S comme santé et sécurité et comme STERIS

À Québec, dans le secteur de Beauport, STERIS conçoit et fabrique des accessoires de lavage et de désinfection pour les hôpitaux et les compagnies pharmaceutiques. Mais ce n'est pas pour cette raison que l'usine brille de propreté. C'est parce que la propreté est un ingrédient de la santé et la sécurité qui, chez STERIS, est une valeur d'entreprise. Ça respire de partout la santé et la sécurité. Ici, tout le monde s'implique pour organiser, ranger, nettoyer son espace de travail. Tout le monde réfléchit pour pousser plus loin la santé et la sécurité.

Les laveurs-désinfecteurs de STERIS n'ont pas grand-chose à avoir avec nos petits lave-vaisselle domestiques. Ils peuvent faire trois mètres de haut. Dans l'usine, les employés manutentionnent des plaques de métal et des vitres de grandes dimensions et montent sur la machine. Ils découpent, soudent, emballent, transportent. Toutes sortes de risques guettent l'employé non soucieux de sa sécurité. Des accidents mortels, il y en eu dans le passé dans des divisions de STERIS aux États-Unis, à la suite de quoi, en 2003, le siège social, en Ohio, a insufflé un virage santé et sécurité dans l'ensemble de ses usines. Celle de Beauport a suivi le mot d'ordre et se démarque en n'enregistrant aucun accident avec perte de temps depuis cinq ans.


En 2011, STERIS a obtenu la certification OHSAS 18001. « Toutes les sections de l'entreprise ont été analysées, même les espaces de bureau et la cafétéria », rapporte Alain Jean, conseiller expert en santé et sécurité de l'entreprise de services-conseils GPI Québec. Il vient une journée par semaine chez STERIS avec le mandat de coordonner la santé et la sécurité et de maintenir l'engagement du personnel dans ce domaine. Toutes les tâches ont été répertoriées et analysées à l'aide d'une matrice combinant la dangerosité et la fréquence, afin d'évaluer les risques et d'apporter des correctifs. C'est dans le cadre de cette certification que STERIS a fait venir Natalie Saindon, inspectrice à la Direction régionale de la Capitale-Nationale de la CSST. Sa visite de l'usine l'a impressionnée.

Chaque chose à sa place

Elle a découvert une usine d'une organisation exemplaire. Tout est identifié et localisé. Les sections de travail sont délimitées au sol par des marques de couleur. De même, l'emplacement de tout ce qui est mobile, chariots, poubelles, aspirateurs, tout est identifié. Sur les postes de travail, les panneaux indiquent par des silhouettes où ranger chaque outil. Même dans les tiroirs, les clés, la caméra, l'agrafeuse ont leur place réservée. Chaque chose à sa place, rien ne traîne sur les établis, rien n'entrave la circulation dans les allées. « L'objectif, explique Alain Jean, est que les employés aient tout ce dont ils ont besoin sous la main, les matières premières, les outils, en limitant les déplacements. » Surtout, ce sont les employés qui organisent leur espace de travail en fonction de leur taille et de leurs tâches. Tout se fait à hauteur ergonomique, avec des gestes optimisés et sans perdre de temps à chercher les outils.

Évidemment, derrière cette organisation, il y a un objectif de productivité. « Un employé avec un problème de santé ou qui utilise une position non ergonomique n'est pas productif », fait remarquer Jean-François Mathieu, le directeur des ressources humaines. Depuis ce printemps, l'entreprise est d'ailleurs la première entreprise québécoise à avoir reçu une reconnaissance (niveau bronze) du Prix SHINGO, qui souligne l'excellence opérationnelle. En 2013, STERIS était aussi lauréate régionale des Grands Prix santé et sécurité du travail grâce à un chariot qui facilitait la réception et la manutention d'une vitre de trois mètres. « Ils ont soumissionné avec le chariot, mais dans l'usine, il y a matière pour plusieurs prix », estime l'inspectrice, Natalie Saindon.

Déléguer, impliquer et responsabiliser

STERIS n'est pas du genre à se contenter d'une norme ou d'un prix. « Ce serait facile de se reposer sur ses lauriers, mais chez STERIS, on repousse les limites », déclare Alain Jean. « La philosophie, précise Jean-François Mathieu, c'est d'admettre que rien n'est parfait, qu'on peut toujours améliorer. » Dans l'entreprise, la santé et la sécurité est un processus continu d'amélioration auquel participe tout le personnel. Tous les employés, même dans les bureaux, disposent d'un panneau d'affichage avec des fiches pour noter des points à améliorer. Ils repèrent des lacunes, mais surtout, ils participent à l'élaboration des solutions. « La meilleure personne pour régler un problème, c'est la personne qui vit le problème », souligne Alain Jean. Pour encourager cette pratique, un concours récompense par des prix en argent des idées d'améliorations implantées par les employés. Sur les panneaux d'affichage figure le nombre de points à améliorer proposés par employé ou par section. Une saine émulation qui incite chacun à dénicher la moindre petite faille et à faire preuve de créativité pour trouver la solution. « C'est encouragé et valorisé de participer à la résolution de problèmes », résume Natalie Saindon. L'intérêt est aussi d'impliquer, et donc, de responsabiliser les travailleurs face à la santé et à la sécurité.


Si un élément de santé et de sécurité échappe à un employé, il n'échappera peut-être pas aux superviseurs mis à contribution selon l'approche STOPTM, pensée par DuPont. « On demande à chaque superviseur de prendre du temps sur le plancher, de parler de santé et de sécurité avec des employés et de noter son intervention », explique Jean-François Mathieu. Chaque mois, une cinquantaine de fiches d'observation témoignent des bonnes pratiques ou rapportent d'éventuelles lacunes.


Alain Jean se plaît à dire qu'il a plein de petites abeilles qui travaillent pour lui. C'est ainsi qu'il délègue et dissémine les responsabilités en santé et sécurité dans l'entreprise. « La santé et la sécurité, c'est comme la grippe, il faut que tout le monde l'aie », plaisante-t-il. Évitant ainsi que toute la démarche ne repose que sur une seule personne, il s'assure aussi de la pérennité de ce qu'il met en place. S'il part, le système et la mentalité perdureront.

Un comité de santé et de sécurité proactif

Cette implication de tous en santé et sécurité pourrait apporter un risque, celui d'être débordé par les points à améliorer et de ne pouvoir y donner suite, car le suivi et la résolution des problèmes est un gage de crédibilité essentiel pour solliciter l'engagement de tous. Cependant, tous les points n'ont pas à être amenés au comité de santé et de sécurité pour trouver une réponse, estime Jean-François Mathieu. La plupart peuvent être résolus avec le superviseur et seuls ceux qui n'ont pas de solutions évidentes font l'objet d'une discussion par le comité.


Ce comité paritaire se réunit une fois par mois et agit avec proactivité et transparence. Jean-François Mathieu évoque un quasi-accident survenu lors de l'emballage avec une cloueuse pneumatique. Le clou est parti, heureusement sans blesser personne. « C'est arrivé une fois avec un clou », souligne-t-il. Mais c'était suffisant pour enclencher un processus de réflexion pour réduire les risques. Les membres du comité ont retourné la question, réfléchi à d'autres méthodes d'emballage possibles, aux équipements de protection, à la procédure d'utilisation de la cloueuse. Désormais, l'employé doit prendre garde à pointer la cloueuse vers le bas toutes les fois où c'est possible et un rideau transparent semi-rigide a été installé autour du secteur pour bloquer un éventuel clou perdu.


Dans une autre section, il y avait une inquiétude quant aux vibrations subies par les polisseurs. STERIS a fait venir un ergonome et un spécialiste des vibrations. « Avec la matrice d'évaluation des risques, on allait vers le rouge. On ne pensait pas que les petits outils pouvaient être dommageables », avoue Alain Jean. Les polisseurs ont été informés des résultats de l'étude et invités à effectuer de nouvelles tâches en rotation avec le polissage pour diminuer l'exposition aux vibrations.

La santé et la sécurité, une fierté

Chez STERIS, la santé et la sécurité est un engagement quotidien. Chaque matin, le chef d'équipe fait une réunion et parle de santé et de sécurité. De l'affichage dans l'usine rappelle les bonnes pratiques. Des articles paraissent dans le journal interne, le STERIScope. Les employés se sentent libres de s'exprimer pour signaler une lacune, mais aussi pour avertir un supérieur qu'il ne respecte pas les consignes de sécurité. « Elle est intégrée aux réunions, aux postes de travail, ce n'est pas une tâche supplémentaire, explique Natalie Saindon. C'est une valeur d'entreprise. Tout le monde y croit ». « Les employés sont engagés, tous rament dans le même sens, dans un environnement sécurisé, complète Jean-François Mathieu. On est très fiers de nos employés, et tout ça apporte du succès. »