Les dangers de travailler avec les nanomatériaux

Les dangers de travailler avec les nanomatériaux
Photo : I Stock

La direction scientifique de l’IRSST, à titre de centre collaborateur de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a mandaté Maximilien Debia, du Département de santé environnementale et santé au travail de l’Université de Montréal, pour participer au processus d’élaboration des recommandations sur la question des nanomatériaux, notamment en réalisant une revue systématique de la documentation sur l’identification des situations d’exposition.

En apparence, les nanoparticules semblent inoffensives, avec leur minuscule taille, similaire à celle d’un virus. Grâce à leurs propriétés uniques, elles ont rapidement été adoptées par les fabricants qui les ont intégrées à leurs produits. On en connaît peu sur les risques que courent les travailleurs qui y sont exposés quotidiennement.

Équipements de sport, produits du bois, appareils électroniques : les nanoparticules ont envahi le marché et se retrouvent dans la majorité des biens que nous possédons. Depuis peu, on se questionne sur la santé des travailleurs qui fabriquent ces objets. À quels dangers s’exposent-ils ?

L’OMS a mandaté des groupes de travail aux quatre coins de la planète afin d’émettre des lignes directrices pour protéger les travailleurs des nanomatériaux manufacturés. « Ce sont de nouveaux matériaux et malheureusement, les connaissances sur leurs effets sur la santé à long terme sont encore limitées, souligne Maximilien Debia. Évaluer la toxicité d’une substance prend du temps et c’est un processus coûteux. » En l’absence de données toxicologiques, l’OMS préconise une approche de prévention, par l’adoption du principe de précaution, et d’éviter aux travailleurs d’y être exposés.

Tâches à risque

L’IRSST et l’Université de Montréal ont participé au processus d’élaboration de ces lignes directrices en réalisant une revue de la littérature sur l’identification des situations d’exposition des travailleurs. Maximilien Debia et son équipe ont pu identifier les tâches qui présentent le plus de risques de contact avec les nanomatériaux.

Leur verdict : il faut réduire l’exposition des travailleurs lors des tâches de nettoyage et de maintenance, de recueil des matériaux issus de réacteurs et d’alimentation des lignes de production des nanomatériaux manufacturés.

Cette conclusion est cohérente avec l’un des principes directeurs de l’OMS, lequel conseille une hiérarchie des moyens de maîtrise, c’est-à-dire privilégier les mesures qui s’attaquent à la source du problème plutôt que celles qui reposent sur les travailleurs. « Par exemple, quand on vide le réacteur, on peut éviter de manipuler les nanoparticules en les versant dans un contenant. Cela évite qu’elles se répandent dans le milieu de travail. Si le nettoyage doit être effectué manuellement, c’est plus compliqué. C’est là où l’équipement de protection individuelle devient important. Toutefois, on devrait l’utiliser en dernier recours. On doit d’abord essayer de contrôler à la source », rappelle Maximilien Debia.

Classes de danger

Les nanoparticules ne constituent pas un groupe homogène. Des nanotubes de carbone aux nanoparticules d’argent en passant par l’oxyde de zinc, elles ont chacune leurs propriétés propres et un degré de toxicité variable. L’OMS recommande donc de caractériser ces particules afin de les classer selon leur dangerosité. Cela représente un défi puisqu’on ne dispose d’aucune donnée sur les propriétés toxiques de plusieurs classes de nanomatériaux.

Parmi les recommandations du groupe de travail, on note également la prévention de l’exposition par inhalation. En effet, des études ont démontré que les nanotubes de carbone entraînent des effets toxiques sur les voies respiratoires

Le groupe de travail mandaté par l’OMS propose de mettre ces lignes directrices à jour en 2022. « C’est extrêmement court pour un aussi gros travail, reconnaît Maximilien Debia. Cela démontre qu’il y a beaucoup de données qui sont générées dans ce domaine. Chaque jour, il y a de nouvelles applications industrielles qui sont développées avec des nanomatériaux et pour lesquelles nous devons effectuer des études. »