Semer et faire pousser les graines d’une culture positive en santé et sécurité

La Loi sur la santé et la sécurité du travail stipule qu’un comité de santé et de sécurité du travail (SST) peut être formé dans un établissement de plus de vingt travailleurs et qu’il aura pour fonctions d’encadrer la santé et la sécurité par diverses activités de prévention, d’information et de formation, de faire le choix des équipements de protection individuelle, de recevoir les suggestions du personnel…

Mais ce comité peut aller plus loin en instaurant une culture positive de la santé et de la sécurité en milieu de travail. Tels étaient les propos que la conseillère en SST au Centre patronal de santé et sécurité du travail du Québec, Josette Boulé, a tenus dans sa conférence intitulée Passer de la liste d’épicerie à une culture positive et durable de la SST, présentée lors du Forum santé et sécurité du travail le 7 mai dernier.

†††  Mme Boulé commence sa conférence par une révision des objectifs d’un comité de santé et de sécurité. Cibler les risques, résoudre les problèmes de santé et de sécurité et se conformer aux normes font partie de la démarche naturelle des comités. Si elle est bien menée, cette démarche apporte les résultats escomptés, et les accidents diminuent. Mais Josette Boulé rappelle que la conformité aux normes est un minimum à rencontrer : « On aurait avantage à donner un objectif un peu plus ambitieux qui aurait une consonance positive et qui amènerait à embarquer les gens vers quelque chose de positif ». Viser le « zéro accident » peut-il être cet objectif mobilisateur? Attention aux effets pervers! Certaines entreprises vont arranger leurs décomptes pour réduire artificiellement le nombre d’accidents en ne comptant pas, par exemple, les accidents suivis d’une assignation temporaire. Les employés eux-mêmes pourraient être tentés de sous-déclarer les accidents. « Le zéro accident, c’est un résultat qu’on veut avoir, mais on peut vouloir aller plus loin », estime Mme Boulé. C’est possible en travaillant sur les comportements, mais il est irréaliste de penser que le personnel de supervision est en mesure de surveiller en continu les faits et gestes de chacun. Elle préconise plutôt de développer l’habileté de chacun à évaluer sa sécurité en se posant les bonnes questions avant d’agir. « Est-ce que l’échelle est le bon moyen? Est-ce que la porte est cadenassée? », demande-t-elle en montrant une photo d’un employé perché sur une échelle appuyée sur une porte de garage. Le travailleur qui se pose ce genre de questions en vient à évaluer les risques et à prendre les décisions pour assurer sa sécurité. C’est là une démarche vers une culture positive en santé et sécurité du travail.

Penser que les accidents sont évitables

Pour qu’il y ait culture, il faut des graines. Ces graines, ce sont les valeurs. Adoptées par les dirigeants et les employés, elles guident les réflexions, les décisions à prendre, puis les actions en santé et sécurité dans l’entreprise. Elles induisent les comportements sécuritaires, incitent à l’examen des postes de travail, conduisent à l’adoption et au suivi de bonnes pratiques, comme réaliser des enquêtes après un accident ou former les nouveaux employés. Pour rendre cette culture positive, on a aussi besoin de gardiens des valeurs. Ils peuvent être membres de la direction, du comité de santé et de sécurité ou des employés, et ils assureront que les valeurs sont suivies, quels que soient les imprévus, les circonstances ou les urgences. Finalement, déclare Josette Boulé, « une culture positive à l’égard de la santé et la sécurité nous guide vers un milieu de travail où tous les accidents sont considérés comme évitables, et où chacun est mis à contribution pour y arriver ».

Mais justement, les accidents sont-ils évitables? La question a été posée lors d’une enquête menée par Ipsos-Reid pour l’Association of Workers’ Compensation Boards of Canada en 2005. Seulement 36 % des répondants pensent que les accidents peuvent être évités. Le problème est que les 64 % restants sont d’accord pour dire que les accidents sont inévitables. Ils argumentent par exemple en disant qu’on ne contrôle pas les conditions extérieures ou que la routine qui s’installe peut engendrer des accidents. S’ajoutent aussi les fameux risques du métier. « Un col bleu qui travaille sur la voirie, c’est du travail physique; à un moment donné, il va se blesser au dos. Ou une infirmière qui donne des injections, à un moment ou un autre, elle va se piquer. » La conseillère rejette cette fatalité et fait remarquer que les rapports d’enquête ne concluent jamais que l’accident était inévitable. Ils pointent toujours des lacunes, une négligence dans l’observation de certaines règles de sécurité, de gestion des risques ou d’organisation des tâches. Josette Boulé enjoint donc à ne pas accepter que les accidents font partie des risques du métier. Elle préfère envisager que les accidents sont évitables de manière à réfléchir pour réduire les risques. Lorsque, dans une entreprise, tous contribuent à cette réflexion, pensent et agissent chaque jour en termes de santé et de sécurité, c’est que la culture positive est installée. « Et si on dit que les accidents sont évitables, il en découle qu’il y a des travailleurs sans accidents », poursuit Josette Boulé.

Les travailleurs sains et saufs

Josette Boulé a visité de nombreux milieux de travail et rencontré de ces travailleurs qu’elle appelle les travailleurs « sains et saufs », même dans des milieux à risque comme un abattoir. Ces travailleurs qui mènent leur carrière sans se blesser ont des points communs : ils prennent leur carrière ou leur travail au sérieux et évidemment, ils considèrent la sécurité comme essentielle; ils assument leur responsabilité en santé et sécurité et ne se reposent pas uniquement sur la responsabilité de l’employeur. Ils planifient leur travail de façon sécuritaire. « Ce ne sont pas des gens qui se précipitent pour faire leur travail, qui agissent et pensent après. Ils pensent avant, prennent le temps de s’installer, d’aller chercher ce dont ils ont besoin et commencent le travail », commente Josette Boulé. Ils détectent les situations à risque et prennent les moyens pour réduire le risque. Ils gardent leur milieu propre. Ils varient leurs tâches pour éviter la routine et rester alertes face aux risques. Bien sûr, ils appliquent les règles et les procédures sécuritaires, mais ils s’impliquent aussi dans l’élaboration des procédures et dans le choix des équipements, et ils interviennent auprès de leurs collègues qui ne respectent pas les consignes de sécurité. De façon générale, ces travailleurs sains et saufs ont une attitude positive dans la vie. « C’est ce genre de travailleurs qu’on cherche dans les organisations, des travailleurs sains et saufs, qui ont une attitude positive en santé et sécurité », résume Josette Boulé.

Le comité passe à l’action

C’est là que le comité de santé et de sécurité a le pouvoir d’agir. Josette Boulé propose aux comités de considérer chacune des caractéristiques des travailleurs sains et saufs et d’examiner comment elles peuvent être encouragées. Par rapport à la responsabilité, elle donne l’exemple d’un travailleur brûlé au visage parce qu’il n’a pas mis sa visière sous prétexte qu’il ne la trouvait pas. Il conviendrait d’encourager les travailleurs à assumer leurs responsabilités, incluant celle d’aller trouver leur supérieur pour se procurer un équipement de rechange. Concernant la planification, elle préconise que le superviseur rencontre son équipe en début de journée pour établir le plan de travail et rappeler les consignes de sécurité. « Ce petit démarrage peut aider les gens, à leur tour, à planifier le
travail; ça va amener les gens à réfléchir sur ce qu’ils peuvent faire de leur côté », commente-t-elle. Plus généralement, de brèves rencontres informelles qui rappellent les risques et les procédures spécifiques reliés à une tâche encourageront les travailleurs à assumer leurs responsabilités. Des aide-mémoire comme Les 12 commandements du cariste ou Le carnet d’outils du mécano, qui indiquent les défauts et les signes d’usure des outils, peuvent aider les travailleurs à détecter les risques. Elle suggère aussi de partager les bonnes pratiques pour renforcer les comportements positifs. Finalement, pour stimuler cette culture positive en santé et sécurité, elle propose de formuler les objectifs de manière à inciter à la réflexion et à la contribution de tous. Ainsi, au lieu d’afficher un résultat comme « sept jours sans accident », elle préfère : « Hier, tous nos travailleurs sont retournés à la maison sains et saufs; que pourrions-nous faire pour que cela se répète aujourd’hui? ».

Si les valeurs sont les graines de la culture positive en santé et sécurité, l’ensemble de ces actions propres à encourager les caractéristiques des travailleurs sains et saufs en seront les fertilisants. Parce qu’une culture, ça se cultive. ……

Pour en savoir plus

Comité SST : communiquer et encourager le passage à l’action, conférence donnée par le Centre patronal de SST 


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