Contraintes thermiques : De nouveaux outils-diagnostics

Contraintes thermiques : De nouveaux outils-diagnostics
Crédit: iStock

L’IRSST a récemment mis en ligne de nouvelles versions numériques de ses utilitaires pour soutenir la prise en charge de la contrainte thermique attribuable à la chaleur en milieu de travail.

Dans le sud du Québec, l’été se caractérise par des conditions climatiques relativement douces ponctuées de courts épisodes caniculaires. Lors de ces vagues de chaleur, les températures dépassent parfois 37 °C. De nombreux cas d’indisposition surviennent alors, tout particulièrement chez les travailleurs exposés à ces températures très élevées. Selon la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), chaque année, en moyenne 24 travailleurs sont victimes d’un malaise résultant du travail à la chaleur. Aussi bien les personnes qui travaillent à l’extérieur (en aménagement paysager, par exemple) qu’à l’intérieur (en cuisine, notamment) sont concernées.

Plus conviviaux

Pour soutenir les intervenants en santé et en sécurité du travail dans la prise en charge de la contrainte thermique attribuable à la chaleur en milieu de travail, l’IRSST a récemment mis à jour trois outils-diagnostics sur son site Web, disponibles en français et en anglais. « Ces trois utilitaires informatiques étaient offerts en format Excel depuis une dizaine d’années, explique Capucine Ouellet, hygiéniste du travail certifiée à la Direction de la recherche et de l’expertise de l’Institut. Il fallait les remettre à jour régulièrement, au gré des soubresauts du logiciel. C’est pour nous affranchir de cette contrainte que nous avons décidé d’offrir une version plus conviviale. »

Ces utilitaires peuvent désormais être consultés en milieu de travail sur une tablette numérique ou un téléphone intelligent, ce qui n’était pas possible auparavant. Sur le fond, ils reprennent néanmoins le contenu intégral des utilitaires précédents, lesquels avaient été élaborés en concertation avec un comité-conseil représentant différents acteurs du milieu. « L’annexe V du Règlement sur la santé et la sécurité du travail (RSST) n’a pas changé depuis de nombreuses années. Même chose pour les recommandations de l’American Conference of Governmental Industrial Hygienists (ACGIH), qui ont peu évolué depuis dix ans », fait valoir l’hygiéniste.

Pour un large public

Le premier utilitaire reprend essentiellement le contenu de la troisième édition du dépliant Travailler à la chaleur... Attention ! publié par la CNESST. Intitulé Calcul de la température de l’air corrigée, il permet d’effectuer un rapide calcul du risque thermique à l’aide d’un simple thermomètre ou d’un psychromètre. La démarche comporte six étapes : la saisie de la température de l’air à l’ombre, la saisie de l’humidité relative, le choix des conditions d’ensoleillement, le choix de la charge de travail, la source des données de température et d’humidité et le port ou non d’une combinaison de coton par-dessus les vêtements de travail. Le résultat obtenu est aussi accompagné d’une consigne d’hydratation et de propositions de mesures préventives.

Très simple à utiliser — on peut au besoin recourir à des données météorologiques d’Environnement Canada pour compléter le calcul — cet utilitaire s’adresse résolument à un grand public. « Son utilisation ne nécessite aucun instrument spécialisé ni connaissance de la réglementation en vigueur. Bien que moins précis que les deux autres utilitaires, il n’en demeure pas moins protecteur : il fournit un indice de risque qui permet de relativiser les situations », indique Capucine Ouellet. Les travailleurs extérieurs l’apprécieront tout particulièrement ; il part de la prémisse que les conditions météorologiques évoluent parfois rapidement au cours d’une même journée de travail.

Force de loi, le second utilitaire, Calcul de l’alternance travail-repos selon le RSST, s’appuie sur la réglementation qui a force de loi au Québec. Son calcul nécessite cependant un thermomètre à trois globes de même qu’une solide connaissance de la réglementation. En outre, il faut donc être en mesure d’estimer assez rigoureusement la charge de travail, ce qui n’est pas à la portée de tous. « Cet utilitaire s’adresse avant tout à des professionnels en santé et en sécurité du travail, comme des hygiénistes, dans des contextes de prévention », souligne Capucine Ouellet.

Comme mentionné, cet outil permet de soutenir les milieux de travail dans l’application de la réglementation québécoise en matière de contrainte thermique attribuable à la chaleur. Or, cela n’exclut pas de faire preuve de jugement professionnel vis-à-vis de ses conclusions.

Précision maximale

Le troisième utilitaire, Calcul de l’alternance travail-repos selon l’ACGIH®, un organisme américain qui propose des normes en matière d’hygiène du travail, est très similaire au second. Il est néanmoins un peu plus complexe puisqu’il intègre davantage de variables à son calcul, dont une correction à apporter en fonction du type de vêtement porté et une limite d’action qui tient compte du niveau d’acclimatation du travailleur.

« Les travailleurs portent souvent une couche supplémentaire au-dessus de leurs vêtements de travail. Dans une ambiance chaude, cela amplifie bien sûr la contrainte thermique qu’ils subissent », note Capucine Ouellet. En outre, les courbes de valeurs du thermomètre à trois globes de l’utilitaire diffèrent quelque peu de celles du second outil,
sans être totalement différentes.

« Bien que l’utilisation de cet utilitaire ne soit pas obligatoire en vertu de la réglementation québécoise, il permet de soutenir les milieux de travail dans la maîtrise des risques associés aux contraintes thermiques, notamment lorsque les travailleurs sont non acclimatés », précise l’hygiéniste.