Pour un chantier parfait, planification et communication sont de rigueur !

La planification des travaux est la clé pour éliminer les dangers et pour s’assurer que le chantier est sécuritaire. (Photo : Shutterstock)
La planification des travaux est la clé pour éliminer les dangers et pour s’assurer que le chantier est sécuritaire. (Photo : Shutterstock)

En 2013, au Québec, le nombre de lésions dans le secteur de la construction a diminué, tant pour les accidents du travail que pour les maladies professionnelles, et ce, malgré l’augmentation du nombre de travailleurs couverts. Voilà une nouvelle encourageante! Cependant, il y a toujours place à amélioration… Et c’est avec cet objectif en tête que Marc Beaudoin, directeur adjoint, santé et sécurité, et mutuelle de prévention à l’Association de la construction du Québec (ACQ), a présenté une conférence sur la gestion de la santé et la sécurité du travail (SST) sur un chantier de construction lors du Grand Rendez-vous santé et sécurité du travail de 2014.

En 2013, l’ACQ-Québec a publié une réflexion de l’industrie intitulée Vers le chantier parfait. Ce document est l’aboutissement de deux ans de travail d’un groupe composé de maîtres d’œuvre, d’entrepreneurs, de professionnels, de préparateurs de devis, de fournisseurs de biens et de services et de courtiers en cautionnement. L’approche préconisée dans ce document vise l’harmonisation des relations entre les différents intervenants et l’amélioration de la gestion des projets, de l’avant-projet jusqu’à la livraison des travaux.

Partant de cette idée, Marc Beaudoin a imaginé cette réflexion pour intégrer la gestion de la santé et de la sécurité du travail avant, pendant et après les travaux de construction. Il entreprend donc de produire une conférence ayant pour objectif de faire réfléchir les intervenants du milieu. Il fait ressortir deux notions essentielles : planification et communication, car pour M. Beaudoin, un chantier sécuritaire, ça passe par une bonne planification des travaux. « Si les travaux sont mal planifiés, cela expose les travailleurs à des risques d’accident plus élevés ». Il cite en exemple un cas où des travaux ont été retardés parce qu’ils avaient lieu sur un site de reproduction de grenouilles. « Il a fallu se presser pour respecter l’échéancier, ce qui aurait pu entraîner des accidents. Pourtant, si la planification des travaux avait été faite correctement, les responsables présents auraient été au courant de la présence de ces animaux-là avant le début des travaux. »

La communication, le nerf de la guerre

En plus de bien planifier les travaux, il faut absolument assurer une communication constante entre tous les intervenants, mentionne Marc Beaudoin. La complexité accrue des projets et la vitesse de réalisation sont autant de facteurs qui multiplient le nombre d’intervenants. Il faut tous les tenir informés. On oublie trop souvent que des professionnels comme l’estimateur, le chargé de projet, l’architecte ou l’ingénieur ne travaillent pas directement sur le chantier. Ils peuvent également se joindre au chantier en cours de route. Eux aussi doivent savoir comment ça va se passer et recevoir les mêmes directives que ceux qui étaient présents depuis le début. Il faut également les conscientiser à la durée des travaux, à l’horaire, au nombre de personnes sur le chantier, aux outils essentiels et à l’équipement utilisé.

De plus, il faut veiller à ce que le programme de prévention soit bien diffusé et que tous les travailleurs puissent en prendre connaissance. « Pour ce faire, on peut aller rencontrer chaque travailleur, et particulièrement celui qui fait un métier à risque, afin d’en discuter avec lui. » Selon Marc Beaudoin, le superviseur, le surintendant ou une personne en autorité devrait faire une tournée régulière auprès des travailleurs pour cerner les risques, effectuer le suivi et s’assurer que les risques éliminés ne reviennent pas.

Les représentants d’entrepreneurs et les agents de sécurité des chantiers de construction ont un rôle essentiel à jouer dans l’harmonisation des relations entre les différents intervenants.

Avant et pendant

Les intervenants doivent être bien informés avant les travaux, bien sûr, mais également pendant les travaux. Pour ce faire, M. Beaudoin suggère de tenir des réunions d’accueil et d’organiser des pauses-sécurité (toolbox meetings). « On entend souvent dire que la SST, c’est l’affaire de tous, peu importe qu’on soit un simple travailleur ou un agent de sécurité. » C’est bien, mais il faut également pousser le concept un peu plus loin. Il faut personnaliser la phrase, modifier la culture des personnes, pour qu’on en vienne à dire « La SST, c’est MON affaire ». Pour les plus récalcitrants, M. Beaudoin suggère d’organiser certaines activités. Par exemple, on peut diffuser une pensée de la semaine en SST. Et on cible des risques particuliers pour chacune de ces pensées. Une semaine, on cible les briqueteurs-maçons avec la phrase « Je vérifie mes échafaudages avant de les utiliser. » Et l’autre semaine, on se concentre sur les équipements de protection individuelle avec la phrase « Je vais porter tout mon équipement de protection. » L’important, c’est de faire vivre la prévention au quotidien pour que tous se sentent concernés.

Des habitudes qui ont la vie dure

Certaines phrases sont de véritables obstacles pour faire vivre la prévention et sont malheureusement souvent entendues sur les chantiers de construction, par exemple « J’en ai juste pour 5 minutes », « Un accident, ça le dit, c’est imprévisible! » ou encore « J’ai toujours fait ça comme ça ». Selon Marc Beaudoin, il faut encourager les travailleurs et les gestionnaires à changer leurs habitudes, à y réfléchir et à revoir leurs façons actuelles de travailler. Ce n’est pas parce qu’une méthode a toujours été employée que c’est nécessairement la bonne et qu’il n’y a pas lieu de l’améliorer. C’est comme conduire une voiture. « On peut dire qu’on est habitué de conduire, que l’on conduit depuis de nombreuses années et qu’on a jamais eu d’accident, il demeure que pas moins de 185 000 accidents automobiles sont enregistrés chaque année à la Société de l’assurance automobile du Québec. » Et parfois, ces accidents ont lieu à cinq minutes de la maison, dans un trajet qu’on fait tous les jours !

Des échéanciers trop courts

À cela s’ajoute un autre défi dont il faut tenir compte : des échéanciers de plus en plus serrés qui doivent impérativement être respectés. Par exemple, les travaux d’un magasin d’alimentation à grande surface n’ont pas sitôt débuté que la publicité annonçant l’ouverture du magasin à une date fixe est déjà en cours d’impression. Il faut terminer les travaux avant que l’ouverture se fasse.

C’est la course contre la montre. Différents corps de métier devront se côtoyer au quotidien pour y arriver : électricien, couvreur, ferblantier, etc. Ces travailleurs sont souvent bien informés sur les risques particuliers à leur métier, mais qu’en est-il pour les personnes d’autres corps de métier qu’ils devront côtoyer ? Or, l’augmentation des activités menées en parallèle peut accroître les risques d’accident. « D’où, encore une fois, l’importance de bien informer les intervenants des tâches qu’exécute l’autre et de planifier de manière à ce que personne ne se marche sur les pieds. » Marc Beaudoin ajoute que dans ces circonstances, une des solutions afin de limiter la coactivité des différents intervenants serait d’envisager deux quarts de travail par jour.

M. Beaudoin précise également qu’une fois les travaux de chantier terminés, il faut que les principaux intervenants prennent le temps de tenir une rencontre de rétroaction pour effectuer en quelque sorte une autopsie du projet afin de le clôturer. « Il faut discuter des choses qui se sont bien déroulées, mais aussi de ce qui a moins bien fonctionné pour améliorer le mode opératoire ou rectifier le tir la prochaine fois », conclut-il.


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