Un travailleur meurt après avoir quitté son véhicule

Illustration : Ronald DuRepos
Illustration : Ronald DuRepos

Alors qu’il circule sur un territoire sans accès au réseau cellulaire, un infirmier en route pour aller prodiguer des soins dans le nord du Québec s’engage avec son véhicule sur la section artisanale d’un pont. Alors qu’il roule, le véhicule s’immobilise dans une position précaire, ce qui l’oblige à quitter les lieux à pied et à s’enfoncer dans les profondeurs de l’hiver pour tenter de trouver de l’aide…

Que s’est-il passé?

Le jour de l’accident, en novembre 2019, l’infirmier, qui est employé par une entreprise qui fournit des soins de santé, a quitté son domicile de Brossard pour se rendre dans le village de Nemaska, dans le nord du Québec, où se trouve son lieu de travail. Bien que l’employeur lui ait proposé deux itinéraires sur route asphaltée, l’infirmier a choisi celui que lui proposait Google Maps, puisqu’il le croyait plus court. Toutefois, ce trajet l’obligeait à circuler sur des routes forestières plus périlleuses et non déneigées. Chemin faisant, il a emprunté le pont de la rivière de l’Esturgeon, situé dans le canton Champdoré, à environ 47 kilomètres au sud de la municipalité de Matagami. Ce pont était fermé depuis juin 2015 par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

En effet, une section du tablier de ce pont était manquante et c’est pourquoi des panneaux de signalisation situés à 1 km et à 0,5 km de l’entrée du pont indiquaient clairement qu’il était fermé. Néanmoins, le travailleur s’est engagé sur celui-ci, ce qui a eu pour effet d'immobiliser son véhicule dans une position précaire sur la structure artisanale du pont, près de la terre ferme.

Carte régionale simplifiée avec les trois trajets

TRAJET 1
Cette route est asphaltée sur toute sa longueur, mais est considérée par Google Maps comme plus longue en temps.

TRAJET 2
Cette route de campagne est utilisée régulièrement et entretenue.

TRAJET 3
Ce trajet utilisé par le travailleur est celui privilégié par Google Maps au moment de l’événement puisque c’est le trajet le plus court en temps alors que le travailleur se situe à Barraute. À la suite de l’événement, Google Maps a retiré ce trajet.

icône de destination prévue DESTINATION PRÉVUE

position du véhicule retrouvé POSITION DU VÉHICULE RETROUVÉ

Bien qu’il soit impossible de savoir à quel moment le travailleur a choisi de quitter son véhicule, nous savons toutefois qu’il a été retrouvé huit jours plus tard à 16,8 km de ce dernier, sans vie, dans un chemin forestier.

Qu’aurait-il fallu faire?

D’abord, l’enquête a démontré qu’une procédure de déplacement élaborée par l’employeur était en place au moment de l’accident. Cependant, la mesure pour assurer la communication entre l’employeur et l’employé lors des déplacements en région éloignée était incomplète. En d’autres termes, il n’y avait pas de façon de s’assurer des moments d’arrivée et de départ des travailleurs lors de leurs déplacements dans des lieux isolés où il est impossible d’assurer une communication bilatérale. C’est donc pourquoi il est primordial que les entreprises dont les travailleurs doivent effectuer des travaux ou des déplacements dans des lieux isolés se dotent d’une procédure stricte leur permettant d’informer les travailleurs du déroulement des déplacements et de s’assurer de connaître leur position à des moments prédéterminés du trajet. D’ailleurs, l’article 322 du Règlement sur la santé et la sécurité du travail mentionne que « lorsqu’un travailleur exécute seul un travail dans un lieu isolé où il lui est impossible de demander de l’assistance, une méthode de surveillance efficace, intermittente ou continue doit être mise en application ».

De plus, lorsqu’un travailleur a occasionnellement à effectuer des travaux en lieu isolé dans des secteurs non couverts par le réseau cellulaire, il est possible pour l’employeur de louer un appareil de communication. De même, du matériel d’urgence et de survie est à prévoir à bord du véhicule. Précisons aussi qu’un plan de route détaillé, décrivant notamment le secteur de travail, la route privilégiée pour s’y rendre ainsi que la fréquence à laquelle les communications avec le travailleur doivent avoir lieu, doit être établi. Finalement, il est impératif pour l’employeur de s’assurer de la disponibilité en tout temps de la personne chargée de la communication avec les travailleurs isolés.

Personne-ressource : Pierre Privé, coordonnateur aux enquêtes, Direction générale de la gouvernance et du conseil stratégique en prévention à la CNESST

Enquête réalisée par : Patrick Bourdages et Yves Desrochers

Illustration : Ronald DuRepos

Pour en savoir plus : centredoc.cnesst.gouv.qc.ca/pdf/Enquete/ed004288.pdf