Surdité professionnelle : Enrayer le fléau, une antenne à la fois

Surdité professionnelle Enrayer le fléau, une antenne à la fois
Photo : I Stock

La surdité et les pertes auditives générées par l’exposition au bruit constituent le plus important type de maladie professionnelle au Québec — il occupe le premier rang quant au coût total ainsi qu’au coût par lésion. Toute démarche pour enrayer ce fléau débute par une analyse en bonne et due forme des risques en milieu de travail.

Le diagnostic usuel consiste à se déplacer aux différents postes de travail pour déterminer le niveau de bruit à l’aide d’un sonomètre. Cette analyse effectuée par un acousticien demande cependant beaucoup de temps et d’énergie, en plus d’être relativement imprécise, explique Olivier Doutres, professeur au Département de génie mécanique de l’École de technologie supérieure (ÉTS). « Un sonomètre ne fournit aucune indication sur la position réelle des sources sonores, d’autant plus lorsque ces dernières ne sont pas à portée de main/sonomètre. Cela nuit à la mise en place de solutions acoustiques efficaces », mentionne le chercheur.

Antenne acoustique

Dans le rapport publié par l’IRSST, le chercheur et son équipe rapportent avoir créé une antenne capable de cartographier les sources sonores les plus bruyantes en milieu industriel. Le dispositif, une petite sphère parsemée de microphones, posé sur un trépied et surmonté d’une caméra panoramique, soumet les données captées à un programme informatique qui superpose le son à l’image. « C’est une méthode à la fois rapide et efficace, qui permet notamment de découper les signaux sonores en petits segments afin de localiser des bruits impulsifs, des coups de marteau, par exemple », indique Thomas Padois, associé de recherche à l’ÉTS.

Antenne acoustique
Antenne acoustique - Crédit Olivier Doutres

Les chercheurs ont mis leur antenne acoustique à l’épreuve dans des conditions contrôlées (chambres hémi-anéchoïque et réverbérante), puis sur le terrain, soit dans un atelier de l’ÉTS où des travailleurs utilisent divers outils et machines. Peu importe l’environnement, la preuve de concept a été somme toute couronnée de succès : l’appareil est en mesure de localiser la position des différentes sources de bruit, et ce, malgré leur signature sonore unique et leur fonctionnement simultané. Certains types de sons, comme les fréquences tonales et la présence de réverbération, lui ont cependant donné du fil à retordre.

Résultats encourageants

Olivier Doutres et Thomas Padois se disent suffisamment encouragés par ces résultats pour poursuivre la mise au point de l’outil. Leur but : le rendre facile d’usage et le doter d’une interface conviviale, fonctionnelle pour les sources de basses fréquences, que des intervenants en santé et sécurité du travail pourront utiliser, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle. « Notre objectif est que l’antenne puisse fournir une analyse fiable et exhaustive en temps réel. Nous n’en sommes pas encore là : il faut maintenant procéder manuellement aux étapes de captation, d’analyse et de superposition des données et certaines sources sont encore mal localisées », souligne Thomas Padois. Des travaux de recherche et développement se poursuivent afin de mettre au point cette technologie d’avant-garde et ainsi concourir à la protection de l’ouïe