COVID-19 : recherche de solutions pour les milieux de travail - Santé et du mieux-être au travail en temps de crise

Illustration : Julien Castanié

La recherche : étude sur les déterminants de la santé et du mieux-être au travail en temps de crise : le cas des équipes de projet contraintes au télétravail durant la crise de la COVID-19

Équipe de recherche

Marie-pierre Leroux et Caroline Coulombe (Université du Québec à Montréal) • Sonia Lupien (Université de Montréal) Marie-claire Richer (Université Mcgill)

Les enjeux

Avec la mise sur pause des nombreux milieux de travail, plusieurs se sont retrouvés contraints de télétravailler. Marie-Pierre Leroux, qui s’intéresse au contexte de l’aide humanitaire internationale, a eu une pensée pour ces travailleurs coincés à la maison. « Les coopérants ont mis leur vie sur pause, il y a eu beaucoup d’insécurité. Comment vont-ils faire pour livrer la marchandise dans un contexte où certains ont des enfants à la maison ? », s’est demandé la professeure au Département de management de l’UQAM. Elle s’est donc tournée vers des travailleurs formés en gestion de projets pour examiner comment ils se sont adaptés au télétravail.

Les objectifs

L’objectif principal de la recherche était de mieux comprendre les effets sur la santé et le mieux-être professionnel de la transition brutale vers un mode d’organisation virtuel des équipes de projets. La chercheuse et ses collaborateurs cherchaient à explorer les réalités de ces travailleurs, leurs stratégies d’adaptation et les conséquences de cette transition rapide. Dans un deuxième temps, la recherche s’est penchée sur le soutien que les gestionnaires leur offraient.

La méthodologie

Les chercheurs ont mené 45 entrevues de personnes travaillant pour organismes majeurs afin de cerner les déterminants de la santé et du mieux-être des équipes de projets. « On faisait le tour : leur quotidien, leur routine depuis le mois de mars, et l’évolution de la situation. Je m’intéressais aussi aux éléments stresseurs et aux manifestations de douleurs de différentes sources », explique Marie-Pierre Leroux. Un questionnaire en ligne a été également envoyé dans les réseaux de gestion de projets du Québec.

Masque
La chercheuse et ses collaborateurs cherchaient à explorer les réalités de ces travailleurs, leurs stratégies d’adaptation et les conséquences de cette transition. Photo : Istock

Les résultats

L’analyse des entrevues suit son cours, mais les résultats préliminaires montrent que ceux qui étaient déjà équipés et disposaient d’un espace de travail attitré à la maison vivaient beaucoup moins de stress et d’irritabilité que d’autres. « C’est un détail, mais quand on met ça dans le portrait, ça fait partie des conditions gagnantes », constate Marie-Pierre Leroux. À sa surprise, les gens interrogés s’étaient bien adaptés au télétravail et ne voulaient pas revenir en arrière, ou du moins espéraient pouvoir alterner entre télétravail et présence au bureau.

Certains gestionnaires de projets ne disposaient toutefois pas de la latitude requise pour bien accompagner leur équipe à cause d’un manque d’adaptabilité ou de résistance de la part des employeurs. « Dans mon échantillon, les personnes qui ont le plus écopé sont les gestionnaires de haut niveau, qui ont eu une surcharge de travail et un stress important pour s’assurer que leur équipe ne manquait de rien », nuance Marie-Pierre Leroux.

Les retombées

Pour être efficaces, ces mesures concrètes doivent être adaptées au contexte des individus. Marie-Pierre Leroux aimerait faire des recommandations aux employeurs pour qu’ils soient davantage sensibilisés aux bonnes pratiques d’accompagnement des équipes de projets dans ce nouvel environnement de travail à distance, qui semble vouloir perdurer après la crise sanitaire.