COVID-19 : recherche de solutions pour les milieux de travail - N95 - Test de décontamination et réutilisations répétées

Illustration : Julien Castanié

La recherche : N95 - Test de décontamination et réutilisations répétées avec validation des capacités filtrantes et test d’ajustement sur des volontaires dans un contexte de traçabilité des masques

Équipe de recherche

Caroline Duchaine et Nathalie Turgeon (centre de recherche institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec-Université Laval) • Ali Bahloul (IRSST)

Les enjeux

« Le projet de recherche a commencé dans l’urgence », raconte Nathalie Turgeon, chargée de projet au Laboratoire de recherche sur les bioaérosols du Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de l’Université Laval (CRIUCPQ). Les masques N95 étaient rares à l’époque, et l’équipe du CRIUCPQ a collaboré avec la compagnie Stryker pour voir si sa technologie permettrait de les décontaminer et de les réutiliser.

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Traitement de 960 masques N95 à la vapeur de peroxyde d’hydrogène dans une pièce étanche de 40 m3

Les objectifs

Cette recherche visait à mesurer l’effet d’un traitement de décontamination au peroxyde d’hydrogène et d’ozone au moyen d’appareils Sterizone VP4 (Stryker). Les chercheurs ont mené des tests pour déterminer si la stérilisation pénétrait dans toutes les couches des masques, et ils ont mesuré l’efficacité de chaque cycle de stérilisation. L’étude visait également à valider l’implantation d’un système de recyclage dans un contexte clinique.

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Photo : Istock

La méthodologie

Au moment où Nathalie Turgeon et ses collègues ont effectué la revue de littérature, aucune ligne directrice n’avait encore été publiée à ce sujet. En plus d’analyser l’utilisation du peroxyde d’hydrogène, qui semble prometteur, l’étude a poussé les tests d’ajustement en faisant porter les masques à des volontaires pour mesurer si ces appareils étaient déformés ou provoquaient de l’inconfort. Des tests de filtration, de stérilisation et de résidus étaient prévus, et en dernière étape, une implantation à grande échelle à l’IUCPQ.

Les résultats

La technologie étudiée permet bien de réutiliser les masques plusieurs fois et les volontaires n’ont rapporté que quelques inconforts. Si les tests techniques se sont révélés prometteurs, l’implantation dans le monde réel soulève de vrais défis. « La mise en place d’un protocole fonctionnel posait des risques pour toutes les activités de l’hôpital, à cause de la configuration des lieux », raconte Nathalie Turgeon. La gestion logistique des masques, voulant que chacun soit retourné à la même personne alors que le système d’approvisionnement de l’hôpital les gère et les classe par grandeur et modèle, reste compliquée. « On a traité et entreposé les masques, mais on n’a finalement pas eu à s’en servir », observe la chercheuse. Les masques retraités sont disponibles si nécessaire, mais l’hôpital a adopté une solution de rechange de masques lavables dotés d’une cartouche.

Les retombées

La recherche a finalement pivoté pour évaluer un autre appareil, qu’on installe dans une pièce. Les modèles Bioquel BQ50, qui décontaminent à l’aide de vapeur de peroxyde d’hydrogène, réduisent la charge virale d’une pièce et peuvent décontaminer les masques.

La pandémie a par ailleurs mis de l’avant la recherche sur la transmission des virus dans l’air et par aérosol. « Un virus se transmet de plusieurs façons, mais c’est très difficile à prouver. Ça fait 10 ans qu’on travaille sur cela, c’est difficile en 6 mois de tout savoir sur la COVID-19 », remarque la chercheuse.

Pour en savoir plus

irsst.info/video8