40 ans de recherche en santé et en sécurité du travail

Crédit: Julien Castanié

Depuis 40 ans, l’IRSST mène et finance des recherches pour éliminer les risques d’atteinte à la santé et à la sécurité des travailleurs et pour favoriser leur réadaptation. Fort de ses quatre décennies d’existence, il est reconnu pour la pertinence, la qualité et l’originalité de ses travaux. L’Institut a également joué un rôle historique et crucial dans la construction d’une communauté de recherche en SST au Québec. Discussion avec Lyne Sauvageau, présidente-directrice générale de l’IRSST depuis août 2019.

Lyne Sauvageau
Lyne Sauvageau,
présidente-directrice générale de l’IRSST
Crédit photo: Julian Harber

Madame Sauvageau, parlons d’abord plus en détail de la mission de l’IRSST. Elle comporte plusieurs volets ?

Lyne Sauvageau (LS) : L’IRSST est une organisation unique en son genre, qui rassemble sous un même toit une équipe de chercheurs, de professionnels et de techniciens aguerris. Sa mission est de contribuer, par la recherche, à la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles, ainsi qu’à la réadaptation des travailleurs qui en sont victimes. Nous avons également une équipe de spécialistes de la diffusion et de la mobilisation de connaissances, sans oublier les laboratoires, qui couvrent l’analyse d’une grande gamme de contaminants en milieu de travail. L’IRSST est aussi un organisme qui finance des études réalisées dans des universités québécoises et des centres de recherche publics.

C’est une mission très vaste ! A-t-elle changé depuis la fondation de l’IRSST en 1980 ? D’ailleurs, quels ont été les premiers balbutiements de l’Institut ?

LS : La mission de l’Institut est restée la même depuis le début, mais elle s’est adaptée aux besoins des travailleurs et des employeurs. En 1978, le gouvernement du Québec entreprenait une vaste consultation populaire avec la publication du livre blanc sur la santé et la sécurité au travail. Ce livre blanc a permis la tenue d’un véritable débat public dans la société québécoise et a servi à énoncer les orientations du gouvernement en matière de santé et de sécurité du travail (SST). C’est le 28 novembre 1980 que Ghislain Dufour, président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Louis Laberge, président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), et Robert Sauvé, PDG de la CSST, ont signé les lettres patentes qui officialisent la création d’une société autonome sans but lucratif dénommée Institut de recherche en santé et en sécurité du travail (IRSST). « Il peut ainsi exercer en toute liberté et autonomie sa fonction d’organisme de recherche scientifique et être assuré de bénéficier de conditions essentielles à sa crédibilité dans le cadre de sa vocation propre », dira Yves Martin, qui est d’ailleurs devenu le premier PDG de l’IRSST.

J’imagine qu’un tel mandat ne se réalise pas en vase clos. Vous collaborez avec d’autres organisations ?

LS : Tout à fait ! Comme nous répondons aux besoins issus des milieux de travail, il est primordial de maintenir des liens organiques avec eux et d’anticiper leurs besoins futurs. Ces liens essentiels sont tissés directement ou à l’aide de partenaires privilégiés que sont la CNESST, les associations sectorielles paritaires, les associations patronales et syndicales, ainsi que le réseau de la santé au travail. Cette année, nous comptions également 30 partenariats de recherche au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde. La direction scientifique de l’Institut est un centre collaborateur du Pan American Health Organization (PAHO), soit le bureau régional américain de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), depuis 2013. En partageant des ressources humaines, financières et matérielles avec ses partenaires, l’IRSST augmente sa capacité d’action dans plusieurs domaines, toujours dans l’objectif d’optimiser les retombées pour les milieux de travail.

L’IRSST a publié de nombreux rapports de recherche dans les 40 dernières années, mais certains ont-ils été particulièrement marquants ?

LS : Oui, plusieurs rapports se sont démarqués. Je pense notamment au rapport Spitzer, publié en 1986, qui a marqué un important changement de paradigme dans le domaine de la réadaptation au travail. D’un modèle purement médical, axé uniquement sur la lésion et sa guérison, la recherche s’est tournée vers un modèle biopsychosocial prenant en compte l’ensemble des facteurs susceptibles de contribuer à la prévention de l’incapacité au travail, par exemple les facteurs personnels liés au travailleur ou ceux qui concernent le système de santé. Cela a influencé de façon majeure les orientations et les recherches financées par l’IRSST en matière de réadaptation au travail. Le dossier 911, piloté par l’équipe de Georges Toulouse, a aussi été marquant. Il s’agit d’une série d’études qui s’est intéressée à la prévention des TMS et des troubles de santé psychologique chez les préposés des centres d’appels 911. Ces travaux ont permis de jeter un éclairage sur les exigences parfois difficiles de la prise d’appels d’urgence et ont eu de nombreuses retombées concrètes. Finalement, cette année, on ne peut passer sous le silence toutes les réalisations de l’IRSST pour faire face à la pandémie de la COVID-19, entre autres la planification de la reprise des activités et les tests sur les différents types de masques.

Vous êtes en poste depuis un peu plus d’un an. Quels sont les défis que vous envisagez dans les années à venir, et qu’est-ce qui vous rend le plus fière ?

LS : Des défis, il y en aura plusieurs, j’en suis certaine. Pensons seulement à la transformation du marché de l’emploi et à la pénurie de main-d’oeuvre dans certains secteurs d’activité qui obligent à anticiper de nouveaux risques. Les changements climatiques et la transition écologique révèlent également de nouvelles situations d’exposition ou font émerger des risques que l’on croyait bien maîtrisés. L’IRSST dispose de nombreux atouts pour faire face aux défis de société qui agissent sur le monde du travail et peuvent entraîner des risques pour les travailleurs. Depuis 40 ans, nos équipes ont toujours été à pied d’oeuvre pour trouver des solutions concrètes afin d’aider les employeurs et les travailleurs. La situation des derniers mois, avec la COVID-19, a montré toute l’importance de fonder nos décisions collectives sur des données probantes, issues de la recherche. Elle a aussi démontré toute l’utilité et l’importance de la recherche en santé et en sécurité du travail. Et je suis fière d’affirmer que devant cette situation d’exception, l’IRSST a joué pleinement son rôle de leader en recherche au Québec et au Canada. Finalement, il est primordial de mentionner que sa mission se réalise au quotidien grâce à près de 140 employés qui ont à coeur la prévention des risques du travail et la réadaptation des personnes touchées par un accident ou une maladie professionnelle. Je peux assurer que chacun des employés de l’Institut incarne cette mission au quotidien et je suis privilégiée de pouvoir compter sur cette équipe engagée et fière d’être au service des milieux de travail.

4 décennies en chiffres*

1 635 projets financés, incluant 96 activités de valorisation

1 144 rapports de recherche publiés

234 guides et outils techniques

1 385 bourses octroyées à 612 étudiants

2 221 376 analyses environnementales, toxicologiques et microbiologiques

*Données en date d’août 2020