Le chariot élévateur : un véhicule répandu, mais incompris

Compacts mais robustes, les chariots élévateurs sont partout : dans les chantiers de construction, dans les usines d’assemblage, dans les centres de tri de matières recyclables, dans les garages, etc. Malgré les apparences, ils ne se conduisent pas du tout comme une automobile. Ils sont bien plus enclins au renversement et leur champ de vision est restreint. L’utilisation de chariots élévateurs cause de deux à trois décès par année au Québec. En 2013, trois travailleurs sont décédés et 601 ont subi une lésion dans un accident causé par un chariot élévateur. Cet engin pèse l’équivalent de six automobiles, c’est pourquoi les accidents ne pardonnent pas. 

Au Centre de distribution IKEA de Brossard, une centaine de chariots élévateurs circulent dans les allées de l’entrepôt. Les conducteurs, appelés caristes, contournent habilement les autres chariots élévateurs et les hautes étagères remplies de marchandises. Ils manipulent des charges à l’aide de leurs fourches et montent parfois en l’air pour préparer des commandes. Comme dans plusieurs milieux de travail, la configuration de l’entrepôt et les méthodes de travail ont été adaptées de A à Z pour éviter les grands dangers rencontrés fréquemment lors de l’utilisation de chariots élévateurs : les dysfonctionnements et l’intoxication au gaz, les collisions, les renversements ainsi que les chutes de travailleurs et de charges.

Partir du bon pied

Sur la porte à franchir pour entrer dans l’entrepôt, une affiche rappelle aux caristes de faire une inspection quotidienne de leur chariot élévateur au début de leur quart de travail et de noter leurs observations dans le système informatique d’inspection qui se trouve sur chaque chariot. C’est leur contribution à l’entretien préventif, « essentiel pour éviter toute panne mécanique ou opérationnelle », assure Benoît Éléonore, directeur de l’entreprise Équipements d’entrepôt E3, spécialisée dans la vente, la location et la maintenance/réparation de chariots élévateurs. Un chariot élévateur mal entretenu peut causer des problèmes tels qu’une chute de charges (bris de la chaîne ou de la fourche, défaillance du système de levage ou de l’équipement de préhension) ou une perte de maîtrise ou une déstabilisation du chariot (frein défectueux, usure des pneus). Selon l’article 245, alinéa 5, du RSST, un chariot élévateur doit « être inspecté et entretenu conformément aux instructions du fabricant ou à des normes offrant une sécurité équivalente ».

« L’inspection quotidienne du chariot élévateur se déroule en deux parties, explique Benoît Éléonore. Avant de le mettre en marche, le cariste vérifie l’état et la pression des pneus, l’éclairage, les avertisseurs sonores (klaxon et recul), les fourches, le dosseret de charges et l’état des chaînes. » Il regarde aussi l’état général, la propreté des composants du chariot élévateur, « l’absence d’objet sur le plancher et la carrosserie », poursuit M. Éléonore. Une fois que le véhicule est en marche, il teste le fonctionnement de la direction, les freins (en marche avant ou arrière), le frein d’urgence, l’absence de jeu dans la direction ou de fuite et l’absence de bruit anormal, et finalement, il s’assure du bon fonctionnement des indicateurs du tableau de bord.

Des vérifications plus poussées doivent être faites régulièrement par une entreprise spécialisée dans la maintenance et la réparation de chariots élévateurs. « Habituellement, une inspection générale préventive est faite après 200 heures d’utilisation », indique M. Éléonore. Il ajoute que « c’est tout à l’avantage des entreprises de faire un entretien préventif de routine, car cela diminue les coûts de réparation et cela assure le bon fonctionnement de l’équipement et la sécurité des travailleurs ».

Les chariots élévateurs qui fonctionnent au propane demandent une inspection particulière, car leurs gaz d’échappement contiennent du monoxyde de carbone (CO). Ces émanations peuvent causer une intoxication, dont les symptômes sont les nausées, les maux de tête et la fatigue. Une intoxication plus grave conduit à une perte de conscience et peut aller jusqu’à la mort. Pour éviter l’intoxication, « l’employeur doit s’assurer du bon fonctionnement du chariot à combustible grâce à un entretien préventif. Il doit aussi faire évaluer, par des personnes compétentes en la matière, la calibration des quatre principaux gaz (CO, CO2, O2 et hydrocarbures) produits par le combustible. Cela préviendra notamment l’émission de CO à des niveaux présentant un danger pour la santé. Cette évaluation devrait être effectuée de façon semestrielle. D’autre part, la fréquence de l’évaluation devrait tenir compte de l’âge de l’équipement », indique Annik Saulnier, chef d’équipe en prévention-inspection à la CSST, en se référant aux articles 51.5 et 51.8 de la Loi sur la santé et la sécurité du travail. Elle ajoute que, selon l’article 101 du RSST, les chariots élévateurs « doivent être utilisés dans des lieux bien ventilés ». Le taux de ventilation de base requis par chariot élévateur au propane, selon l’American Conference of Governmental Industrial Hygienists, est de 5 000 pieds cubes par minute, ou 8 495 mètres cubes par heure. L’annexe 1 du RSST précise que la concentration moyenne ne doit pas dépasser 35 parties par million (ppm) pour 8 heures d’exposition et 200 ppm pour 15 minutes. Et il y a des limites pour les périodes d’exposition consécutives de 15 minutes : pas plus de quatre fois par jour et ces périodes doivent être entrecoupées de périodes d’au moins 60 minutes. « Pour garder un œil sur les niveaux de CO présent dans le lieu de travail, il existe des détecteurs fixes ou portatifs à usage industriel », informe Mme Saulnier. Si une intoxication se produit malgré toutes les précautions prises, il faut amener la victime à l’air frais non contaminé, lui administrer de l’oxygène (si ce produit est disponible et qu’un secouriste a reçu la formation adéquate pour le faire) et appeler les services ambulanciers.

Un autre type d’intoxication est possible, cette fois avec des chariots élévateurs électriques. « Les batteries peuvent émaner de l’hydrogène ou des vapeurs d’acide sulfurique lors de la recharge ou lorsqu’elles sont soumises à une surcharge », détaille la chef d’équipe. Encore ici, la solution est d’assurer une ventilation suffisante des locaux où est effectuée la recharge des batteries et d’utiliser des chargeurs modernes avec régulation de la tension et du courant de charge. D’ailleurs, une section de l’entrepôt d’IKEA est consacrée au chargement des batteries.

Un entrepôt fait sur mesure

« Partout où il y a des lignes jaunes, les piétons peuvent circuler », indique Jocelyn Veilleux, directeur de la prévention des pertes et des sinistres au Centre de distribution IKEA de Brossard. Il pointe également des barrières de métal jaunes, qui servent elles aussi à délimiter les zones piétonnières. On trouve des panneaux de signalisation dans les différents coins de l’entrepôt, comme l’octogone rouge « Arrêt », à chaque intersection. De telles mesures permettent d’éviter bien des accidents dans un entrepôt où se côtoient des chariots élévateurs et des piétons. Au Québec, le heurt de piétons est la seconde cause d’accident mortel la plus fréquente lors de l’utilisation d’un chariot élévateur.

« Il est conseillé de connaître nos besoins en circulation dans l’entreprise et de faire un plan de gestion de la circulation », assure Annik Saulnier. « Toutes les entreprises devraient avoir une politique en ce qui concerne l’utilisation sécuritaire des chariots élévateurs », renchérit Henri Bernard, conseiller en prévention-inspection à la CSST. L’article 15 du RSST stipule que les voies de circulation à l’intérieur d’un bâtiment doivent être délimitées par des lignes sur le plancher ou balisées à l’aide notamment d’installations, d’équipements, de murs ou de dépôts de matériaux ou de marchandises en bon état, propres et dégagés. De plus, un éclairage adéquat permet aux caristes de bien voir les piétons et d’effectuer leurs tâches avec plus de précision. Les lampes de signalisation de marche arrière, situées à l’arrière du chariot, permettent elles aussi d’éclairer adéquatement la voie.

Chez IKEA, pour augmenter le champ de vision des caristes, les piles de marchandises sont plus basses aux intersections et des miroirs paraboliques ont été installés. « Ces miroirs sont une solution pour détecter les gens à proximité », explique Francis Laverdière, assistant de la prévention des pertes et des sinistres au Centre de distribution de Brossard. Il pointe ensuite un petit capteur, situé sur le mur qui longe le passage piétonnier. C’est un détecteur de mouvements, relié à des gyrophares qui s’allument lorsque les piétons s’approchent d’une voie où circulent des chariots. Bip bip! Des bruits de klaxons se font entendre fréquemment aux intersections et au bout des allées où la visibilité peut être réduite. Ce sont les caristes qui ralentissent, arrêtent et klaxonnent pour signifier leur présence. Les feux de freinage, les alarmes de recul, les feux de marche arrière, les gyrophares et les clignotants permettent eux aussi d’indiquer la présence et l’activité du chariot élévateur aux autres travailleurs.

La charge, le mât et la structure du chariot sont des éléments qui constituent des obstacles non négligeables à la vision du cariste, rappelle Annik Saulnier. « Ça gêne la vue du cariste, et ce, même s’il ne transporte pas de charge. Ça crée beaucoup d’angles morts. Un piéton peut carrément disparaître dans les montants du mât ». L’employeur devrait choisir un chariot élévateur qui offre un champ de visibilité optimal pour les tâches effectuées. De plus, pour élargir le champ de vision du cariste, le chariot peut être doté de rétroviseurs pour aider à détecter la présence d’autres chariots élévateurs ou de piétons, après consultation du fabricant. Toutefois, la prise d’information directe est à privilégier. De plus, lorsque le cariste a la vue obstruée durant toute une manœuvre, l’article 253 du RSST prévoit que « celui-ci doit être guidé par un ou plusieurs signaleurs ». Et si le cariste circule fréquemment en marche arrière à cause de la nature de la charge, le siège pivotant ou un chariot élévateur adapté par le fabricant pour en réduire les angles morts peuvent être des solutions.

Des étapes critiques

Le chargement et le déchargement des conteneurs et des remorques sont des tâches qui exigent beaucoup de vigilance de la part des caristes. Le manque de communication entre les travailleurs peut s’avérer mortel. L’accident survenu le 10 février 2011 dans une entreprise de distribution en est un bon exemple. Un chauffeur avançait une semi-remorque pendant qu’un travailleur procédait à son chargement à l’aide de son chariot élévateur. Le chariot a basculé en bas du quai de transbordement et le cariste est mort écrasé. Différents dispositifs permettent de prévenir de tels accidents. À l’entrepôt d’IKEA, un système de retenue, attaché à chaque porte de garage, est fixé au pare-chocs du camion, l’empêchant de bouger. La procédure à suivre durant le chargement ou le déchargement est indiquée sur chacune des portes de garage. De plus, pour assurer une bonne communication entre le cariste et le conducteur du camion, un système communiquant l’état du transbordement doit être relié aux différents équipements ou dispositifs.

Des piétons bien informés

Les travailleurs qui circulent à pied dans un entrepôt peuvent occuper toutes sortes de fonctions : personnel de bureau, contremaîtres, camionneurs, visiteurs, clients, personnel de maintenance, etc. Ils n’ont pas tous les mêmes connaissances des risques que représente un chariot élévateur en mouvement. « Ils devraient connaître les limites du chariot pour éviter d’avoir un comportement qui accroît le risque de collision », insiste Jean-François Spence, conseiller chez Via Prévention. Beaucoup de piétons sous-estiment la distance d’arrêt d’un chariot. Si le véhicule se déplace à une vitesse de 12 km/h, il aura besoin de sept à huit mètres pour s’arrêter de façon sécuritaire, a révélé l’étude Forklift safety – Reducing the risk – Pedestrian safety, de WorkSafe Victoria, publiée en 2003.

Les piétons devraient avoir établi un contact visuel avec le cariste avant de croiser son chemin ou de s’approcher et ne pas se tenir ou passer « sous la partie élevée du chariot élévateur, qu’il soit vide ou chargé », précise la norme ASME B56.1–1993, 5.2.7. Également, en se rendant plus visibles, les travailleurs piétons aident les caristes. Chez IKEA, tous les employés qui travaillent dans l’entrepôt portent des dossards de couleur voyante et munis de bandes réfléchissantes, qu’ils soient caristes ou piétons. « Il ne faut pas oublier que le cariste, lorsqu’il débarque de son chariot, devient lui aussi momentanément un piéton et doit donc être visible », rappelle Annik Saulnier.

Maîtriser la conduite

Une quarantaine de chariots élévateurs en porte-à-faux — aussi appelés « à contrepoids » — circulent dans l’entrepôt d’Ikea. L’équilibre de ces véhicules est très particulier. Ces derniers sont munis d’un poids, situé à l’arrière du véhicule, qui leur permet de rester stables lorsqu’ils soulèvent des charges. « Dans les différents milieux de travail, l’incompréhension de l’équilibre de ces chariots entraîne des renversements, estime le chercheur-ergonome à l’IRSST Denis Denys. C’est un triangle de stabilité qu’on a sous un chariot en porte-à-faux et non un quadrilatère, comme c’est le cas pour une voiture. » En effet, le chariot élévateur en porte-à-faux n’a pas de suspension. Il a trois points d’appui, qui sont deux roues avant et le centre de l’essieu arrière. Une fois reliés, ces trois points forment un triangle de stabilité. Tant que la charge est à l’intérieur du triangle de stabilité, le chariot ne bascule pas.

« Ce qui ne pardonne pas, ce sont les doubles manœuvres », prévient Jocelyn Veilleux. Elles troublent l’équilibre du chariot, ce qui amène un risque de renversement latéral, principale cause de décès associée à l’utilisation de chariots élévateurs au Québec. Une combinaison de facteurs engendre de tels renversements, explique Jean-François Spence. « On parle de vitesse excessive, d’arrêts brusques, de virages aigus avec les fourches en hauteur, de sols instables et de pentes ou d’obstacles. » Le cariste doit adopter une « conduite préventive », c’est-à-dire prendre les virages à une vitesse modérée, ne pas freiner brusquement et circuler avec les fourches baissées. De plus, les chariots élévateurs doivent se déplacer dans des zones de circulation adaptées, soit des zones qui évitent les angles et les courbures brusques, les plans inclinés et les rampes qui présentent une déclivité prononcée. Dans toutes ces situations, le centre de gravité du chariot change et le véhicule, déséquilibré, se renverse. Lors du soulèvement d’une charge, le centre de gravité se déplace vers le haut. Un virage, une dénivellation du sol ou un objet laissé par terre pourrait causer un renversement latéral du chariot lorsqu’il est dans cette position. Aucun virage ne doit être fait lorsque le cariste monte ou descend une pente, et le cariste ne doit pas prendre la pente de côté. Il doit rouler en ligne droite jusqu’à ce qu’il se trouve sur un sol plat. Le renversement peut aussi être frontal, lorsque la charge portée par le chariot est trop lourde par rapport à ses capacités, qu’elle n’est pas appuyée sur le dos des fourches ou lorsque le cariste freine brusquement.

En raison de la complexité de la conduite du chariot, tous les caristes doivent avoir 16 ans et plus, avoir été formés et être autorisés à le conduire, comme l’exige les articles 256.2 et 256.3 du RSST, en vigueur depuis le 4 janvier 2007. Sur un chantier de construction, le Code de sécurité pour les travaux de construction établit toutefois l’âge minimal à 18 ans et l’obligation de posséder un permis de conduire de classe 5. L’employeur doit veiller à mettre en place une politique d’utilisation, ce qui inclut, entre autres, « une formation spécifique pour le type de chariot que le cariste conduira dans son milieu de travail », précise la chef d’équipe Annik Saulnier. La formation sur le chariot élévateur est offerte par différents organismes comme les associations sectorielles paritaires (ASP), le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, les distributeurs et les locateurs de chariots élévateurs et les consultants. Le chercheur Denis Denys ajoute que les caristes devraient travailler à leur rythme. « Certains nouveaux travailleurs essaient d’aller aussi vite que les expérimentés, a-t-il observé. Toutefois, ils devraient attendre de bien comprendre le comportement du chariot avant de tenter d’augmenter leur efficacité. »

Mais que faire si le chariot élévateur renverse

Lorsque le cariste conduit en position debout — sur un chariot élévateur à allées étroites par exemple — et qu’un renversement se produit, il doit quitter le chariot élévateur du côté opposé au renversement et s’en écarter rapidement. S’il conduit en position assise, le cariste ne doit pas du tout procéder de cette façon, sous peine de se retrouver coincé ou écrasé entre le chariot qui a basculé et le sol. « Certains accidents ont entraîné des blessures graves aux travailleurs comme des lésions internes, des fractures ou des amputations des membres supérieurs et inférieurs. Dans certains cas, ces accidents ont même entraîné la mort », relate Annik Saulnier. En cas d’accident, le cariste doit plutôt rester assis, et sa ceinture de sécurité, ajustée sur le corps, le retiendra, explique Sylvie Beaugrand, professionnelle scientifique à l’IRSST. 

Depuis le 4 janvier 2008, date d’entrée en vigueur de l’article 256.1 du RSST, les chariots élévateurs en porte-à-faux à grande levée et à poste de conduite au centre, non élevable avec le cariste assis doivent être munis d’un dispositif de retenue, le plus efficace étant la ceinture de sécurité. Quelques modèles de ceintures sont offerts sur le marché. « Sécurité, confort, mobilité corporelle et facilité d’utilisation sont des critères à considérer pour choisir les composants les mieux adaptés au contexte d’utilisation de l’entreprise tels le type de rétracteur de sangle et la disposition des boucles », précise Mme Beaugrand.

Faire le bon choix

« Utiliser le mauvais chariot élévateur pour la tâche qu’on effectue peut entraîner un renversement frontal ou latéral ou bien un inconfort chez le cariste », prévient Henri Bernard, conseiller en prévention-inspection à la CSST. L’expert a dressé une liste des différents éléments à prendre en compte lorsque l’on choisit un chariot élévateur.

  1. La charge à manipuler et la tâche : « Le poids, la dimension des charges à manipuler et la tâche à accomplir sont les renseignements de base qui permettent de choisir un chariot avec les bons accessoires de préhension (par exemple, des pinces si on a des rouleaux de grandes dimensions), la bonne hauteur de levage, la bonne capacité de levage et les accessoires de sécurité », précise M. Bernard.

  2. Le lieu de travail : « On favorisera l’utilisation d’un chariot à combustion interne (au diesel, à l’essence, au propane, etc.) si l’on travaille à l’extérieur, et un chariot électrique si l’on travaille à l’intérieur, car le chariot électrique ne produit aucun gaz de combustion lors de son utilisation, informe l’expert. Un chariot au propane peut aussi être utilisé à l’intérieur si le bâtiment est pourvu d’équipement de ventilation permettant un apport d’air suffisant. »

  3. Le type de surface de roulement ou l’état du sol : « Les chariots élévateurs sont conçus avec des critères de stabilité, explique Henri Bernard. Certains sont conçus uniquement pour être utilisés sur des surfaces de roulement très uniformes, sans irrégularités ni pentes prononcées, alors que d’autres chariots — comme les tout-terrain — peuvent être utilisés sur des terrains accidentés. Une chose importante à comprendre est que le chariot est conçu avec un type de pneus très précis pour lui procurer la stabilité voulue. » À l’intérieur d’un bâtiment, sur un plancher en béton uniforme, un chariot avec des petites roues solides ou des pneus à bandage plein offrent un support adéquat, poursuit l’expert. « Ces pneus sont à l’épreuve des crevaisons et très résistants à l’usure et ils permettent une meilleure stabilité sur ce type de surface de roulement qu’un chariot de la même dimension conçu avec des pneumatiques. » Les pneumatiques, qui sont gonflés à l’air, sont fréquemment utilisés sur les chariots élévateurs qui circulent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, sur un sol avec dénivellations et trous. « Utiliser un chariot élévateur à pneus à bandage plein (de classes 1 et 4 de l’Industrial Truck Association) à l’extérieur augmentera le risque de renversement latéral », complète le conseiller en prévention-inspection.

« Par contre, les pneus gonflables peuvent être remplacés par des pneus résilients (aussi appelés pneus pleins), précise Henri Bernard. Ces derniers imitent le profil et la dureté du pneu gonflable et procureront donc une protection contre les crevaisons et l’usure, mais seront moins confortables pour le cariste, car ils absorbent moins les impacts au niveau du sol. Le cas échéant, une solution possible est d’installer un nouveau siège comportant une meilleure suspension, mais même là, le confort ne sera pas optimal. »

Cariste en l’air

Dans un corridor de l’entrepôt d’IKEA où la marchandise est empilée en hauteur, un cariste monte graduellement à bord d’un chariot élévateur à poste de conduite élevable. Ce chariot, aussi connu sous le nom de « magasinier », est le seul ayant été conçu pour lever un travailleur. Son poste de conduite peut être levé jusqu’à douze mètres, voire davantage, selon le modèle de chariot. Les risques de ce travail en hauteur sont nombreux : le travailleur peut tomber de la plateforme sur laquelle il se trouve, il peut être frappé par un élément de structure alors que le chariot se déplace avec la plateforme élevée, la plate-forme peut se détacher du chariot et tomber ou le système de levage peut descendre de façon accidentelle.

Le levage est donc bien réglementé. Comme l’indique la norme ASME B56.1  (1993-A, 1995), la plateforme qui soulève le travailleur possède notamment un plancher antidérapant, une superficie minimale de 500 mm par 500 mm par personne et un garde-corps métallique sur les quatre côtés. « Par précaution, si le garde-corps est ouvert, nos chariots élévateurs ne lèvent qu’à une hauteur de 1,2 mètre, relate Jocelyn Veilleux. Le cariste doit bien le placer pour pouvoir monter davantage. » Il ajoute que le cariste doit avoir les deux mains sur le volant pour que le chariot lève. La plateforme doit être certifiée par un ingénieur et approuvée par le fabricant du chariot. La charge maximale qu’elle peut soulever y est bien indiquée. De plus, la plateforme doit être attachée de façon sécuritaire au tablier porte-fourche et aux fourches du chariot élévateur.

Avant de commencer l’opération, le cariste a déterminé le poids des articles qu’il devra cueillir, pour éviter d’être surpris et de perdre l’équilibre. Il s’est également assuré que le poids de la plateforme et de ce qui se trouve à l’intérieur (incluant le travailleur) ne dépasse pas la moitié de la capacité de levage du chariot. Il porte un harnais, comme l’exige l’article 264 du RSST. « Et ce harnais doit être porté dès que le travailleur ou le cariste met le pied [sur la plateforme qui sera levée] », précise Jean-François Spence. Le mât vertical étant sur une base solide et plane, les commandes de déplacement mises au neutre et le frein de stationnement serré, le chariot est prêt pour la levée ! La montée se fait lentement, avec précaution. Une fois en haut, la préparation de commandes débute. Le travailleur ne devrait pas utiliser une échelle ni une passerelle ni tout autre outil pour s’élever davantage, car un tel comportement augmente les risques de chute et est strictement interdit par le RSST. Également, la marchandise ne doit jamais excéder les dimensions de la plateforme.

La chute de matériel

Lors du gerbage (chargement du chariot élévateur) et du dégerbage (déchargement), de mauvaises manœuvres peuvent entraîner la chute des objets manipulés et même le bris ou l’endommagement des étagères, des installations fixes et des contenants. De plus, du matériel mal emballé ou mal installé sur les fourches risque de tomber du chariot élévateur pendant qu’il le transporte. La pile devrait donc être stable. « Si la marchandise était mal palettisée dans le camion, il faut corriger cela avant que le chariot la transporte », rapporte Jean-François Spence. « Et si les palettes sont brisées, il faut retirer les marchandises et les installer sur des palettes adéquates », renchérit Annik Saulnier. Également, comme mentionné dans l’article 288 du RSST, l’empilage ne doit pas gêner entre autres la propagation de la lumière, le fonctionnement des machines ni la circulation. Lorsque le chariot porte des charges suspendues à l’aide d’une flèche (bras de grue), il importe de ne pas dépasser la capacité nominale pour les charges suspendues, de soulever la charge verticalement, de transporter la charge le plus près du sol possible, de manœuvrer le chariot lentement et d’utiliser des câbles de guidage, au besoin, pour stabiliser la charge.

Parfois, c’est l’entreposage qui entraîne la chute d’objets. Les palettiers — grosse structure de métal qui supporte des palettes sur lesquelles sont empilées les marchandises — comportent souvent des erreurs de conception, d’installation, d’utilisation, d’entretien ou de réparation. La qualité des palettiers présents sur le marché est très inégale. Dans tous les cas, une surcharge générale ou locale du palettier pourra provoquer son effondrement. S’ensuivra la chute de charges. Des palettes incompatibles ou endommagées et le mauvais positionnement des charges sur le palettier peuvent aussi causer une telle expulsion de la marchandise. « Pour éviter cela, nous vérifions chaque semaine l’état de nos palettiers », indique M. Veilleux. Un palettier sécuritaire devrait avoir été conçu par des ingénieurs, idéalement en fonction des besoins particuliers de l’entreprise. La base des montants des palettiers peut être renforcée à l’aide de cornières de déviation, de doubles montants sur une certaine hauteur ou de protecteurs autour des montants. Des barres de sécurité placées entre chaque étagère permettent de retenir les palettes en cas de rupture. « Si notre marchandise est bien palettisée, on gagne beaucoup de temps », assure Jean-François Spence.

Plusieurs changements sont nécessaires au sein de milieux de travail pour rendre l’utilisation de chariots élévateurs sécuritaire, constatent les experts. Ces modifications peuvent se faire progressivement au sein de l’entreprise, explique Jocelyn Veilleux. « Chez IKEA, on a peu à peu ciblé les zones qui étaient plus dangereuses dans l’entrepôt. On y a ajouté des zones piétonnières, de la signalisation, des règles. » Tous les milieux de travail sont différents, rappelle toutefois Jean-François Spence, de Via Prévention. « [L’employeur] est encouragé à trouver les solutions qui conviennent le mieux à la configuration de son entrepôt et à ne pas hésiter à être créatif ! »

Des points d'inaptitude pour caristes

Il n’y a pas que les automobilistes qui peuvent se faire retirer le droit de conduire leur véhicule. Pour inciter les caristes à suivre les consignes de sécurité, comme le port de la ceinture et le respect de la signalisation, les responsables du Centre de distribution IKEA ont établi en 2006 un système de points d’inaptitude. Après avoir récolté 20 points d’inaptitude, le cariste ne peut plus conduire de chariot élévateur pendant deux semaines et il doit suivre de nouveau une formation complète de conduite du chariot élévateur. Et si dans les six mois suivants il obtient d’autres contraventions, il peut être congédié. Les conducteurs récupèrent les points perdus un an après l’infraction.