Un déchargement qui tourne au cauchemar

Déchargement qui tourne au cauchemar

Alors qu’un opérateur de camion-grue à mât articulé décharge les matériaux empilés sur sa remorque, des poutres glissent des chaînes de levage, et ces dernières sont projetées dans sa direction, provoquant ainsi sa chute.

Simulation de l'accident (animation 3D libre de droits)

Que s’est-il passé?

Lors d’une journée enneigée, le 5 décembre 2017, un opérateur de camion-grue à mât articulé commence son quart de travail à 4 h 15 dans une usine qui se spécialise dans la fabrication de structures à ossature de bois. Après avoir inspecté sa remorque, il quitte l’usine au volant du camion à 4 h 45, pour aller livrer des matériaux. Il fait une première livraison à 6 h 30 et ensuite, il se rend à un autre chantier, où il doit en effectuer deux de plus. Vers 8 h 30, des travailleurs présents sur le chantier viennent aider l’opérateur à décharger des poutrelles. Lors du déchargement, l’opérateur se trouve sur la remorque et manœuvre la grue avec la télécommande attachée à sa taille. Il amarre deux poutres de bois de placage stratifié à l’aide de deux brins de chaînes. Les chaînes utilisées font le tour des deux poutres. Pour l’opération de levage, l’opérateur se place sur un ballot de feuilles isolantes, emballées d’une pellicule plastique et déposées sur d’autres poutrelles. Celles-ci se situent du côté conducteur, au-dessus des roues arrière, à près de deux mètres du bout de la remorque. Vers 8 h 45, lors du levage, les poutres glissent des chaînes d’arrimage. Elles tombent dans la rue, à l’arrière de la remorque, projetant ainsi les chaînes en direction de l’opérateur. Ce mouvement des chaînes fait perdre pied à l’opérateur, qui tombe dans la rue. Les travailleurs sur le chantier lui portent secours et appellent les services d’urgence. L’homme est transporté à l’hôpital, où il décède des suites de ses blessures le lendemain.

Qu’aurait-il fallu faire?

Le Code de sécurité sur les travaux de construction stipule que « toute manœuvre doit être exécutée de façon qu’aucun travailleur ne soit exposé à un danger. Aucune charge ne doit se trouver au-dessus de la tête des travailleurs et aucun travailleur ne doit se tenir sous une charge ou sous une Alors qu’un opérateur de camion-grue à mât articulé décharge les matériaux empilés sur sa remorque, des poutres glissent des chaînes de levage, et ces dernières sont projetées dans sa direction, provoquant ainsi sa chute. partie d’un appareil de levage qui pourrait s’abattre sur lui. » De plus, selon la norme CSA Z150.3-11, Code de sécurité relatif aux grues à flèche articulée, « l’opérateur doit s’assurer que la charge est bien arrimée et bien équilibrée avant de continuer à soulever à plus de 150 millimètres, environ, du sol. » Le manuel du fabricant mentionne que seules les personnes disposant de qualifications nécessaires peuvent utiliser la grue et qu’il faut veiller à ce que personne ne se trouve dans le périmètre de danger. La zone de danger est le périmètre de la grue dans lequel les travailleurs peuvent être atteints par les mouvements de pivotement de la flèche ou de l’outil de travail et par les mouvements éventuels des charges accrochées.

Des formations d’opérateurs de camion à mât articulé sont offertes au Québec par des centres de formation professionnelle dans le domaine du transport et du levage. La formation comprend un volet théorique et un volet pratique, dans lesquels on enseigne aux futurs opérateurs de se placer à un endroit sécuritaire. Il est nécessaire d’avoir une position de travail stable. Cela dit, se placer en équilibre sur le dessus de matériaux sur la remorque n’est pas une pratique sécuritaire. Il faut également éviter des risques liés à l’état des sols, tels que les glissades, les ouvertures, les caniveaux et les obstacles.


Notre personne-ressource : Pierre Privé, coordonnateur aux enquêtes, Direction générale de la prévention-inspection et du partenariat de la CNESST

Enquête réalisée par : Natalie Saidon et Jean-Philippe Parais, inspecteurs, Direction régionale de la Capitale-Nationale de la CNESST

Pour en savoir plus

Rapport d’enquête
centredoc.cnesst.gouv.qc.ca/pdf/Enquete/ed004187.pdf