COVID-19 : recherche de solutions pour les milieux de travail - Congé-maladie et distanciation physique à l’ère de l’emploi précaire

Illustration : Julien Castanié

La recherche : congé-maladie et distanciation physique à l’ère de l’emploi précaire : comprendre les conditions de travail et les choix pour prévenir la transmission de la COVID-19

Équipe de recherche

Daniel Côté (IRSST) • Ellen Maceachen (Université de Waterloo) • Marie Laberge (centre hospitalier universitaire Sainte-justine) • Shannon Majowicz (Université de Waterloo) • Samantha Meyer (Université de Waterloo) Jessica Dubé (IRSST)

Masque
Une recension des écrits a permis aux chercheurs de documenter que les travailleurs disaient vivre du stress et de l’anxiété, de la dépression et de la solitude.

Les enjeux

En plus de devoir continuer à travailler en présence durant la crise, les employés des services publics essentiels ont trouvé difficile d’appliquer les mesures de distanciation physique. Or, plusieurs d’entre eux occupent un emploi précaire : « Ces travailleurs sont à haut risque, et souvent n’ont droit à aucun congé de maladie payé », explique la professeure Ellen MacEachen de l’École de santé publique et des systèmes de santé de l’Université de Waterloo. Selon l’équipe de recherche, certains travailleurs précaires se rendent au travail malgré la présence de symptômes. Ellen MacEachen et Daniel Côté, chercheur en réadaptation au travail à l’IRSST, ont voulu documenter cet enjeu de société.

Les objectifs

L’objectif principal de cette recherche était donc d’explorer comment les employés précaires comprennent la situation, font des choix et naviguent à travers les recommandations de la santé publique pour mitiger la contagion de la COVID-19, alors qu’on sait que leurs conditions précaires et financières sont reconnues pour ne pas les inciter à prendre congé lorsqu’ils sont malades. Les chercheurs désiraient comparer la situation au Québec et également en Ontario.

« On aimerait élargir la réflexion et tirer des leçons pour les politiques publiques, pour la planification des interventions à long terme et l’organisation de nos structures de soins de santé », affirme Daniel Côté. La recherche visait à dégager des modèles situationnels types, souligner les bons coups et documenter la situation.

La méthodologie

Les chercheurs ont recruté 72 personnes appartenant à trois groupes distincts : travailleurs précaires, gestionnaires et intervenants (représentants syndicaux, représentants de la santé publique, de la CNESST ou des milieux communautaires). Les schémas d’entrevues abordaient différents thèmes, comme les précautions mises en place, les freins, les mesures qu’auraient dû prendre les entreprises et le gouvernement. « Ça permet de comprendre les dynamiques de travail », explique Daniel Côté.

Les résultats

Les chercheurs poursuivent l’analyse de leurs entrevues et ne peuvent pour l’instant se prononcer sur des résultats. Toutefois, une recension des écrits leur a permis de documenter que les travailleurs disaient vivre du stress et de l’anxiété, de la dépression et aussi de la solitude, « ce qui nous a été rapporté très tôt dans l’étude », remarque Daniel Côté.

Le problème des sous-effectifs dans le secteur de la santé au Québec demeure récurrent. Une forte pression s’est exercée sur les employés déjà surchargés. Le recours à des travailleurs étrangers s’accompagne par ailleurs d’enjeux de logement, de salubrité et de barrière linguistique.

Les retombées

Ultimement, les chercheurs aimeraient susciter une réflexion en vue de réformer le système. « Il n’y a jamais eu autant de personnes qui travaillent au salaire minimum. Idéalement, nous aimerions avoir comme impact qu’on leur accorde des congés de maladie payés », souhaite Ellen MacEachen. « La crise sanitaire a provoqué une déstabilisation sociale importante », conclut Daniel Côté.

Pour en savoir plus

irsst.info/video7