Policiers : Perceptions et attitudes face à la conduite automobile

Une grande partie du travail des policiers se fait sur la route. Que ce soit en patrouille régulière ou en situation d’urgence, ces travailleurs passent beaucoup de temps derrière le volant, et ce, dans toutes sortes de contextes.

Les policiers ne sont malheureusement pas à l’abri d’un accident du travail lié à la conduite automobile. D’ailleurs, dans un rapport de recherche de l’IRSST datant de 2013, l’analyse des données des rapports d’accidents a démontré que près de 100 policiers par année reçoivent des indemnisations de la CNESST en raison de blessures subies lors d’un accident routier au travail. Mais comment les policiers et aspirants policiers perçoivent-ils la conduite automobile dans le contexte de leurs fonctions ?

C’est ce qu’on voulut savoir les chercheurs Martin Lavallière de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et François Bellavance de HEC Montréal en menant leur étude financée par l’IRSST. Celle-ci a permis de documenter les perceptions et les attitudes face à la conduite automobile en fonction de l’appartenance à un groupe de conducteurs, soit les aspirants policiers, les policiers en fonction et la population générale.

Les chercheurs ont comparé ces perceptions et attitudes selon l’expérience de conduite et le sexe du conducteur. Au total, 116 aspirants policiers, 624 policiers en fonction et 400 conducteurs civils ont répondu à un questionnaire sur différents aspects de la conduite automobile. Ces comparaisons ont permis aux chercheurs de brosser un meilleur portrait de celle des policiers québécois. « Si on veut mieux intervenir auprès des policiers, il faut les connaître davantage, explique Martin Lavallière, auteur principal du rapport de recherche. On voulait comprendre les attitudes et les perceptions de chacun pour être capables de mieux cibler les interventions lorsqu’il est question de sensibilisation et de formations spécifiques en conduite d’urgence et de patrouille. »

Les constats

Si, parmi les constats observés, on dénote certaines différences entre les policiers et la population générale, d’autres, plutôt inattendus, ressortent de l’étude. « On s’attendait, par exemple, à ce que les policiers plus âgés aient des comportements plus sécuritaires sur la route que leurs collègues plus jeunes, en raison notamment de leur expérience de travail », explique Martin Lavallière. Or, aucune différence notable n’a été enregistrée à cet égard. Ainsi, la recherche a démontré que les policiers, tous âges confondus, semblent garder en tête l’importance d’adapter leurs comportements sur la route pour assurer leur sécurité et celle d’autrui. Ils sont donc conscients des risques auxquels ils sont exposés chaque jour sur les routes du Québec.

De plus, les policiers interrogés ont mentionné avoir des comportements moins risqués et plus prudents en conduite d’urgence que lorsqu’ils sont en patrouille régulière. « Ils sont pleinement conscients du risque auquel ils s’exposent lors d’une patrouille d’urgence », soutient Martin Lavallière. Certains vont jusqu’à mentionner, pour diverses raisons, ne plus effectuer de conduite d’urgence dans le contexte actuel entourant le métier. Les commentaires soulèvent, entre autres, les possibles poursuites découlant de telles interventions, des inégalités perçues dans le traitement des dossiers d’accidents routiers entre civil et policier et, le fait que le policer soit d’emblée perçu comme fautif en cas d’accident. Certains soulignent le dilemme que soulève la perception du public qui leur demande d’agir rapidement, sans accepter les risques associés à la conduite d’urgence. Ainsi, certains commentaires laissent transparaître une préoccupation des policiers face aux répercussions que la conduite d’urgence pourrait avoir sur leur carrière, notamment en cas de collision.

Différences liées au sexe ?

Est-ce que le fait d’être un homme ou une femme modifie l’attitude des gens sur la route ? Bien que le sexe ne semble pas influencer les intentions des conducteurs lorsqu’ils prennent le volant, des différences notables ont été observées quant à leurs perceptions et leurs attitudes face à leurs habitudes sur la route. « Les femmes ont des comportements plus sécuritaires que les hommes, que ce soit dans la population en général ou dans les groupes de policiers et d’aspirants policiers », soutient le chercheur. Il s’agissait d’une des hypothèses de l’étude et d’une donnée observée dans la littérature scientifique sur la sécurité routière.

Des résultats prometteurs

Dans leur conclusion, les chercheurs affirment que les résultats de ce travail permettront de jeter un regard nouveau sur la conduite automobile en patrouille régulière et d’urgence au Québec. « On n’avait jamais pris le temps de s’asseoir avec les organisations et de sonder les policiers pour voir comment ils voient leur métier sur la route, affirme Martin Lavallière. Cette étude nous donne de belles pistes pour poursuivre les recherches. » Elle ouvre ainsi la porte à une série d’évaluations et d’études plus précises pour documenter les comportements routiers des policiers et pour évaluer si les résultats obtenus sont réellement observés sur la route. Les conclusions de la recherche permettront d’implanter des interventions ciblées pour mieux guider les policiers. Les retombées ? « Nous souhaitons que les connaissances tirées de cette étude permettent de mieux orienter les programmes de sensibilisation et de formation à la conduite d’urgence et préventive des policiers actuels et futurs tout en sensibilisant la population générale au travail qu’ils ont à effectuer sur nos routes », conclut Martin Lavallière.

Pour en savoir plus

LAVALLIÈRE, Martin, François BELLAVANCE. Perceptions et attitudes face à la conduite automobile dans un contexte de travail chez les policiers en fonction et les aspirants policiers, R-1086, 137 pages.

BELLAVANCE, François, Patrice DUGUAY, Sonia PIGNATELLI. Les accidents routiers au travail – Une vue d’ensemble, DS-016, 25 pages.

BELLAVANCE, François, Patrice DUGUAY, Sonia PIGNATELLI. Les accidents routiers – Comparaison entre les accidents liés au travail et ceux qui ne le sont pas, DS-017, 10 pages. irsst.info/statistiquesaccidents