Une revue de la littérature, publiée par l’IRSST, contribue à éliminer la confusion dans les milieux de travail en ce qui concerne les solvants qualifiés de « verts ».

L’essor des principes de développement durable n’épargne pas les fabricants de produits qui contiennent des solvants, comme les colles, dégraissants, encres et peintures. Depuis les années 1970, nombreuses sont les entreprises qui prennent un virage vert en remplaçant les solvants organiques par un équivalent réputé écologique, biodégradable, voire durable. Dans quelle mesure ces solvants « verts » sont-ils respectueux de l’environnement ? « Ce n’est malheureusement pas toujours clair, mentionne Maximilien Debia, chercheur principal de cette étude et professeur au Département de santé environnementale et santé au travail de l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Certaines entreprises peuvent en effet être tentées par l’écoblanchiment de leurs produits. En outre, la dimension santé et sécurité du travail est parfois mise de côté dans cette opération de verdissage de l’image, ce qui peut entraîner l’intoxication de travailleurs. »

C’est notamment ce qui s’est produit lorsque plusieurs entreprises soucieuses de protéger l’environnement ont troqué les solvants chlorés servant au nettoyage de pièces dans les garages automobiles, et reconnus pour être cancérogènes, pour le n-hexane. « Cela a été une grave erreur : les travailleurs ont développé des neuropathies périphériques. Le n-hexane est certes peu dommageable pour l’environnement, mais il est hautement toxique pour l’homme », raconte Denis Bégin, conseiller principal à la recherche à l’École de santé publique de l’Université de Montréal et coauteur de l’étude.

La recherche présente les connaissances sur les solvants verts de façon synthétique et critique. Son rapport, intitulé Solvants verts : fondement, santé, sécurité, environnement et substitution, s’appuie sur une revue de la littérature dont la bibliographie compte quelques centaines de références. « Nous avons examiné les aspects sanitaires, sécuritaires, environnementaux, techniques, réglementaires et normatifs des solvants qualifiés de verts. Il faut voir cette étude comme une source d’informations utiles pour les intervenants en santé et en sécurité du travail qui souhaitent procéder à une substitution de produits », souligne Maximilien Debia. Les conclusions de cette monographie seront intégrées au site Web Solub produit par l’IRSST et l’Université de Montréal, destiné aux intervenants qui veulent entreprendre un projet de remplacement d’un solvant organique.

Pour une substitution réussie

La monographie remonte d’abord aux principes et aux fondements de la chimie verte. Cette approche préconise de minimiser le recours à des ressources non renouvelables dans la conception de produits, notamment les solvants. Concrètement, cela signifie de réduire l’utilisation de produits d’origine fossile pour favoriser ceux qui proviennent de ressources renouvelables, souvent de source végétale. Le document s’attarde ensuite aux certifications environnementales dont découlent les étiquettes écologiques, comme Green Seal ou ECOLOGO, qui ont pour objectifs d’assurer l’impartialité de l’évaluation des produits et de garantir le respect de certains critères minimaux. « Elles peuvent aider les PME à s’y retrouver dans cet univers complexe. C’est un bon point de repère », explique Denis Bégin. Les chercheurs se sont aussi affairés à repérer les lois et règlements relatifs aux substances chimiques en milieu de travail qui favorisent la substitution des solvants classiques par des solutions de rechange plus vertes. « En s’inspirant de la Loi sur la réduction des produits toxiques de l’État du Massachusetts, notre équipe de recherche a identifié le besoin de se doter de nouvelles ressources afin d’aider concrètement les entreprises à réaliser leurs projets de remplacement de substances toxiques par des choix plus verts et moins dangereux », ajoute Maximilien Debia. Les scientifiques mentionnent qu’il faut en effet accompagner les PME dans leur démarche de substitution de solvants, et ce, à un coût abordable. Sinon, elles ont tendance à ne se fier qu’à leurs fournisseurs pour avoir l’heure juste, alors que ces derniers sont en conflit d’intérêts. « Il faut en tout temps que les entreprises qui recourent à des solvants dangereux se posent la question de leur remplacement par des produits moins dangereux et durables », ajoute Denis Bégin.

Plusieurs zones grises

Il est encore difficile pour les non-spécialistes de cerner les solvants verts. Les chercheurs déplorent la confusion qui règne quant à ce qui en constitue un ou pas. Ils constatent aussi que certains solvants qualifiés de verts servant à remplacer des solvants traditionnels ne sont pas sans dangers pour les travailleurs. Cela les amène à recommander qu’une analyse complète des effets potentiels sur la santé et la sécurité de ceux-ci soit faite dès le début des projets de substitution pour s’assurer de ne pas faire de transfert de risque d’une catégorie à une autre. « Pour ce faire, la démarche de substitution en neuf étapes, à la base de Solub, demeure la meilleure méthode à appliquer, que l’on soit face à un solvant vert ou non », conclut Maximilien Debia.

les 9 étapes Solub

Pour en savoir plus

BÉGIN, Denis, Caroline COUTURE, Michel GÉRIN, Maximilien DEBIA. Solvants verts : fondements, santé, sécurité, environnement et substitution, R-1089, 95 pages.

Site Web Solub

À surveiller : le site Solub subit actuellement des changements et le visuel sera modifié.