Ados au boulot : Quelles sont les répercussions sur la SST ?

Les adolescents sont nombreux à travailler tout en étudiant, et ce, par fois dès l’âge de 13 ans. En 2016-2017, plus de la moitié des jeunes du secondaire occupai ent un emploi.

Qu’est-ce qui les incite à travailler si tôt ? Une entrée précoce sur le marché du travail dès l’âge de 13 ans a-t-elle des répercussions sur les conditions d’emplois à 15 ans ? Comment peut-on caractériser l’intensité du travail des adolescents ? Les questions sont nombreuses, mais en utilisant les données de l’Étude longitudinale du développement des enfants du Québec (ÉLDEQ), une recherche financée par l’IRSST a permis de faire la lumière sur le sujet.

Résultat : les jeunes qui travaillent dès l’âge de 13 ans se retrouvent plus souvent à occuper un emploi dit « manuel » à 15 ans, comportant davantage de contraintes physiques. De plus, la demande psychologique avec laquelle ils doivent composer dans leur emploi à 15 ans est plus élevée que celle que rapportent les jeunes ayant commencé à travailler à cet âge. « Les contraintes physiques de travail sont associées à la survenue de blessures, signale Élise Ledoux, professeure en ergonomie à l’UQA M et responsable du champ Prévention durable en SST et environnement de travail à l’IRSST. Même s’ils cumulent plus expérience, cela ne semble pas les mettre à l’abri des postes de travail plus dangereux, au contraire. »

Alors que les raisons pour occuper un emploi à 13 ans varient, le contexte familial pourrait-il avoir une influence ? Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les jeunes provenant de milieux plus défavorisés ne commencent pas nécessairement à travailler plus tôt. C’est plutôt le changement du revenu familial au cours des années qui semble prédire une entrée précoce sur le marché du travail. « Ceux qui avaient vécu dans des familles plus stables financièrement dès l’âge de 5 ans avaient moins de chance de commencer à travailler à 13 ans », confirme Élise Ledoux. D’autres facteurs, comme le fait d’être indécis face à ses aspirations scolaires ou souhaiter compléter un diplôme d’études professionnelles, ont aussi une influence.

Ni tout noir, ni tout blanc

Cette arrivée hâtive sur le marché du travail ne comporterait pas que des inconvénients. En effet, ceux qui ont occupé un emploi à 13 et à 15 ans ont une perception plus positive de leur état de santé et sont moins susceptibles de consommer de la drogue. De plus, les jeunes qui commencent à travailler tôt sont plus nombreux à présenter un rendement scolaire supérieur à la moyenne, ajoute Élise Ledoux.

Ils percevraient également leur relation avec leur supérieur immédiat de façon plus positive. Ceux qui occupaient un emploi formel à 13 ans ont été plus nombreux à considérer que leur superviseur facilitait leur travail. « Ils sont peut-être exposés à plus de risques présents dans leur milieu de travail, mais si le superviseur est à proximité et qu’ils sentent un soutien de sa part, il peut y avoir une atténuation de certains risques », ajoute la chercheuse.

L’intensité du travail

Un adolescent qui travaille 10 heures par semaine est-il exposé à moins de risques d’accident qu’un autre qui en travaille le double ? Pas nécessairement. C’est plutôt un ensemble de facteurs qui déterminerait l’intensité du travail effectué. En regardant strictement le nombre d’heures travaillées, certains groupes d’adolescents plus à risque pourraient passer sous le radar, prévient Élise Ledoux. D’autres éléments sont à considérer pour caractériser l’intensité de leur travail, puisque la plupart le font à temps partiel. L’étude a aussi démontré l’intérêt de prendre en compte le fait d’avoir occupé un emploi formel à 13 ans, le genre de travail occupé à 15 ans, le type d’horaire de travail, le nombre de contraintes physiques et la demande psychologique perçue.

L’Étude longitudinale du développement des enfants du Québec n’est pas terminée. Elle continue de suivre les individus jusqu’à leurs 25 ans. Les données sur les jeunes de 17 et 19 ans, maintenant disponibles, seront analysées par le groupe de recherche. Il s’agit d’une période cruciale dans le cheminement professionnel des adolescents, alors qu’ils commencent à occuper un emploi en lien avec leur domaine d’études.

« Restent-ils exposés aux mêmes types de contraintes malgré un changement d’emploi ? Ceux qui ont eu des lésions au début de leur parcours professionnel rapportent-ils des impacts sur leur SST à 17 et 19 ans ? Plusieurs questions sont toujours sans réponses, et c’est ce que nous pourrons vérifier grâce aux prochaines données obtenues », conclut Élise Ledoux.

Cette arrivée hâtive sur le marché du travail peut comporter des avantages, notamment une perception plus positive du jeune de son état de santé.

Pour en savoir plus

LEDOUX, Élise, Marc-Antoine BUSQUE, Julie AUCLAIR, Luc LABERGE. Entrée précoce sur le marché du travail à 13 ans et répercussions sur la SST des jeunes occupant un emploi à 15 ans, R-1059, 105 pages.