Guide sur le nettoyage du béryllium

Prélèvements de surface avec lingettes humides. Illustrations : Jacques Perrault

L’IRSST a dévoilé la deuxième mouture de son guide de nettoyage du béryllium, qui est complémentaire au guide prévenir et contrôler l’exposition au béryllium et à la grille d’autoévaluation prévenir et contrôler l’exposition au béryllium de la CNESST. Ces documents ont tous fait l’objet d’une mise à jour.

Comme la première version parue en 2010, le document de l’IRSST comprend ce qu’il faut savoir sur l’assainissement des lieux où l’on a utilisé du béryllium. De l’entretien ménager aux travaux de décontamination, le guide, originellement rédigé par Stéphanie Viau et Chantal Dion, permettra aux responsables des activités de nettoyage d’élaborer un protocole d’entretien ménager et de décontamination pour obtenir des niveaux acceptables de ce métal. « La nouvelle version du guide est très pratique, mentionne Patricia Labelle, conseillère en communication à l’IRSST, qui en a coordonné la publication. Comme il s’agit d’un document qui est beaucoup utilisé, on a voulu le mettre à jour et le rendre encore plus accessible aux travailleurs et aux responsables. » Ce guide contient des informations sur les stratégies d’échantillonnage, les valeurs de références québécoises, les procédures de nettoyage, les mesures de prévention et les équipements de protection individuelle des travailleurs directement exposés au béryllium. Le chapitre 9, sur l’évaluation globale de l’exposition des travailleurs, a été complètement revu pour mieux refléter les améliorations dans le domaine. Voici donc un petit survol du nouveau guide.

Qu’est-ce que le béryllium ?

Filtres encapsulés de type solu-sert
Filtres encapsulés de type solu-sertmd.
Illustrations : Jacques Perrault

Le béryllium entre dans la composition d’une grande variété de matériaux utilisés dans plusieurs secteurs d’activité, dont l’aérospatiale, la fonderie, l’automobile et les télécommunications. Cet élément métallique peut cependant provoquer des affections des muqueuses et des maladies respiratoires graves, comme la bérylliose chronique et le cancer du poumon s’il est inhalé. « Les activités produisant des aérosols, tels que l’usinage, le soudage, le coupage ou le polissage avec un matériau contenant du béryllium, peuvent libérer des particules nocives pour la santé des travailleurs, mentionne Mickaël Calosso, chimiste et directeur adjoint aux opérations des laboratoires de chimie de l’IRSST. Des mesures strictes doivent donc être appliquées en ce qui concerne le nettoyage et la décontamination, mais il faut aussi miser sur la prévention. »

Un entretien adéquat

Les techniques servant à entretenir les zones ou les équipements contaminés par le béryllium doivent être appliquées dans l’optique de prévenir la dispersion et la remise en suspension des poussières. Trois situations requièrent habituellement des travaux d’assainissement : le nettoyage des surfaces de matériaux composés de béryllium, l’entretien ménager des zones où se produisent des activités utilisant du béryllium et la décontamination des zones de travail et des équipements contaminés. Deux procédés doivent être utilisés, le nettoyage par aspiration avec un aspirateur muni d’un filtre à haute efficacité, puis le nettoyage humide à l’aide d’un détergent. L’entretien ménager, dont la fréquence est déterminée en fonction des activités, doit se faire pour prévenir l’accumulation de poussières. « Les activités dans l’entreprise peuvent remettre en suspension dans l’air une partie des particules alors sédimentées au sol, et ainsi être potentiellement inhalées par les travailleurs, d’où l’importance de faire un nettoyage adéquat, explique Mickaël Calosso. Il est donc essentiel de faire une surveillance dans les milieux de travail. » Ainsi, l’échantillonnage d’air et de surface est le meilleur moyen de contrôle de l’exposition globale des travailleurs au béryllium.

Des méthodes améliorées

Équipements de protection individuelle
Équipements de protection individuelle.
Illustrations : Jacques Perrault

Le chapitre 9 du guide, qui traite des méthodes d’échantillonnage, a été complètement mis à jour pour refléter les progrès scientifiques. « On a modifié ce chapitre puisque de nouvelles technologies nous permettent d’obtenir une meilleure sensibilité de l’analyse ainsi qu’une évaluation plus juste du niveau d’exposition des travailleurs », mentionne Mickaël Calosso. Le chimiste précise qu’il est important d’évaluer régulièrement le degré de cette exposition et de mettre en place des programmes de prévention qui détermineront notamment les besoins en matière de décontamination des surfaces. « L’efficacité et la fréquence des nettoyages doivent être évaluées pour établir le meilleur programme de décontamination. C’est entre autres grâce aux prélèvements qu’on peut mieux élaborer une stratégie d’intervention », note Mickaël Calosso. Depuis trois ans, les laboratoires de l’IRSST ont mis en service un nouveau dispositif collecteur innovateur permettant de mieux refléter l’exposition des travailleurs aux métaux. Disponibles pour l’analyse des métaux et du béryllium, les filtres encapsulés empêchent que les particules se déposent sur les parois internes de la cassette. On évite ainsi une possible sous-estimation de l’exposition des travailleurs. Pour ce qui est des prélèvements de surface par essuyage, on utilise maintenant des chiffons humides plutôt que des filtres. « Ils sont plus appropriés pour ce type de prélèvement, ce qui permet une meilleure collecte et rétention des métaux », explique le chimiste.

Corriger les situations et éliminer les risques

Le nettoyage et la décontamination font partie intégrante des mesures de prévention mises en place pour réduire l’exposition des travailleurs aux contaminants. Grâce aux résultats des prélèvements de surface et d’air, il est possible de mieux orienter ces travaux. « On peut notamment identifier les aires de travail contaminées, évaluer l’efficacité du nettoyage, les moyens de maîtrise du contaminant, ou encore jauger la nécessiter de porter des équipements de protection individuelle (EPI), estime Mickaël Calosso. Mais avant de penser au nettoyage, il faut agir à la source. » Le scientifique cite en exemple le fait de commencer par évaluer la possibilité d’éliminer le contaminant ou d’y substituer un composé moins nocif, d’utiliser des systèmes d’aspiration à la source, ou encore d’isoler le contaminant en travaillant dans des cabines fermées. « Selon la hiérarchie des mesures de prévention, les EPI doivent être utilisés lorsque toutes les autres options n’ont pas permis de protéger adéquatement le travailleur des contaminants ou des dangers qui l’entourent », explique Mickaël Calosso. Il faut garder en tête que les équipements de protection individuelle représentent une contrainte physique supplémentaire pour les travailleurs qui effectuent déjà des tâches physiquement exigeantes. Les EPI sont la mesure de prévention la moins efficace, et doivent être utilisés en dernier recours.

Des formations essentielles

Le béryllium étant hautement toxique, les employeurs ont l’obligation d’assurer à tous les employés qui entrent en contact avec cette matière une formation adéquate sur ses dangers, laquelle doit couvrir la santé, la sécurité et les risques d’accident en plus de fournir des informations spécifiques sur cette substance. Le guide de nettoyage du béryllium constitue donc un excellent outil à cet égard. « Le guide est complet et complémentaire aux autres guides de la CNESST. Il comprend toutes les informations concernant le nettoyage et la décontamination, mais aussi beaucoup de tableaux et de schémas pour saisir plus facilement l’information, conclut Patricia Labelle. C’est pour cela qu’on l’a amélioré, avec l’objectif de le rendre encore plus facile d’utilisation.»