Un travailleur se retrouve coincé sous une table élévatrice

Illustration : Ronald Du Repos
Illustration : Ronald Du Repos

Alors qu’il effectue du nettoyage sous une table élévatrice, un travailleur actionne accidentellement le dispositif de commande de l’appareil, qui descend sur lui. Il est plus tard retrouvé coincé sous la table. Malheureusement, le travailleur décède des suites de ses blessures à l’hôpital.

Que s’est-il passé ?

Au moment de l’accident, le travailleur s’affairait à nettoyer l’ensemble des équipements présents dans les départements de production d’un abattoir. Le travailleur, qui était alors seul dans son département, a pris place sous la table élévatrice afin de nettoyer le convoyeur de matières non comestibles qui était situé près du sol, derrière la table. Alors qu’il s’activait à cette tâche, il a involontairement actionné le dispositif de commande de l’appareil, qui était constitué de deux pédales : une pour faire monter la table et une pour la faire descendre. Les pédales étaient reliées à une soupape pneumatique par un levier situé sous la table. Cette disposition faisait en sorte qu’il était possible d’actionner le mécanisme par le dessous de la table, en poussant ou en tirant le levier. La descente pouvait également être actionnée en poussant le joint reliant les pédales au levier.

C’est un collègue du travailleur qui l’a découvert, inconscient et coincé sous la table élévatrice. À ce moment, le dispositif de descente était toujours activé et exerçait une pression sur le travailleur. Un autre collègue appelé sur les lieux a alors coupé le tuyau d’arrivée d’air comprimé afin que la pression soit relâchée. Quelques employés ont à ce moment-là soulevé la table et sorti le travailleur de sa fâcheuse position. Comme il semblait être en arrêt cardio-respiratoire, des manœuvres de réanimation ont été entamées, en vain. Le travailleur a ensuite été transporté à l’hôpital, où il est décédé quelques heures plus tard.

Qu’aurait-il fallu faire ?

Auparavant, le travailleur victime de l’accident avait plusieurs fois effectué les tâches de nettoyage en prenant position sous la table élévatrice. Toutefois, certains de ses collègues préféraient utiliser une autre méthode pour accéder au convoyeur, soit par le côté ou par l’autre extrémité de l’appareil. Aucune méthode de nettoyage formelle n’était en place dans l’entreprise, malgré le fait que le risque d’écrasement était connu.

Il importe de savoir que la table élévatrice est conçue pour être opérée à partir du dessus. C’est pourquoi le mécanisme permettant d’en actionner la montée et la descente est situé au-dessus de la table. Cependant, comme le travailleur accidenté devait nettoyer sous la table, il a dû utiliser les composantes du dispositif de commande qui lui étaient accessibles à partir du dessous afin de monter la table élévatrice. Toutefois, puisque cette tringlerie n’a pas été conçue pour être utilisée comme dispositif de commande, aucun marquage n’y figure. Il est donc possible que le travailleur ait actionné la descente alors que son intention était de faire monter la table. Il est aussi possible qu’il ait actionné la descente avec une partie de son corps sans le vouloir. Et comme le corps du travailleur appuyait sur la tringlerie lorsqu’il a été découvert, ce qui causait une grande pression sur lui, le travailleur n’avait aucun moyen de s’extraire lui-même de cette position.

Afin d’éviter un tel accident, l’employeur aurait dû profiter du fait que le risque était connu pour analyser en profondeur les lacunes en matière de sécurité entourant le travail autour de la table élévatrice. Un accident similaire sans conséquences graves était survenu quelques mois auparavant. Une telle analyse aurait pu amener l’employeur à modifier ses tables élévatrices afin d’en empêcher le fonctionnement par le dessous. De plus, il est important de mettre en place un programme de contrôle des énergies permettant de cibler les zones dangereuses des machines pouvant présenter un risque pour le travailleur et de déterminer les mesures de prévention destinées à protéger les travailleurs qui interviennent sur celles-ci. Ce programme doit être associé à des activités de formation et d’information ainsi qu’à un suivi rigoureux destiné à s’assurer de l’application des moyens de contrôle. Un tel programme aurait permis le cadenassage de l’énergie pneumatique afin de prévenir la mise en marche de l’appareil de levage ainsi que l’utilisation d’un dispositif de blocage du tablier destiné à prévenir une descente de table soudaine.

Analyse du risque

  1. Détermination des limites de la machine
  2. Identification des phénomènes dangereux
  3. Estimation du risque

Pour en savoir plus, consultez le Guide d'information sur les dispositions réglementaires – Cadenassage et autres méthodes de contrôle des énergies de la CNESST.

Personne-ressource: Pierre Privé, coordonnateur aux enquêtes, Direction générale de la gouvernance et du conseil stratégique en prévention à la CNESST

Enquête réalisée par: Martin Rondeau et Tania Côté, inspecteur et inspectrice à la CNESST

Illustration: Ronald Du Repos

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