Premier établissement de santé «en santé» !

Le Centre de santé et de services sociaux de Chicoutimi (CSSSC), qui regroupe un centre hospitalier de 696 lits, deux CLSC et trois centres d'hébergement répartis sur six sites de part et d'autre de la rivière Saguenay, a été le premier CSSS québécois à obtenir la certification « Entreprise en santé ». Rallier 3 330 employés et quatre accréditations syndicales à la même cause n'est pas une mince tâche, mais le CSSSC y est parvenu.

Lors de l'événement Le Rassemblement pour la santé et le mieux-être en entreprise, tenu au Palais des congrès de Montréal à la mi-avril 2014, deux conférencières du CSSSC, en racontant la démarche vers la certification, ont démontré que la détermination du comité de direction rend possible le virage santé d'une grande institution. Aujourd'hui, après cinq ans d'efforts, le CSSSC récolte les fruits : moins de roulement de personnel, des employés motivés et globalement en meilleure santé.
Rappelons que la norme Entreprise en santé, qui existe depuis février 2008, encourage l'adoption par les milieux de travail de toute nature de programmes qui favorisent de meilleures habitudes de vie et la création d'un environnement de travail plus sain, en partant du principe que la moitié de la vie éveillée des adultes se déroule au travail. Un employé physiquement actif, en plus d'être en meilleure santé, est 12 % plus productif. Éliminer un seul facteur de risque à la santé d'un travailleur augmente sa productivité de 9 % et réduit son absentéisme de 2 %. Les mandataires de la norme estiment que cette dernière représente une action concrète de développement durable contribuant à la santé des travailleurs et à la productivité des entreprises.

La démarche du CSSSC

À l'origine, en 2008, ce CSSS, comme tant d'autres au Québec, devait rivaliser d'ingéniosité pour trouver et conserver la main-d'œuvre nécessaire à la bonne marche de ses établissements. « Pour nous démarquer, nous avons pensé à innover, explique Annie Grandisson, chef de service du développement organisationnel du CSSSC, car dans le réseau de la santé, où tout est conventionné, nous ne pouvons offrir plus d'argent pour attirer les gens, comme dans le privé. Dans ce contexte, Entreprise en santé avait à nos yeux le potentiel pour devenir un élément de rétention intéressant. » Le taux de roulement du personnel confirme aujourd'hui la justesse de ce choix : de 22 % annuellement en 2008, il est tombé à 12 % en 2013.
Au même moment, le comité de santé et de sécurité, en place depuis deux décennies, se cherchait de nouveaux défis. Le ministère de la Santé et des Services sociaux voulait de son côté valider la nouvelle norme Entreprise en santé dans le réseau de la santé. Les nombres d'employés et de sites ont presque fait rejeter la candidature du CSSSC, jugé de taille trop imposante pour tester la norme. Mais la détermination du directeur général et du comité de direction a eu raison des vents contraires. C'est donc comme ça, de fil en aiguille, que tous les éléments se sont mis en place pour que le CSSSC se lance dans l'aventure Entreprise en santé.

Au début, bâtir une structure

Les trois premières années ont été consacrées à attacher toutes les ficelles d'un programme ambitieux qui englobe non seulement la santé au travail, mais aussi les autres sphères de la vie des travailleurs. La norme Entreprise en santé demande en effet de tenir compte de quatre sphères intimement liées à la santé physique et mentale des individus : habitudes de vie (nutrition, activité physique, arrêt du tabac), équilibre travail-vie personnelle (service de garde, gestion du stress, horaires flexibles, etc.), environnement de travail (environnement sain, qualité de l'air, ergonomie des équipements, gestion des risques, etc.) et pratiques de gestion (formation, développement, communication, esprit d'équipe, civilité, implication, etc.).
« Avec le temps, tout s'est emboîté, se rappelle Annie Grandisson. Entreprise en santé tisse maintenant des liens entre des éléments d'apparence disparates et constitue en quelque sorte un parapluie qui englobe l'ensemble de nos actions. »
Le projet fut lancé en 2008 et, pas plus tard qu'en juin 2011, le CSSSC obtenait la certification, après une visite du Bureau de normalisation du Québec. Depuis, l'audit de maintien a lieu chaque année et le certificat est reconduit. « Pour 2014-2015, l'auditrice a souligné l'engagement visible de la direction, la traduction des principes en réalité et une bonne représentativité de tous les acteurs, indique Audrey Tremblay, directrice des ressources humaines et du développement organisationnel au CSSSC. Le personnel rencontré estime que les gestionnaires font preuve de plus d'écoute, d'ouverture et de flexibilité. » L'auditrice a également souligné la fréquence des réunions et l'implication des membres pour organiser des activités et soutenir l'intérêt du personnel.
Entreprise en santé se vit comme une structure participative paritaire, dans laquelle s'impliquent la direction aussi bien que les employés et les syndicats, les gestionnaires et les directeurs, répartis dans plusieurs comités rattachés aux quatre sphères d'intervention. « Il est question d'Entreprise en santé dans chaque comité de direction, lorsqu'on aborde les grands dossiers organisationnels, rappelle Audrey Tremblay. On y fait le point sur ce qui s'est passé et sur ce qui s'en vient. Le comité de direction accepte les recommandations du comité de santé, de sécurité et de mieux-être, qui chapeaute les différents comités rattachés aux quatre sphères d'intervention. »

Les activités, le cœur du projet

Entreprise en santé se concrétise par une myriade d'activités rattachées aux quatre sphères constituantes de la norme. « Il faut surtout de la créativité et de la folie, et de ça, on en a beaucoup », lance Annie Grandisson.
Des soirées de reconnaissance pour les retraités ou à l'égard des années de service, un prix d'excellence annuel, un programme de relève des cadres, un tableau honorifique, des conférences sur la civilité en milieu de travail (contre le harcèlement), des cercles de coaching pour les gestionnaires et un party de Noël font partie des activités organisées autour de la sphère Pratiques de gestion.
Sensibiliser les travailleurs de nuit à la qualité du sommeil, informer le personnel à propos de santé mentale, faire de l'échantillonnage environnemental, organiser une campagne de sensibilisation aux coups de chaleur, préparer des tournées d'inspection des lieux de travail, réaliser une campagne de prévention des chutes sont des exemples de ce qui s'est organisé autour de la sphère Environnement de travail.
Dans la sphère Équilibre travail-vie personnelle, les employés se sont vus offrir un service de massothérapie, des cours de yoga, d'étirements, de respiration et de djembé, par exemple, le tout à des prix organisationnels négociés par l'institution. Un jardin communautaire a également été créé. Une demande pour 52 places de garderie en milieu de travail a été faite.
Dans la sphère Habitudes de vie, de nombreuses activités sportives ont été organisées : spinning, entraînement cardiovasculaire, volleyball, curling, golf, marche intérieure, ligue de hockey inter-hôpitaux, cardio plein air, livraison de paniers biologiques à l'hôpital, cours de zumba, abris à vélo sécuritaires sur tous les sites, etc.
Le CSSSC organise aussi des activités mobilisatrices annuelles, notamment une semaine Entreprise en santé, qui promeut les quatre sphères du programme santé, sécurité et mieux-être.

Des retombées concrètes

Globalement, les employés sont en meilleure santé physique et mentale et éprouvent un plus grand sentiment d'appartenance au CSSSC, selon les conférencières. Le climat de travail et la productivité se sont améliorés. Les nombres d'accidents et de maladies professionnelles ont diminué. Le taux de participation aux activités est en progression constante. Ces constats ont été chiffrés et démontrés. Les fumeurs, par exemple, sont passés de 21 à 16,5 %. La satisfaction envers l'équipement, le mobilier et l'aménagement de l'espace pour en améliorer l'ergonomie est passée de 50 à 86 %.
« Depuis deux ans, de plus en plus de candidats que nous recevons en entrevue nous affirment que le fait que nous ayons la certification Entreprise en santé » influence leur décision de se joindre à nous, se réjouit Audrey Tremblay.
La norme Entreprise en santé est porteuse de sens, ajoute-t-elle. Toutes nos actions en ressources humaines et en développement organisationnel peuvent désormais être rattachées soit à une habitude de vie, ou à un environnement de travail, à une pratique de gestion ou à l'équilibre travail-vie personnelle. » En d'autres mots, la santé devient ni plus ni moins qu'un ciment qui unit et motive chacun des membres de cette institution... vouée à la santé !


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