COVID-19 : recherche de solutions pour les milieux de travail - Les pratiques préventives

Illustration : Julien Castanié

La recherche : les pratiques préventives dans les entreprises de transformation alimentaire contexte de la pandémie de la COVID-19

Équipe de recherche

Jessica Dubé et Daniel côté (IRSST) • Sylvie Gravel (Université du Québec à Montréal)

Les enjeux

Le projet, qui devait au départ porter sur la coordination des exigences de santé-sécurité dans les entreprises alimentaires, s’est rapidement réorienté avec la pandémie. « On savait qu’il y avait plusieurs risques liés à la COVID-19 dans les entreprises de transformation alimentaire », relate Jessica Dubé, chercheuse à l’IRSST. Elles évoluent dans un contexte particulier, alors que plusieurs travailleurs ont un statut précaire (travailleurs immigrants, d’agences). L’équipe de recherche a par conséquent voulu documenter les pratiques préventives du milieu dans ce contexte, qui comporte des difficultés à plusieurs égards.

Les objectifs

« En raison des conditions de travail, c’est compliqué et même pas toujours possible de mettre en place les mesures préventives de la santé publique. Nous souhaitions voir comment les entreprises se sont adaptées », résume Jessica Dubé. L’objectif de l’étude était donc de documenter les pratiques préventives, de tirer des leçons et de proposer des pistes de solution permettant de repenser l’implantation de ces mesures dans les entreprises de transformation alimentaire pour mieux protéger les travailleurs en contexte de pandémie.

La méthodologie

À l’aide d’une méthode de théorisation ancrée, qui assure des allers-retours entre le terrain et la mise en théorie, les chercheurs ont sélectionné 15 entreprises de transformation alimentaire de plusieurs domaines (viande, légumes, boulangerie, mets préparés, etc.) et de différentes tailles. Ils ont ensuite documenté le discours des différents acteurs de chacune d’entre elles pour recueillir leurs perceptions à l’aide d’entrevues semi-dirigées d’environ une heure. Un questionnaire a aussi permis de récolter des données organisationnelles (quart de travail, culture de santé-sécurité, etc.) pour mieux comprendre le processus et identifier les risques et les mesures préventives. Les scientifiques souhaitaient collecter les différentes visions, expériences et histoires vécues des entreprises qui se sont toutes adaptées (parfois indépendamment, parfois sur les directives d’un siège social) selon leurs ressources humaines, matérielles et financières.

Masque
Les chercheurs ont sélectionné 15 entreprises de transformation alimentaire de différentes tailles appartenant à plusieurs domaines, par exemple la boulangerie et les mets préparés.

Les résultats

Si la recension des écrits est terminée, les entrevues étaient toujours en cours au moment d’écrire ces lignes. Malgré tout, les chercheurs ont constaté que ces milieux ont adopté plusieurs nouvelles pratiques, surtout sur le plan de l’organisation du travail (absence préventive, gestion de personnel). Des mesures concrètes y ont été implantées assez tôt dans la crise, comme le port du masque obligatoire, la distanciation physique, la réorganisation des espaces communs, l’organisation des entrées et sorties ainsi que le décalage des horaires de travail.

Les retombées

Alors que nous restons vulnérables à une prochaine pandémie, la chercheuse et ses collaborateurs espèrent produire des principes directeurs pour guider les entreprises. « Il y a eu beaucoup d’études sur l’ergonomie dans ces entreprises, mais peu pour les autres enjeux de SST. Notre étude rend visibles les enjeux de gestion de santé et de sécurité au travail », remarque la chercheuse. L’établissement de partenariats avec les acteurs du milieu et des formations sont également dans la mire. L’étude aura finalement été l’occasion de mettre en lumière l’importance de ces industries qui nous nourrissent, et les nombreux défis auxquels elles font face. « C’est déjà un grand pas », conclut Jessica Dubé.

Pour en savoir plus

irsst.info/video1