Trois travailleurs se blessent lors de l’effondrement d’un bâtiment

Illustration : Ronald DuRepos
Illustration : Ronald DuRepos

En janvier 2020, un événement terrible s’est produit dans un bâtiment résidentiel en construction. D’importantes quantités de blocs de béton, entreposées sur les trois étages du bâtiment, ont provoqué son effondrement et causé de graves blessures aux trois maçons qui y travaillaient.

Que s’est-il passé ?

Le jour de l’accident, trois maçons transportaient des blocs de béton à l’intérieur d’un bâtiment résidentiel en construction comportant un sous-sol et trois étages. L’entreposage des blocs avait lieu en prévision de la mise en place de deux murs coupe-feu à partir de la section centrale de l’immeuble. Quatre palettes et demie de blocs de béton (environ 8 229 kg) avaient déjà été déchargées et entreposées sur chacun des deux premiers étages. Les maçons terminaient l’entreposage d’une quatrième palette (environ 7 315 kg) sur le plancher du troisième étage quand, vers 12 h 45, deux craquements ont été entendus. Le plancher a cédé sous les trois travailleurs, qui ont été emportés lors de l’effondrement du bâtiment. L’un d’eux a réussi à se sortir seul des décombres, alors que l’autre maçon et le chef d’équipe y sont demeurés coincés jusqu’à leur sauvetage, qui a eu lieu respectivement à 13 h 31 et à 14 h 25. Les trois travailleurs ont été conduits vers des centres hospitaliers pour soigner leurs graves blessures.

À la suite de l’accident, la CNESST a ordonné la fermeture complète du chantier de construction. Elle a interdit l’accès au bâtiment, ainsi que sa démolition et sa reconstruction, jusqu’à la réception d’une procédure signée et scellée par un ingénieur. Le maître d’œuvre s’est conformé à cette exigence. La CNESST a par la suite autorisé la démolition mécanique de la section centrale du bâtiment.

Qu’aurait-il fallu faire ?

Une enquête a permis à la CNESST de mettre en lumière les causes de l’accident. C’est bel et bien l’entreposage des blocs de béton sur les planchers de la section centrale du bâtiment en construction qui a provoqué la rupture par flambement d’un mur de colombage au rez-de-chaussée, déjà en surcharge, ainsi que l’effondrement de cette section. Il est à noter que la surcharge a été causée par la méthode de construction choisie par le maître d’œuvre, qui consistait à retirer un colombage sur deux ainsi que les entremises des murs mitoyens sur les trois étages afin de permettre le passage des blocs de béton nécessaires à la construction des murs mitoyens.

Pour prévenir les accidents lors de la construction d’une structure, plusieurs mesures doivent être respectées. L’employeur a la responsabilité de repérer les dangers et de mettre en place les moyens nécessaires pour les éliminer ou les contrôler, et les travailleurs doivent participer activement à ce processus.

Ainsi, il a été conclu que l’organisation des travaux pour la construction de murs coupe-feu en période hivernale était déficiente. En effet, les blocs de béton étaient, à ce moment, entreposés sur 19 palettes à l’extérieur depuis une semaine et devaient être réchauffés et séchés avant l’érection des murs coupe-feu. C’est ce qui explique la décision des maçons d’entreposer les blocs à l’intérieur, ce qui a surchargé la charpente de la section centrale du bâtiment. Au moment de l’accident, la température extérieure se situait entre -13 et -15 °C et la force du vent pouvait atteindre 21 km/h. Selon le Code national du bâtiment, la température des éléments de maçonnerie au moment de la pose ne doit pas être inférieure à 5 °C. Au sous-sol, les garages du bâtiment étaient libres. Aucune discussion n’a toutefois eu lieu entre le maître d’œuvre et l’entrepreneur en maçonnerie pour que ces garages soient chauffés et utilisés pour y entreposer les blocs en attendant leur pose.

En amont, un soin rigoureux doit donc être porté à la planification et à la coordination des travaux. Dans le cas qui nous intéresse, les travailleurs n’ont pas été informés de la méthode de travail discutée pour la construction des murs coupe-feu et aucune directive n’a été donnée aux maçons quant aux travaux à réaliser ; aucun plan établi par un ingénieur n’encadrait la construction des murs. Ainsi, la méthode de travail préconisée par le chef d’équipe était d’empiler manuellement les blocs sur les planchers pour les réchauffer et, ainsi, prendre de l’avance sur les travaux.

Pendant les travaux de construction ou de démolition, c’est au maître d’œuvre du chantier que revient la responsabilité de s’assurer de la stabilité des ouvrages et des structures ainsi que de leur résistance aux charges imposées. Il doit également s’assurer que toute modification à une charpente qui n’a pas été prévue par le concepteur est analysée par un ingénieur pour vérifier qu’elle est en mesure de résister à toute charge pendant la construction.

Finalement, la communication entre tous les intervenants est primordiale pendant les travaux : le maître d’œuvre doit être en contact constant avec les contremaîtres, les chefs de chantier, les ingénieurs et les travailleurs.

Personne-ressource: Pierre Privé, coordonnateur aux enquêtes, Direction générale de la gouvernance et du conseil stratégique en prévention de la CNESST.

Enquête réalisée par : Giancarlos E. Specogna et Jean-Philippe Gaudreault, ing.

Illustration : Ronald DuRepos

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