Deux mécaniciens sous-traitants d’une compagnie se dirigent vers leur camionnette, située dans le stationnement, après avoir effectué une réparation dans une usine. Alors qu’ils marchent, une chargeuse happe les deux piétons…

Simulation de l’accident (animation 3D libre de droits)

Que s’est-il passé?

Dans la cour d’une usine de l’industrie du bois, le 5 février 2019, entre 7 h et 10 h, plusieurs bris mécaniques surviennent sur différentes machines de production. L’établissement a donc recours aux services de deux mécaniciens sous-traitants pour effectuer les réparations nécessaires. Le mécanicien et son apprenti arrivent sur les lieux vers 10 h 50. Ils garent leur camion dans le stationnement des sous-traitants et travaillent à l’usine jusqu’à 15 h. Vers 15 h 30, les travaux sont terminés et les deux travailleurs retournent à pied au stationnement, situé 300 mètres plus loin, derrière la guérite donnant accès au site de l’usine.

Pendant ce temps, dans la cour à bois, deux employés de l’usine, chacun dans leur chargeuse, terminent l’entreposage de matière première dans la zone de déchargement. Vers 15 h 30, l’un d’entre eux doit aller souffler sa chargeuse, conformément au protocole d’entretien. Avant toute chose, il doit se rendre à son automobile personnelle, garée au stationnement des sous-traitants pour aller récupérer son équipement de protection individuelle.

En sortant de la cour à bois, il effectue un virage à gauche pour rejoindre le chemin d’accès principal. Il sent tout de suite un contrecoup sous sa chargeuse. Il se retourne et aperçoit deux personnes couchées au sol. Le mécanicien et son apprenti ont été happés et projetés vers l’avant alors qu’ils se trouvaient dos à la trajectoire de la chargeuse. Le mécanicien est écrasé tandis que l’apprenti passe entre les roues. Les services d’urgence sont ensuite contactés et les ambulanciers sont dépêchés sur les lieux pour prodiguer les premiers soins. Le décès du mécanicien est constaté au centre hospitalier et l’apprenti y est transporté pour recevoir les soins appropriés.

Illustration: Ronald DuRepos
Illustration : Ronald DuRepos

Qu’aurait-il fallu faire?

D’abord, la vue du conducteur est restreinte par le godet. Lorsque les opérateurs circulent dans la cour avec la chargeuse, celui-ci est levé à une hauteur entre 30 et 60 cm. En se référant à la blessure au dos de la victime, le godet a frappé à 90 cm de hauteur. Il est démontré que plus la hauteur du godet augmente, plus la distance de l’angle mort devant la chargeuse est grand. En sortant de la cour à bois, lorsque le conducteur de la chargeuse entreprend son virage à gauche, l’angle mort est supérieur à 8,9 mètres. Il est ainsi impossible de voir une personne de 1,78 mètre, placée devant la chargeuse alors que le godet est levé à cette hauteur.

Dès qu’un piéton est présent dans une aire de circulation, un risque d’écrasement existe. Selon le Règlement sur la santé et la sécurité du travail, « dans les cours, les voies et les passages réservés aux piétons ainsi que, le cas échéant, leurs intersections avec les voies de circulation des véhicules doivent faire l’objet d’une signalisation claire et placée bien en vue ». De plus, lorsque des piétons cohabitent avec des véhicules, un plan de circulation doit être mis en place et appliqué sur le terrain de l’usine. Tous doivent être au courant de son existence et de la marche à suivre : employeurs, travailleurs et sous-traitants. La visibilité réduite du conducteur de la chargeuse requiert qu’il soit informé de la présence de quiconque se trouvant dans l’aire de circulation. Ainsi, la mise en place d’un plan de communication informant l’opérateur de la présence de piétons dans l’aire de circulation doit se trouver dans le plan de circulation. La présence d’un signaleur s’impose également.


Personne-ressource : Pierre Privé, coordonnateur aux enquêtes, Direction générale de la préventioninspection et du partenariat de la CNESST

Enquête réalisée par : Giancarlo E.Specogna et Isabelle Kohler, inspecteurs, Direction régionale des Laurentides de la CNESST

Illustration : Ronald DuRepos

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