Cancérogènes et agents fibrogènes : Un premier regard sur les mines d'or et de fer du Québec

Cancérogènes et agents fibrogènes
La revue de la littérature scientifique sur les fibrogènes et les cancérogènes dans les mines d’or et de fer du Québec a été complétée par une revue documentaire de la géologie de ces mines ainsi que par une analyse de roches provenant de 13 d’entre elles. Source : Svdmolen, Wikipedia

Des études antérieures ont montré que les travailleurs des mines d’or du Dakota et des mines de fer de l’État du Minnesota sont exposés à des particules minérales allongées (PMA) ; ils présentent également des taux de décès par cancer du poumon, mésothéliome et maladie cardiaque plus élevés que ceux de la population générale. Or, ces mines partagent des caractéristiques géologiques avec certaines exploitations minières québécoises de fer et d’or. En 2015, le Québec comptait trois mines actives de fer ou de fer et titane, en plus de onze mines actives d’or, ou d’or, d’argent, de cuivre et de zinc. Cette année-là, le gouvernement provincial lançait des projets de mise en valeur et de développement du secteur minier, dont au moins sept concernaient des mines d’or.

C’est dans ce contexte que l’IRSST a décidé de financer une recherche exploratoire pour faire le point sur les connaissances relatives à la présence de PMA dans les mines d’or et de fer du Québec et sur la possibilité qu’elles contribuent à augmenter le risque de cancers et de maladies pulmonaires.

Étudier sous différents angles

Les chercheurs de l’IRSST et de Polytechnique Montréal ont effectué une recherche multidisciplinaire alliant l’épidémiologie, l’expologie, la toxicologie et la géologie. Ils ont d’abord procédé à une analyse de la littérature internationale sur les agents fibrogènes et cancérogènes et leur lien avec les niveaux d’exposition dans les mines d’or et de fer de certaines régions du monde, où des cancers et des maladies pulmonaires d’origine professionnelle avaient été rapportés chez les mineurs.

Une autre analyse, cette fois sur les études toxicologiques portant principalement sur les PMA fait, par ailleurs, ressortir différents paramètres de toxicité de ces particules, amiantiformes ou non.

Les différents contextes géologiques des mines d’or et de fer des pays et régions identifiés dans les études épidémiologiques ont été documentés.

Une dernière recherche documentaire a exploré la présence de PMA d’amphiboles (famille de minéraux qui compte cinq variétés minérales très proches de l’amiante) dans les mines d’or et de fer du Québec.

Finalement, des échantillons de roches provenant de mines d’or et de fer québécoises ont été caractérisés pour déterminer si ces lieux sont susceptibles de contenir des PMA d’amphiboles et comparés à ceux de deux mines d’or canadiennes.

Dans les mines d’or

Toutes les études recensées ayant évalué le risque de développer un cancer du poumon ont mis en évidence une augmentation statistiquement significative du nombre de cas dans les mines d’or en association avec les concentrations de silice cristalline. Une hausse du nombre de mésothéliomes (cancers généralement associés à l’exposition à l’amiante), de certains cancers des organes hématopoïétiques (moelle osseuse, ganglions lymphatiques et rate), de la prostate, de l’estomac, du colon et du rectum a également été décelée, mais dans une moindre proportion. Parmi les maladies respiratoires non cancéreuses, la majorité des études ont montré un risque élevé de silicose et de pneumoconioses. « La silice cristalline étant présente dans tous les sites géologiques, cela ne nous a pas surpris », commente France Labrèche, chercheuse épidémiologiste à l’IRSST. Les études américaines et canadiennes qui ont porté une attention particulière aux PMA n’ont pas montré de relation entre l’exposition aux poussières contenant des fibres et les cancers ou maladies pulmonaires non cancéreuses.

Dans les mines de fer

Toutes les études sur les mines de fer recensées ont également fait état d’une augmentation statistiquement significative du risque de décéder d’un cancer du poumon. Dans un cas seulement, au Minnesota, une hausse du nombre de mésothéliomes – le cancer associé aux fibres d’amiante – a été associée à l’exposition aux PMA. Les risques pour les mineurs de développer des maladies respiratoires non cancéreuses, comme la silicose ou les pneumoconioses, en association avec l’exposition cumulative aux PMA ainsi que les risques de décès par pneumoconiose et par bronchite chronique reliées à l’exposition à la silice ont également été rapportés. Finalement, les études américaines ont mis en évidence des anomalies pleurales associées aux mines de fer, mais leur relation avec l’exposition aux PMA n’a pas été établie.

Le contexte géologique

Les contextes géologiques des mines de fer québécoises sont un peu moins propices à la présence de PMA d’amphiboles puisque la transformation minéralogique des roches lors de l’augmentation des conditions de pression et de température (métamorphisme) y est plus élevée qu’aux États-Unis. Par ailleurs, celui des mines d’or du Québec rend la présence de PMA d’amphiboles très probable. Cependant, dans les mines québécoises, ces particules pourraient être plus éloignées du minerai d’or que dans les sols des mines américaines, diminuant les risques d’exposition pour les mineurs. La revue de la littérature sur les sites miniers a confirmé ce que les chercheurs présumaient au départ selon les contextes géologiques : des PMA d’amphiboles de type actinolite ont été rapportées dans six des neuf mines d’or actives, dans trois des dix mines d’or fermées et dans deux des trois mines de fer actives, au Québec.

L’étude minéralogique

L’étude minéralogique d’échantillons de roches de onze mines d’or et de deux mines de fer québécoises, actives ou fermées, a révélé la présence de PMA d’amphiboles dans huit de ces mines d’or et dans une mine de fer. « Il faut toutefois souligner que les échantillons des sites miniers analysés n’avaient pas nécessairement été prélevés dans des zones exploitées. Ils ont été choisis parce qu’ils contenaient des formations géologiques particulièrement susceptibles de contenir des PMA selon la revue documentaire. Cependant, si l’on compare avec les mines canadiennes où des fibres avaient déjà été mesurées, on obtient approximativement les mêmes résultats », précise Félix Gervais de Polytechnique Montréal.

Précaution

Dans l’état actuel des connaissances, il est difficile d’évaluer les effets de l’exposition aux PMA sur la santé à cause de la présence combinée de plusieurs agents fibrogènes et cancérogènes dans un même lieu. France Labrèche nuance : « Si l’exposition des travailleurs aux PMA dans les mines d’or et de fer du Québec n’a pas été prouvée, elle est cependant plausible. »

Malgré certaines lacunes, dont l’âge des publications ayant fait l’objet de la revue de la littérature sur la santé – la plupart datant d’avant 2000 –, l’absence de données précises d’exposition aux PMA et la présence simultanée de plusieurs substances dans les mines – qui complique l’isolation de l’effet des PMA sur la santé –, l’équipe de recherche a pu formuler des recommandations. Ainsi, d’une part, le respect des normes de santé et de sécurité du travail ainsi que la maîtrise de l’exposition selon les principes d’hygiène du travail généralement reconnus apparaissent essentiels, d’autant que plusieurs cancérogènes et fibrogènes se trouvent dans l’air des mines.

D’autre part, un programme d’échantillonnage de l’air, ciblé aux postes qui comportent le plus de poussières, comme le broyage, le concassage, l’entretien et la réparation, devrait être mis en place. La présence d’amphiboles ou d’autres PMA de même que celle des fibres de toute taille, et non seulement celles que vise la réglementation, devraient de plus être vérifiées.

Des analyses de roches devraient finalement être systématiquement réalisées dans les zones d’exploitation de ces mines afin d’identifier les secteurs susceptibles de contenir des PMA et de pouvoir procéder à des mesures de fibres. « D’ici à ce que des mesures de fibres soient réalisées dans les mines, appuie France Labrèche, il faut demeurer prudent et préconiser des niveaux d’exposition les plus faibles possible. »

Pour en savoir plus

LABRÈCHE, France, Félix GERVAIS, Guy PERRAULT. Agents fibrogènes et cancérogènes dans les mines d’or et de fer du Québec, R-1031, 122 pages.