Retour progressif au travail : mieux outiller les employeurs

Retour progressif au travail : mieux outiller les employeur
Source : IStock

Julie Bouffard encadre depuis une quinzaine d’années le retour en emploi de victimes de lésions professionnelles à titre d’ergothérapeute. Elle a, par ailleurs, conçu un outil pour guider les employeurs dans la gestion du retour progressif au travail d’individus souffrant d’un trouble musculosquelettique (TMS).

L’étudiante à la maîtrise en sciences de la santé à l’Université de Sherbrooke a, en fait, adapté un outil existant : le Guide d’évaluation de la marge de manoeuvre. « À la base, cet outil, qui a vu le jour en 2010, est issu de trois études menées par une équipe de recherche de l’Université de Sherbrooke pour des professionnels de la réadaptation afin de planifier et d’encadrer le retour en emploi de travailleurs qui ont été absents pendant un certain temps. Or, les cas d’incapacités prolongées, qui nécessitent souvent un suivi par une équipe de réadaptation interdisciplinaire, ne représentent que de 10 à 20 % des cas », explique celle qui a obtenu une bourse de recherche de l’IRSST pour mener ses travaux, sous la supervision de Marie-José Durand et Marie-France Coutu.

Si ces personnes se voient prescrire un retour progressif au travail par leur médecin, 80 à 90 % des autres cas ne bénéficient toutefois pas du même accompagnement thérapeutique. La responsabilité repose donc sur les épaules des employeurs, lesquels sont souvent peu outillés à cet égard. « De là l’idée de simplifier et vulgariser l’outil original afin que les milieux de travail puissent se l’approprier », souligne l’ergothérapeute.

Optimisation

Julie Bouffard a d’abord amorcé ses travaux avec une revue critique de la littérature scientifique sur les guides de pratique et le transfert de connaissances. Le but : comprendre pourquoi les utilisateurs potentiels les adoptent ou non. « Les 13 études sélectionnées soutiennent que le visuel, la clarté des recommandations, la longueur et la facilité d’utilisation sont des facteurs clés. Elles traitent aussi de messages adaptés aux compétences et aux valeurs des utilisateurs », dit-elle. En s’appuyant sur ces principes, la chercheuse a conçu une méthode appelée Outil pour le retour progressif à la suite d’un TMS.

La première version de cette méthode a ensuite été présentée à des experts de la réadaptation afin de dégager des suggestions d’amélioration. À la fin, une vingtaine de modifications relatives à des aspects visuels, des ajouts de textes et la reformulation de certains passages y ont été apportés. « Ce n’était rien de majeur, dit Julie Bouffard. On parle par exemple d’utiliser le terme “inconfort” au lieu de “douleur”. »

Acceptabilité

Dernière étape : valider que l’outil convient bien aux employeurs. Pour ce faire, Julie Bouffard a recruté 16 entreprises volontaires parmi des listes que le Centre d’action en prévention et réadaptation de l’incapacité au travail (CAPRIT) lui a fournies. « Elles ont formulé des commentaires constructifs afin d’améliorer l’outil. On nous a souligné que les gestionnaires prennent rarement le temps de lire la documentation lorsqu’elle leur semble volumineuse », raconte la boursière. Une troisième version allégée est donc dans les cartons.

Depuis la fin de ses travaux, lesquels se sont échelonnés sur près de trois ans, Julie Bouffard a eu l’occasion d’en présenter les résultats. « L’outil a été bien reçu lors de la plus récente Journée annuelle de la Chaire de recherche et de réadaptation au travail, en avril dernier. Beaucoup de gens m’ont d’ailleurs contactée par la suite afin de savoir quand la troisième et ultime version sera disponible », conclut-elle. L’outil sera offert à l’automne 2018 sur le site Web du CAPRIT (caprit.ca).

Pour en savoir plus

Pour en savoir plus sur le programme de bourses d’études supérieures de l’IRSST.

Julie Bouffard

À la fin de son baccalauréat en sciences de la santé (ergothérapie) à l’Université Laval, en 2001, Julie Bouffard commence sa carrière au Centre de réadaptation de l’Estrie. À titre de coordonnatrice clinique, elle est engagée dans la mise sur pied d’un programme de réadaptation interdisciplinaire pour les personnes atteintes de TMS, en partenariat avec la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ). Cette expérience de travail lui donne la piqûre : elle fonde sa propre entreprise spécialisée en réadaptation en 2005. C’est à la faveur d’un congé de maternité que Julie Bouffard décide d’entamer sa maîtrise en sciences de la santé à l’Université de Sherbrooke.