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Le superviseur fait partie des acteurs clés d’un retour au travail après un arrêt causé par un trouble musculosquelettique (TMS).

Les TMS représentent un grand problème de santé au travail, tant pour les travailleurs et les employeurs que pour la société. La chronicité, surtout, coûte cher. S’assurer du retour au travail durable des personnes atteintes reste donc essentiel pour prévenir l’incapacité prolongée. « Nous avons constaté dans nos travaux antérieurs l’importance de la triade coordonnateur du retour au travail, superviseur et travailleur, pour permettre un retour au travail durable et réussi », affirme Iuliana Nastasia, chercheuse et ergonome à l’IRSST. Or, il existe peu d’études sur le rôle et les responsabilités du superviseur, une question à laquelle la chercheuse et son équipe se sont attelées.

« Nous nous sommes intéressés aux superviseurs, parce que ce ne sont pas toutes les entreprises qui peuvent se permettre d’avoir un coordonnateur du retour au travail. Le superviseur est en première ligne, c’est le plus proche du travailleur », explique la chercheuse.

Identifier des pistes d’action

Sous la direction d’Iuliana Nastasia, cette recherche financée par l’IRSST s’est penchée sur les pistes d’action dont disposent les superviseurs durant le processus de retour en emploi de travailleurs ayant eu un TMS. L’étude, qui s’est déroulée sur plus de deux ans, comprenait une revue de littérature pour documenter les rôles et les responsabilités des superviseurs, ainsi que leur implication dans les activités essentielles du processus de retour au travail.

Après avoir recensé les pratiques exemplaires, l’équipe de recherche les a comparées à ce qui se fait réellement dans les entreprises. Pour ce faire, elle a utilisé des données récoltées lors d’une vaste recherche, publiée en 2017 avec Marie-José Durand et Marie-France Coutu de l’Université de Sherbrooke. Celle-ci documentait les pratiques actuelles de retour au travail au moyen de quatre études de cas d’entreprises québécoises. « Nous avons repris les 46 entrevues que nous avions effectuées et avons isolé ce qui s’est dit sur et par les superviseurs », précise Iuliana Nastasia.

À la lumière de ces informations, l’équipe a formulé 8 pistes d’action et 22 recommandations. Certaines de ces pistes visent des aspects organisationnels, par exemple préciser le rôle du superviseur et mieux le former, alors que d’autres sont reliées à un moment du processus, comme maintenir le contact avec le travailleur pendant son absence ou planifier son retour et ses tâches. Certaines autres touchent finalement des activités transversales, dont communiquer et collaborer avec les différents acteurs tout au long du processus.

L'importance du contexte

Pour s’assurer de la faisabilité et de l’applicabilité concrète de ces actions, l’équipe de recherche les a validées en menant une consultation au moyen de questionnaires et de groupes de discussion. « Les gens consultés nous ont rassurés : nos pistes étaient bien formulées et faisables », raconte la chercheuse, qui souligne qu’il s’agit du plus important résultat de cette étude. Un des constats soulevés est par ailleurs la délicate position des superviseurs dans la réinsertion, car ils doivent naviguer entre leurs responsabilités de gestion d’équipe et de maintien de la production. Ces professionnels disposent d’ailleurs de peu d’outils pour traiter le retour au travail comparativement à d’autres enjeux, comme la prévention des blessures.

Les auteurs recommandent ainsi que les organisations mettent en place des politiques et des procédures de retour au travail et qu’elles assurent la formation des acteurs impliqués. « Les rôles et les responsabilités du superviseur par rapport au retour au travail devraient être formulés clairement, pour éviter toute ambiguïté », ajoute Iuliana Nastasia. La consultation a aussi révélé l’importance de tenir compte du contexte de chaque entreprise. « On s’attendait à ce que les gens s’expriment sur la faisabilité. À notre surprise, les répondants nous ont beaucoup parlé de l’applicabilité selon le contexte, ce qui nous a permis d’aller plus loin dans nos réflexions », rapporte la chercheuse. Ainsi, la marge de manoeuvre et les ressources accordées aux superviseurs, l’emplacement des entreprises, leur taille et leur type peuvent influencer la mise en oeuvre des pistes d’action.

Munie de ces pistes, la chercheuse veut maintenant vérifier son applicabilité selon divers types d’entreprises, par exemple les PME. Elle envisage également différents moyens pour transférer les résultats de son étude vers les milieux de travail.

Les huit pistes d’action

  1. Formaliser le rôle et les responsabilités du superviseur dans le contexte des procédures de retour et de maintien au travail
  2. Communiquer avec le travailleur absent pour maintenir le contact
  3. Collaborer avec les autres acteurs impliqués dans le retour et le maintien au travail du travailleur
  4. Accompagner le travailleur lors de son retour et de son maintien au travail
  5. Planifier le retour et le maintien au travail du travailleur
  6. Réaliser le retour au travail
  7. Faire un suivi régulier des activités de travail, ainsi que de leur répartition entre les membres de l’équipe de travail
  8. Former le superviseur sur les actions attendues de lui dans le retour et le maintien en emploi du travailleur

 

Pour en savoir plus

NASTASIA, Iuliana, Marie-France COUTU, Romain RIVES, Jessica DUBÉ, Sarah GASPARD,
Audrey QUILICOT. Retour et maintien durable en emploi après un trouble musculosquelettique – Pistes d’action pour le superviseur, R-1079, 117 pages.