Prévenir les effets psychologiques négatifs d’un incident critique

Grâce aux travaux de la chercheuse Cécile Bardon et de son équipe de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), on sait qu’il est possible de mieux soutenir les employés impliqués dans un incident critique (IC) et d’en réduire les conséquences . Ces incidents peuvent occasionner des blessures graves ou des décès, mais aussi des problèmes de santé mentale chez les ingénieurs et les conducteurs opérant les locomotives . La recherche, dont les résultats ont été publiés en 2018, a permis d’identifier des pratiques de mise en application de protocoles de gestion des IC.

Faisant suite à cette étude, un document a été produit pour sensibiliser et accompagner les gestionnaires dans le traitement des incidents critiques et dans le soutien aux employés.

Un incident critique est un événement qui a un effet potentiellement stressant et suffisant pour submerger les capacités d’adaptation habituelles des personnes impliquées.

« Si les recommandations formulées par les chercheurs s’adressent en premier lieu à l’industrie ferroviaire, elles peuvent aussi être d’un grand intérêt pour d’autres milieux, notamment celui du transport en commun en milieux urbain et rural, comme le métro, le train et l’autobus », explique Marie-Hélène Poirier, conseillère en valorisation à l’IRSST. Des entreprises de transport routier et d’autres secteurs où le transport joue un rôle significatif, par exemple les mines, les industries de transformation ou le transport maritime, peuvent aussi profiter de ces protocoles. Ils peuvent en effet s’appliquer à tous les milieux où les employés sont susceptibles de vivre des IC et d’intervenir dans des situations d’urgence qui impliquent des accidents, des blessures ou un décès.

« Les incidents critiques associés à des déraillements et des collisions ou quasi-collisions avec des personnes, des animaux ou des véhicules dans l’industrie ferroviaire canadienne sont courants. En moyenne, un ingénieur ou un conducteur de train vivra quatre IC au cours de sa carrière », mentionne Cécile Bardon, qui est également professeure associée au Département de psychologie de l’UQAM. Généralement, les employés récupèrent au cours d’une période de six mois. Toutefois, 15 % d’entre eux vivront un trouble plus grave, incluant des troubles anxieux et dépressifs, ainsi que des réactions de stress.

Les réactions possibles

Il n’y a pas de réaction « normale » à une situation complètement anormale. Immédiatement après l’incident, certains seront peu touchés, alors que d’autres ressentiront un sentiment d’horreur et de la fatigue. Certains seront sous le choc ou vivront de la frayeur. Les troubles psychologiques risquent davantage de se manifester en cas d’impuissance, de colère ou de détresse. Ce qui est important, pour un individu et pour ses proches, c’est de comprendre comment tendent à s’organiser les réactions afin de pouvoir les anticiper si possible et de les gérer lorsqu’elles surviennent. « Le document présente les profils de réactions qui peuvent être considérés comme des guides d’observation », ajoute Marie-Hélène Poirier.

Le protocole de gestion des incidents critiques

Le document de sensibilisation met l’accent sur l’importance du protocole de gestion des incidents critiques. Lorsque tous les acteurs du milieu de travail connaissent ce protocole et l’appliquent systématiquement, il est plus facile de prévenir le traumatisme ou d’en récupérer. Les principales composantes de cette démarche sont les suivantes :

  • la préparation du protocole; 
  • la prise en charge au moment de l’accident;
  • le soutien après l’incident critique. Une bonne préparation requiert de bien définir les besoins et les attentes des employés et des gestionnaires face à un incident critique ainsi que les rôles des acteurs-clés, notamment en offrant du soutien et de la formation.

Tableau de gestion

Au moment de prendre en charge le travailleur qui a subi l’IC, il est important d’en évaluer la complexité afin d’adapter les actions de gestion et de soutien physique et émotionnel dont il a besoin.

Une évaluation des facteurs de risque et de protection liés à la manifestation d’effets négatifs et de stress post-traumatique de chaque employé en cause est absolument nécessaire. Par exemple, est-ce que l’employé a déjà été impliqué dans un IC ? Est-ce qu’il bénéficie d’un soutien social ou familial ? Il faut normaliser ses réactions et ses émotions en l’accompagnant avec un plan d’action approprié pour le soutenir et pour assurer un suivi pendant son congé. Le soutien de l’employé, comme l’accommodation de tâches ou le retour progressif, devrait également être maintenu lors de son retour au travail et dans les semaines suivantes. Toutes les recommandations permettant d’élaborer un protocole de gestion des incidents critiques se trouvent dans le document de sensibilisation.

« Le contexte de l’accident et la manière dont il est géré influencent la vitesse de récupération des employés. Ainsi, une gestion rigoureuse et empathique de l’IC atténue ses effets négatifs et favorise une meilleure récupération. C’est le principal message que nous souhaitions véhiculer avec ce document de sensibilisation », précise Cécile Bardon.