Bureautique : promouvoir les meilleures pratiques de prévention des TMS

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Ordinateurs portables ou fixes, tablettes numériques, téléphones intelligents, consoles de jeux et, depuis peu, montres électroniques... L'informatique fait  aujourd'hui partie de nos vies, partout et en tout temps. Ces moyens qui nous permettent de nous renseigner, de nous divertir et de communiquer sont aussi les principaux outils de travail d'un grand nombre de personnes.

S'ils nous rendent bien des services, ils peuvent, en revanche, compromettre notre santé. Maux de dos, douleurs au cou et aux membres supérieurs sont monnaie courante chez les gens qui passent leurs journées rivés à un écran d'ordinateur, avec clavier, souris et téléphone à portée de main. Selon l'Institut de la statistique du Québec, près de 30 % des Québécois ont souffert de troubles musculosquelettiques (TMS) ayant nui à leurs activités en 2009, et 60 % d'entre eux associaient leurs douleurs à un travail actuel ou antérieur.

Qui est le plus à risque ?

Les préposés des centres d'appels et les commis affectés exclusivement à la saisie de données qui quittent rarement leur poste, par exemple, ainsi que toute personne astreinte à une productivité soutenue pour remplir des quotas sont parmi les plus susceptibles d'être touchés par les TMS associés à l'utilisation de l'ordinateur. Les femmes sont plus souvent atteintes que les hommes, dans une proportion de 35 % versus 25 %. Dans leur cas, des facteurs physiologiques entrent aussi en cause, notamment des schémas d'activation musculaire différents, que la science n'a pas encore élucidés. Elles sont également en proportion nettement plus nombreuses que les hommes à occuper des emplois statiques, notamment du travail de bureau. Cela étant, quiconque passe beaucoup de temps à manier clavier et souris d'ordinateur pourrait éprouver des TMS à la longue, car accomplir des tâches invariables pendant de longues durées, en gardant la même posture, sont des paramètres déterminants à cet égard.

Des maux évitables

On sait pourtant depuis plusieurs années déjà qu'il existe un lien entre l'usage de l'ordinateur et les TMS, de même que l'on connaît les moyens d'éviter ces troubles. Cependant, « comme tout le monde utilise de plus en plus l'ordinateur aussi bien au travail que dans les loisirs, la durée d'utilisation augmente en conséquence », constate Sylvie Montreuil, ergonome à l'Université Laval, qui a contribué à une étude dirigée par Marie St-Vincent, jusqu'à récemment chercheuse à l'IRSST. L'équipe scientifique a documenté les bonnes pratiques de milieux de travail qui contribuent à prévenir des TMS dont souffrent nombre d'utilisateurs de systèmes informatiques. Intitulé Portrait des pratiques de prévention primaire et secondaire en bureautique au Québec chez les intervenants et dans les milieux de travail, ce rapport décrit les approches les plus prometteuses à cet effet, les difficultés qui peuvent survenir en cours de route et les conditions du succès. Les chercheurs ont fait appel à 25 ergonomes praticiens et mené une enquête dans 18 organisations actives en prévention des TMS dans des secteurs d'activité où la bureautique est omniprésente. Selon Sylvie Montreuil, l'objectif était de « faire un état des lieux le plus complet possible des pratiques préventives mises en branle dans les mieux de travail au Québec et de les mettre en évidence ».

L'étude a révélé que l'analyse et l'aménagement de postes comportant un ordinateur représentent plus de 50 % du travail des ergonomes consultés. Les entreprises leur demandent généralement de faire une telle intervention, durant en moyenne de 45 à 60 minutes, lorsqu'un travailleur éprouve des douleurs. Les praticiens tiennent compte des commentaires de celui-ci avant de procéder à l'ajustement de son installation et d'en vérifier l'équipement, pour ensuite lui enseigner les réglages convenant à ses besoins particuliers. Lorsqu'ils donnent de la formation à des groupes d'employés, plusieurs ergonomes se rendent ensuite au poste de chacun d'eux pour les aider à appliquer ce qu'ils ont appris, répondreà leurs questions et, s'il y a lieu, faire des recommandations à leur employeur. « Les interventions des praticiens et des acteurs des entreprises donnent des résultats positifs, affirme Sylvie Montreuil. Si les gens en redemandent, c'est que cela a de l'effet. »

Des interventions simples et efficaces

L'amélioration physique des postes en bureautique est « d'une complexité limitée, estime la chercheuse, contrairement à la difficulté que présentent d'autres secteurs industriels », celui du textile par exemple, où la modification de la hauteur de la bobine d'une machine peut entraîner celle de centaines d'autres. Dans le cas d'un bureau, il s'agit de postes de travail individuels, de matériaux et d'équipements courants, dont le marché propose d'innombrables modèles et accessoires. Par ailleurs, intervenir dans l'achat du mobilier ou dans la modification d'un poste s'avère relativement peu coûteux. Et plusieurs problèmes d'aménagement peuvent être diagnostiqués efficacement et des solutions proposées sans trop de délais, d'autant plus que « les praticiens qui font de l'analyse en ergonomie sont bien formés et donc, compétents ».

Les participants à la recherche qui font un suivi de leurs interventions ont dit constater que celles-ci produisent généralement de bons résultats, soit la diminution ou la disparition des symptômes que ressentent les travailleurs. Les chercheurs notent d'ailleurs l'importance de ce suivi, combiné à un encadrement organisationnel, pour parvenir à des solutions satisfaisantes. La clé de la réussite d'actions préventives en bureautique réside aussi dans la collaboration entre les acteurs concernés. À titre d'exemple, Sylvie Montreuil indique que les responsables des achats, de l'informatique, de la prévention et de l'installation des postes doivent se concerter pour assurer entre autres l'acquisition d'équipements appropriés.

Des lacunes à combler

S'il est possible et relativement facile d'agir sur les contraintes physiques auxquelles les travailleurs du domaine de la bureautique sont soumis, des éléments d'ordre psychosocial contribuent aussi parfois à la situation problématique découlant d'un travail sédentaire, source de contractions musculaires et de divers autres phénomènes physiologiques. Or, les chercheurs ont constaté que peu d'ergonomes praticiens traitent de paramètres psychosociaux. « Il ne faut pas oublier que deux facteurs importants expliquent les douleurs que le travail à l'écran peut causer, souligne Sylvie Montreuil, c'est le peu de variabilité des postures et le fait qu'elles ont accomplit les mêmes tâches pendant huit heures de suite, parfois à un rythme rapide et sous le coup d'un stress intense, finira par ressentir des douleurs, même si son poste est aménagé selon les règles de l'art. « On pourrait également agir sur la charge de travail, sur son rythme et sur sa durée, note l'ergonome. C'est une sphère d'intervention qu'il serait important de couvrir. » L'aménagement ergonomique des postes dès leur  conception est un autre aspect trop souvent négligé. « La grande majorité des interventions se font à partir de constats  de douleurs ou de problèmes, signalet-elle, alors qu'on pourrait penser à consulter avant un déménagement, par exemple. »

Les chercheurs souhaitent que cette recherche mène à la production d'un guide destiné aux entreprises. Fruit de la collaboration de chercheurs, d'ergonomes praticiens et d'acteurs clés d'entreprises du secteur de la bureautique, ce document recenserait les principes qui sous-tendent les mécanismes préventifs des TMS. « Par exemple, comment prévenir avant que les problèmes apparaissent ? Comment fait-on une analyse corrective de postes de travail ? Comment faut-il procéder ? Que doit-on inclure dans une demande à des spécialistes ? Que peut faire l'entreprise pour réduire les coûts et pour que la présence du spécialiste soit la plus efficace possible ? Cela ne s'improvise pas, et certaines façons de faire sont plus efficaces que d'autres », insiste Sylvie Montreuil. Un tel guide traiterait  de la nécessité de reconnaître l'importance de la SST, de consentir à y consacrer des efforts, de prévoir un budget, d'impliquer tous les acteurs concernés et de l'importance d'établir une dynamique de collaboration entre eux. Il présenterait également des services auxquels les entreprises, petites ou grandes, peuvent s'adresser. Sylvie Montreuil spécifie par ailleurs que le guide s'adresserait à toute organisation où des employés accomplissent un travail statique à l'ordinateur.

Pour en savoir plus

ST-VINCENT, Marie, Sylvie MONTREUIL, Georges TOULOUSE, Roselyne TRUDEAU. Portrait des pratiques de prévention primaire et secondaire en bureautique au Québec chez les intervenants et dans les milieux de travail, Rapport R-874, 99 pages.