre composantes à analyser pour identifier les risques selon le graphique ITEM : l’individu, les tâches, l’environnement et le matériel

L’Outil d’identification des risques comporte des modèles de grilles pour aider à identifier, corriger et contrôler les risques pour chaque tâche, équipement ou matériel. Des questions types à poser permettent d’identifier chaque type de risque plus facilement. Par exemple, pour les risques physiques électriques, l’employeur doit se demander si l’exposition à l’électricité se fait par contact avec des pièces sous tension ou par un courant d’alimentation. Par ailleurs, un tableau avec des exemples de moyens de prévention vise à aider les employeurs à choisir les moyens à mettre en place pour diminuer ou éliminer les risques identifiés dans le milieu de travail.

D’une durée de dix à quinze minutes, quatre capsules de formation sur la prévention des risques pour la SST, accessibles sur le site Web de la CNESST, posent les balises d’une démarche de prévention. « Nous avons choisi de réaliser une formation de base pour habiliter les gestionnaires et les membres du CSS à s’occuper eux-mêmes de la SST dans leur milieu de travail. Cette formation se décline en quatre capsules intitulées Droits et obligations, Identifier, corriger et contrôler les risques, Organiser la prévention et Passer à l’action », explique Guylaine Bourque. Les capsules comportent des hyperliens vers les lois, les règlements et les documents complémentaires pour soutenir les milieux de travail.

De plus, l’Outil de diagnostic, accessible sur le site Web de la CNESST en format PDF ou en version interactive, permet de procéder au diagnostic de la prise en charge de la SST au sein d’un établissement. Composé d’une cinquantaine de questions, il permet d’établir un portrait des pratiques de prévention des risques en fonction des cinq conditions gagnantes du cadre de référence pour la prise en charge, selon le pointage obtenu. Il sert à cibler des actions à prioriser pour améliorer la prise en charge, à effectuer un suivi des progrès accomplis en réalisant périodiquement le diagnostic et à soutenir le dialogue autour de la prévention des risques au sein de l’établissement. « Les employeurs sont invités à faire le diagnostic régulièrement pour voir leur évolution au fil des semaines », explique Guylaine Bourque.

De plus, le Certificat d’engagement, créé par la CNESST et accessible sur son site, permet à l’employeur de spécifier ses engagements en matière de santé et de sécurité du travail. Une fois signé, il peut être diffusé auprès des employés et affiché en entreprise.

Et les nouveaux travailleurs dans tout ça?

Une bonne prise en charge de la SST au sein d’une entreprise ne peut être complète sans un plan d’intégration des nouveaux travailleurs. Par « nouveaux travailleurs », on n’entend pas seulement ceux qui sont embauchés depuis peu. En effet, si toute personne nouvellement embauchée, qu’elle soit jeune, expérimentée, nouvelle arrivante ou retraitée, est considérée comme un « nouveau travailleur », c’est également le cas de toute personne qui exécute une tâche pour la première fois, même si elle est au service de l’entreprise depuis longtemps.

Lorsqu’une intégration est bien planifiée et préparée, elle permet de transmettre les informations pertinentes en lien avec la SST dès l’accueil de ces employés. « La clé, c’est de planifier l’arrivée des travailleurs pour s’assurer que nous aurons tous les outils pour faciliter l’intégration, les formations, etc. Plus c’est intégré dès le départ, plus les travailleurs vont sentir que la SST est importante. Si l’identification des risques n’a pas déjà été faite, c’est un bon moment pour la réaliser et lancer une démarche de prise en charge », mentionne Julie Grenier. Pour ce faire, la CNESST a élaboré une démarche d’intégration en quatre étapes.

Les associations sectorielles paritaires : pour vous accompagner

Les associations sectorielles paritaires (ASP) existent pour aider les milieux de travail dans leur cheminement vers une prise en charge efficace de la SST. Elles ont créé de nombreuses formations dans leurs secteurs respectifs, sur des thèmes comme l’élaboration d’un programme de prévention, l’accueil de nouveaux travailleurs, l’établissement d’une culture de SST, la création d’un comité de santé et de sécurité au travail, etc. Les ASP se déplacent sur les lieux de travail pour aider à la formation et rendre les entreprises autonomes. « Parfois, cela peut prendre jusqu’à un an avant qu’une entreprise soit complètement autonome sur le plan de la santé et de la sécurité au travail. La durée dépend des risques que l’on trouve dans le milieu de travail et des efforts que les employeurs et les travailleurs sont prêts à mettre. On les accompagne et on leur donne des devoirs, en quelque sorte », explique Julie Gaudin, conseillère en gestion de la prévention chez MultiPrévention.

Le carrossier CarrXpert Jacques Lévesque, à Rimouski, a travaillé en collaboration avec Auto Prévention pour la création d’un CSS et l’amélioration de la prévention dans l’entreprise. « Tout le monde a la chance de s’exprimer, d’amener ses idées et ses préoccupations. Les activités de santé et de sécurité au travail deviennent un moyen d’échanger ouvertement entre les parties employeur et employé », mentionne Daisy Lévesque, la responsable des ressources humaines, de la comptabilité et du développement durable de l’entreprise. Chaque matin, chez CarrXpert, la minute d’information permet d’aborder différents sujets tels que les produits dangereux, la tenue des lieux ou encore l’utilisation sécuritaire des outils. Également, le personnel de l’atelier a été invité à prendre part à un exercice sur les mesures d’urgence, lors duquel les travailleurs devaient trouver les extincteurs, les déclencheurs manuels d’alarme d’incendie et les sorties d’urgence, en plus de répondre à des questions de sécurité. « Les employés ont pris conscience de l’importance de savoir où se situent les extincteurs et de valider certaines connaissances qu’ils avaient oubliées au fil du temps », ajoute Mme Lévesque.

Démarche d’intégration des nouveaux travailleurs

1

Planifier l’arrivée du nouveau travailleur

En établissant les modalités du contrat de travail, telles que le salaire et les périodes de paie, et en établissant au préalable un plan de formation SST, on améliore la prise en charge en entreprise. La liste des risques et des moyens de prévention et de contrôle doit déjà être dressée, et les formations nécessaires en santé et sécurité doivent être planifiées.

2

Accueillir le nouveau travailleur

L’employeur doit transmettre au nouvel employé les informations nécessaires en matière de normes du travail (horaire de travail, politiques de l’entreprise, mécanismes prévus en cas de conflit, etc.), d’équité salariale (concept, obligations, etc.) et de SST (droits et obligations, procédures en cas d’urgence, informations sur les risques liés au travail, etc.). Un gabarit de liste de vérification est inclus dans le document Démarche d’intégration de vos nouveaux travailleurs de la CNESST.

3

Former le nouveau travailleur

Il est important de consigner toute l’information relative aux formations de nouveaux employés dans un outil de suivi. Une formation complète devrait comporter un volet théorique ainsi qu’un volet pratique, selon les tâches à réaliser.

4

Superviser et évaluer vos travailleurs

Il est nécessaire de prévoir des moments de suivi et d’évaluation pour s’assurer que les nouveaux travailleurs comprennent bien comment exécuter leur travail de façon sécuritaire et selon les directives établies par l’entreprise. Il faut vérifier qu’ils comprennent et qu’ils appliquent les principes de SST et corrigent les pratiques dangereuses et inadéquates, s’il y a lieu. Un exemple de fiche de suivi est présenté sur le site Web de la CNESST. Il faut consigner les interventions par écrit et offrir de la formation et de l’encadrement en continu (planifier les rappels de formation, etc.). « C’est important que tout soit en place au début, mais il ne faut pas penser que tout est terminé une fois que le travailleur est arrivé », insiste Julie Grenier.


Un modèle à suivre

Chez Déco Nat inc., une entreprise de production et de distribution de pierres décoratives en béton, le changement de l’équipe de gestion, il y a quelques années, a fait souffler un vent de nouveauté. « Avant mon arrivée, il y a eu des accidents. Les gestionnaires ont pris conscience du problème, et nous avons travaillé en collaboration avec la CNESST pour mettre en place des moyens pour éliminer les risques. C’est important que les dirigeants y croient et soient capables de faire vivre la SST dans l’usine, sinon ça ne fonctionne pas », explique Hugo Noël, le directeur technique de l’entreprise. Maintenant, dans les réunions de début de quart, la SST est un sujet important. « On en profite pour rappeler souvent aux travailleurs que chez nous, aucun travail n’est accepté s’il n’est pas fait en sécurité. On donne le temps, le matériel et les équipements adéquats à nos employés pour qu’ils exécutent leurs tâches correctement. S’il y a des doutes, nous sommes toujours disponibles pour discuter avec eux et trouver des solutions », ajoute M. Noël. La création d’un CSS fait également partie des solutions apportées pour l’amélioration de la SST.

« Nous faisons souvent des analyses de risques. Nous évaluons continuellement notre travail. Que nous reste-t-il à faire? On considère qu’il n’y a jamais vraiment de fin à la SST, car on peut toujours faire mieux. Les contremaîtres, avec l’appui de leurs directeurs, font des rappels aux employés, que ce soit pour le port des équipements de protection individuelle, la manipulation des produits ou l’utilisation de bonnes méthodes de travail. C’est une tâche quotidienne, c’est comme ça qu’on y arrive. Si on n’entend pas parler de SST, on oublie! », mentionne Hugo Noël. En effet, lors de la rencontre quotidienne de production, les contremaîtres discutent avec les employés et évaluent si de nouveaux risques se sont présentés pendant la semaine. Si oui, ils rapportent les problèmes au CSS et si c’est urgent, la situation est corrigée sur-le-champ. Par exemple, auparavant, un certain appareil pouvait se mettre en mouvement, même si des travailleurs se situaient dans les zones dangereuses. Après analyse, des gardes fixes, des rideaux de sécurité et des scanneurs ont été installés. Maintenant, lorsque quelqu’un entre dans la zone, le mouvement est détecté et la machine ne peut plus fonctionner. Tant qu’il y a du personnel dans la zone dangereuse, la machine ne peut pas se mettre en marche.

« Plusieurs outils accessibles en ligne sur le site de la CNESST nous aident à trouver des solutions et à faire nos analyses. De plus, nos employés assistent à plusieurs formations données par les ASP, sur le cadenassage ou les chariots élévateurs par exemple », conclut-il. Pour la prochaine année, l’entreprise a comme défi d’améliorer la sécurité des passages piétonniers dans l’usine.

Une prise en charge en continu

Source : ShutterstockLorsqu’une intégration est bien planifiée et préparée, elle permet de transmettre les informations pertinentes en lien avec la SST dès l’accueil des nouveaux employés.
Source : Shutterstock

Chez Joseph Ribkoff, une entreprise québécoise du secteur de la mode qui est active depuis 60 ans, la SST est au coeur des priorités. « Depuis la construction de nos installations, l’entreprise est passée de 100 à plus de 400 employés. Ce changement a engendré des défis considérables en ce qui concerne les espaces et les pratiques de travail. Il y a eu prise de conscience, et nous avons décidé de créer un CSS, de faire de la sensibilisation à la SST, de la prévention, des inspections des lieux de travail, et nous avons mis en place des protocoles à suivre en cas d’accident », explique Julie Gadbois, vice-présidente aux ressources humaines chez Joseph Ribkoff. « Pour nous aider à être conformes aux recommandations de la CNESST concernant nos installations, nous avons eu recours à plusieurs consultants. Nous avons mis l’accent sur les corridors de sécurité, les lumières, l’affichage, les extincteurs, etc. afin de nous assurer que nos installations, en cas d’urgence, étaient sécuritaires », explique Jacinthe Laliberté, directrice excellence opérationnelle chez Joseph Ribkoff. D’ici peu, tous les employés auront un guide des mesures d’urgence, et des outils seront mis à leur disposition. « Nous avons mis en place des outils pour le comité et les inspections. Nous avons même créé un logo pour toutes les communications en lien avec la SST », mentionne Julie Gadbois. « La SST, c’est une histoire de tous les jours. C’est de ne jamais devenir trop à l’aise! Ça concerne tout le monde, pas seulement les employés en SST ou le CSS. Aussi, les employeurs ne doivent pas hésiter à aller chercher de la formation auprès d’experts et d’ASP. Les travailleurs ne voient pas toujours le risque, mais c’est notre rôle de leur inculquer cette notion », ajoute Jacinthe Laliberté.

La prise en charge au sein d’une grande entreprise

Chez Soucy, entreprise se spécialisant dans la conceptualisation et la fabrication de composants pour les fabricants de véhicules récréatifs, industriels, agricoles et de défense, Lisette Arel agit à titre de directrice corporative santé, sécurité et environnement. « La SST, c’est avant tout de la gestion de risques. Connaître les risques de son entreprise par le biais d’analyses, c’est ça, la clé du succès », confie Mme Arel. Chez Soucy, des équipes multidisciplinaires composées de travailleurs, de gestionnaires et de spécialistes sont formées sur l’analyse de risques ainsi que sur les droits et les obligations en santé et sécurité du travail. Lors des analyses, ces équipes examinent les postes de travail pendant plusieurs heures. « Pour chaque poste de travail ou tâche exécutée, l’équipe établit les risques auxquels sont exposés les travailleurs. Ensuite, on pondère en fonction de différents critères pour lesquels une situation donnée entraînerait des risques de blessure en cas d’accident. Par exemple, certaines tâches comportent des risques de contusion, tandis que d’autres pourraient entraîner la mort. À l’aide de cette pondération, il est possible de prioriser les risques pour déterminer par où on doit commencer », poursuit Mme Arel. Par exemple, lorsque certaines tâches comportent des risques d’amputation, une mesure temporaire est immédiatement mise en place et le directeur de l’usine en est informé sur-le-champ. L’entreprise se donne ensuite un délai de trois mois pour établir un plan d’action qui permettra de déterminer une solution permanente. Cet inventaire des risques amène donc des besoins de corrections, de modifications et d’achats. « Lorsqu’on fait des analyses de risques en équipe de façon rigoureuse, nos employés deviennent des ambassadeurs en SST. Ils sont d’ailleurs les mieux placés pour connaître les risques liés à leurs tâches ou aux machines qu’ils utilisent », ajoute Lisette Arel.

Un peu, tous les jours!

« C’est fondamental que les travailleurs sentent, dès le départ, que la culture de la SST est importante au sein de l’entreprise. Plus c’est intégré tôt dans les tâches quotidiennes, plus les travailleurs vont y adhérer. Quand le message est clair et que tout le monde s’entraide, c’est là que la SST devient une valeur d’entreprise, au même titre que le respect ou l’intégrité », note Julie Grenier. « En prévention, quand on arrête d’avancer, on ne stagne pas, on recule. Il n’y a pas de solutions uniques, il faut que celles-ci soient adaptées aux différents milieux de travail », conclut Guylaine Bourque.


1. Les préventionnistes diront qu’on identifie un danger et qu’on analyse un risque. De la même façon, on élimine un danger alors qu’on réduit et qu’on maîtrise un risque. Pour alléger le texte, c’est le terme « risque » qui sera utilisé.