Alarmes de recul, la large bande se démarque à nouveau

Alarmes de recul, la large bande se démarque à nouveau

L’alarme sonore à large bande s’avère plus efficace que l’alarme tonale pour alerter les travailleurs d’un danger, qu’ils portent ou non des protecteurs auditifs ou des casques de sécurité.

Les véhicules lourds en mouvement créent leur lot de défis en matière de santé et de sécurité du travail. Au Québec, lors de manoeuvres de recul, ils sont chaque année à l’origine d’accidents parfois mortels, et ce, dans plusieurs domaines d’activité, comme le transport, le secteur minier et les garages municipaux.

Un des moyens les plus répandus pour prévenir ces accidents demeure l’utilisation d’alarmes de recul sonores, qui sont obligatoires sur la plupart des véhicules lourds. Celles-ci se font entendre dès que le véhicule enclenche la marche arrière ; leur « bip-bip » caractéristique doit alerter tous les travailleurs qui se trouvent à proximité.

En pratique toutefois, ces alarmes dites tonales sont loin d’être parfaites, souligne Chantal Laroche, professeure à la Faculté des sciences de la santé de l’Université d’Ottawa. « La tonalité pure de ces alarmes peut facilement être perturbée : les ondes sonores frappent des obstacles ou le sol avant d’atteindre les travailleurs. Ces interférences acoustiques occasionnent des variations sonores pouvant aller jusqu’à une vingtaine de décibels sur de courtes distances, induisant en erreur les travailleurs qui doivent juger de la position du véhicule », explique-t-elle.

Incapables de bien localiser des véhicules qui reculent, les travailleurs s’exposent au risque d’être heurtés ou écrasés. L’effet pourrait être plus prononcé lorsqu’ils portent des protecteurs auditifs et des casques de sécurité, comme c’est souvent le cas sur les chantiers de construction.

Une troisième recherche

Cette troisième recherche conjointe de l’IRSST et de l’Université d’Ottawa sur les alarmes de recul analyse l’audibilité et la localisation de deux grands types d’alarmes, dont le modèle à large bande. « Son “pshit-pshit” caractéristique se propage de manière plus uniforme derrière les véhicules que le son de l’alarme tonale. On commence à la voir s’implanter au Québec », précise l’experte en psychoacoustique.

Les expériences ont été menées avec des personnes ayant une audition normale et dans un ensemble de situations typiques des milieux de travail dans lesquels des véhicules lourds munis d’alarmes de recul sont susceptibles de circuler — carrières, mines, scieries, chantiers de construction, etc. Divers protecteurs auditifs, aussi bien des coquilles rigides que des bouchons à insérer dans les oreilles, ont été utilisés. L’effet du casque de sécurité sur le seuil de détection, sur le seuil de réaction et sur la localisation a aussi été testé, même si les chercheurs soupçonnaient qu’il soit minime, ce qui s’est avéré.

Un décalage prévisible

Comme dans les recherches que l’IRSST a financées précédemment, l’alarme à large bande a encore une fois démontré sa primauté sur la version tonale. Les participants ont eu plus de facilité à la localiser et ont réagi à un niveau sonore plus faible, et ce, avec ou sans protecteurs auditifs. « Pour provoquer la même réaction, l’alarme tonale doit être de quelques décibels de plus, ce qui s’ajoute inutilement à la cacophonie et à la pollution sonore », spécifie Chantal Laroche.

L’autre grande conclusion de la recherche est que le port de protecteurs auditifs provoque une hausse des seuils de réaction, peu importe l’alarme. En ce sens, le niveau sonore doit être globalement plus élevé pour inciter la réaction de retrait souhaitée. « Dans notre étude, nous parlons d’une hausse d’environ 5 à 7 dB par rapport au bruit de fond. Mais, attention : ces valeurs sont spécifiques aux protecteurs que nous avons essayés et ne sont valables que pour des individus dotés d’une audition normale », nuance la chercheuse.

Pour en savoir plus

VAILLANCOURT, Véronique, Chantal LAROCHE, Christian GIGUÈRE, Hugues NÉLISSE. Effet du port de protecteurs auditifs et de casques de sécurité sur la perception et la localisation auditives des alarmes de recul, R-1067, 99 pages.