Problèmes de SST des poseurs de revêtements de sol : Les travailleurs d’expérience contribuent à la recherche de solutions

Problèmes de SST des poseurs de revêtements de sol : Les travailleurs d’expérience contribuent à la recherche de solutions
Photo IStock

Les conclusions d’une recherche sur l’amélioration des conditions de santé et de sécurité des poseurs de revêtements de sol devraient aussi intéresser les personnes qui exercent d’autres métiers durs pour les genoux et qui souffrent de troubles musculosquelettiques (TMS) importants à ces articulations, au dos et aux membres supérieurs. C’est le cas des paysagistes, par exemple.

Les poseurs de revêtements de sol travaillent à genoux la plupart du temps et se servent d’outils spécifiques à leur métier, mais dont l’utilisation peut être néfaste pour leur santé. Ils transportent des rouleaux de tapis ou de linoléum d’un poids impressionnant ainsi que de lourds contenants de colle. Il n’est pas rare non plus qu’ils doivent travailler dans des espaces contraignants ou dans des conditions thermiques adverses.

Consciente que ces facteurs nuisent au recrutement, alors que les poseurs actuels prennent de l’âge, la Fédération québécoise des revêtements de sol a demandé au GROUPE Agr, gestionnaire en matière de prévention, de santé et de sécurité du travail,de reprendre contact avec l’IRSST. Une étude avait, en effet, été menée antérieurement afin de dresser un portrait des difficultés du métier. « Les poseurs compétents gagnent bien leur vie, mais les conditions d’exercice attirent peu la relève, constate Ginette Roussy, du GROUPE Agr. Il fallait donc que des chercheurs se penchent sur la question. »

Les situations qui posent problème

revêtements de sol

  1. Poids et volume des rouleaux
  2. Emballage
  3. Formation
  4. Lieu d’entreposage (inadéquat)
  5. Transport du tapis et du linoléum
  6. Conditions sur les chantiers
  7. Manque de main-d’oeuvre
  8. Préparation du plancher / mauvais état
  9. Espace pour le découpage des tapis
  10. Température : chaleur
  11. Interférence avec d’autres corps de métier
  12. Température : froid (découpage, étirement)
  13. Travail à la truelle
  14. Répartition des tâches
  15. Découpage des revêtements souples
  16. Vitesse de durcissement de la colle
  17. Arrachage des revêtements – outils
  18. Calcul du matériel à emporter
  19. Évacuation des ordures
  20. Délais

La collaboration du milieu

C’est ainsi que récemment, sous la direction de Monique Lortie, trois équipes de chercheurs se sont réparti les tâches. La première s’est intéressée au problème de la manutention des rouleaux, en explorant la possibilité de concevoir un chariot multifonctionnel qui diminuerait le nombre de leurs déplacements et faciliterait leur manutention et leur déroulement. La deuxième équipe a étudié les équipements qui permettraient de réduire la pénibilité du travail à genoux. La troisième a approfondi la formation des poseurs et l’élaboration d’un site Web.

Afin de mener leurs travaux à bien, les chercheurs avaient besoin de la collaboration du milieu, notamment de poseurs d’expérience qui partageraient leurs longues feuilles de route. Les entreprises qui les embauchent sont dispersées un peu partout au Québec et souvent constituées de très petites équipes. Ginette Roussy a fait le pont entre les chercheurs et ces travailleurs. Des fabricants et des syndicats ont également apporté leur contribution.

Faire d’abord le tour de la question

Les chercheurs ont d’abord effectué une revue de la littérature afin de savoir s’il existait déjà de bonnes solutions dont on aurait pu s’inspirer et de connaître les raisons pour lesquelles d’autres avaient échoué. Cette démarche les a menés à approfondir des aspects qu’ils n’avaient pas anticipés au départ, notamment en ce qui a trait aux spécificités de l’innovation en santé et en sécurité du travail. L’expérience d’autres pays a-t-elle pu être également inspirante ? Monique Lortie résume : « Certaines études canadiennes dressent principalement des bilans de santé. Du côté américain, des études de biomécanique sont centrées sur l’utilisation du tendeur à genou, d’autres sur les lésions déclarées. En Europe, le métier a été moins étudié. »

Des études canadiennes se sont intéressées à la santé des poseurs de revêtements de sol tandis que des études américaines de biomécanique sont notamment centrées sur l’utilisation du tendeur à genou.

Par ailleurs, les banques de brevets démontrent que des personnes ont étudié la question. Elles répertorient cependant des produits qui, la plupart du temps, répondent mal aux besoins et sont inconfortables. Il y manque les étapes indispensables de raffinement et de validation par des poseurs pour arriver à la production d’un objet bien adapté, à un coût de fabrication acceptable. « À ma connaissance, nous sommes les seuls à avoir mené des études de terrain aussi complètes auprès des poseurs, à avoir travaillé étroitement avec eux et à avoir abordé ces questions d’un point de vue systémique, observe Monique Lortie. D’ailleurs, à peu près aucun article publié sur les poseurs ne décrit leur travail ou leur organisation, d’où, parfois, la difficulté à établir des correspondances. »

Outils existants et prototypes

Le rapport publié à l’issue de cette recherche contient plusieurs tableaux et une série d’annexes qui permettent de saisir les enjeux. « Il est bien documenté et pourrait même servir à des personnes qui exercent d’autres métiers durs pour les genoux et le dos », soutient Ginette Roussy.

Les attentes et les besoins des poseurs de revêtements de sol y sont largement exposés et des pistes de solution y sont avancées. Des prototypes d’outils ont même été conçus, mais leur complexité et les coûts de production risquent cependant de poser problème : la majorité des entreprises qui font la pose de revêtements étant de petite taille, elles n’auraient pas nécessairement les moyens de faire l’acquisition de certains de ces outils, même s’ils étaient offerts sur le marché.

Des poseurs d’expérience se sont également prononcés sur des outils existants qui, s’ils peuvent contribuer à réduire la pénibilité de leur travail, en compromettent la qualité. Il faut dire que ces travailleurs sont aussi exigeants que leur clientèle et ne sont satisfaits que des tâches bien exécutées. Photos à l’appui, le rapport passe en revue des outils tels que le bâton télescopique pour enduire la colle, des appuie-cuisse, une plateforme sur coussin d’air et un appuie poitrine portable.

Formation et information

Afin d’assurer le partage de l’information et le transfert de connaissances, la perspective d’un site Web qui serait destiné spécifiquement aux poseurs de revêtements de sol en tant que communauté de pratique pourrait répondre à certains de leurs besoins et leur permettre d’échanger des solutions. Le rapport fait un survol du contenu potentiel d’un tel site.

Tous les intervenants du milieu s’entendent sur l’urgence de pouvoir faire appel à une main-d’oeuvre qualifiée et compétente. Le rapport expose la complexité des enjeux et la nécessité de s’entendre sur les solutions à prioriser : la tenue d’un forum national sur la formation des poseurs pourrait être une première piste de solution, croient Mmes Lortie et Roussy.

Pour en savoir plus

LORTIE, Monique, Sylvie NADEAU, Steve VEZEAU. Solutions visant l’amélioration des conditions
de santé et de sécurité des poseurs de revêtements de sol, Rapport R-900, 99 pages.