Manutentionner en diable!

Photo : Getty Images
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Les livreurs et les déménageurs transportent beaucoup de matériel dans leur camion, comme des couvertures, un socle roulant, des courroies, et probablement un diable de manutention. Cet outil polyvalent, accessible et relativement compact s’adapte à toutes sortes de charges lors de ses différentes utilisations : livraison de caisses de produits nettoyants dans une pharmacie, d’une pile de boîtes dans un entrepôt, d’un appareil électroménager, etc. Quelques accessoires et astuces permettent de l’adapter encore davantage à l’environnement.

Le diable est un outil qui remplace la manutention manuelle lorsque la distance à parcourir est longue ou que les charges sont trop lourdes ou nombreuses pour être portées à bout de bras sans risquer de se blesser, mais pas assez lourdes pour nécessiter un appareil robuste comme un chariot élévateur. « Utiliser un diable est une bonne façon de prévenir les maux de dos. Plutôt que de manutentionner manuellement, on transfère la charge sur un appareil », informe Johanne Prévost, ergonome certifiée par le Conseil canadien de certification des praticiens en ergonomie et conseillère experte en prévention-inspection à la CSST. Le diable est surtout conçu pour des déplacements sur un sol plat, avec peu de dénivellations.

Le diable à deux roues est le plus répandu et polyvalent. Il est facile à manœuvrer, peu encombrant, et il demande peu d’entretien. Le travailleur supporte une petite partie du poids de la charge tout au long du trajet, puisque ce diable utilise le principe du levier pour déplacer des charges. Johanne Prévost recommande « d’investir dans un diable de qualité, solide et aussi léger que possible ». Elle ajoute qu’il existe sur le marché des diables plus légers en matériau comme l’aluminium, le nylon ou le magnésium.

Optimiser le diable

La grosseur des roues du chariot « joue pour beaucoup sur la facilité d’utilisation », indique Johanne Prévost. Des roues assez grosses (de 25 à 30 cm), bien gonflées (lorsqu’elles sont pneumatiques) et de bonne qualité diminuent la force à appliquer pour déplacer le diable. La composition des roues devrait être adaptée à l’environnement. « Lorsqu’il y a de la neige sur le sol, les roues à bandage dur ne sont pas efficaces », donne comme exemple Sabina Samperi, ergonome et conseillère en prévention à l’association sectorielle paritaire Via Prévention. Il faut donc « utiliser des roues pneumatiques » dans de tels environnements, précise-t-elle.

Après avoir vérifié l’état des roues, le travailleur charge le diable, en mettant les boîtes les plus lourdes plus près du sol. Il s’assure ensuite que la charge est stable et il l’attache au besoin. « Dans les cas où la charge n’est pas compacte ou ne tient pas très bien par elle-même, il est avantageux de prendre quelques minutes pour la stabiliser à l’aide de courroies élastiques, de sangles, de courroies à boucle ou de cordes. Ces minutes seront largement compensées ensuite par l’efficacité du déplacement », explique Mme Prévost. Lorsque la charge est volumineuse, mais pas excessivement lourde, il demeure possible d’utiliser le diable pour la manutentionner en remplaçant, de façon ponctuelle, la bavette – plateforme d’appui sur laquelle la charge est déposée – par une plus longue.

Un obstacle fréquemment rencontré par les livreurs est la chaîne de trottoir. Pour faciliter sa montée, il existe le monte-trottoir, « plateforme en forme de triangle, faite de métal, que l’on place entre la rue et le trottoir pour en monter la chaîne », décrit Sabina Samperi. Cet outil permet au livreur de rouler sur la pente plutôt que de tirer son diable. Ensuite, quand vient le temps de monter ou de descendre quelques marches, il existe un accessoire vendu en option lors de l’achat d’un diable qu’il peut être avantageux de se procurer : le monte-marche. « C’est une barre de glissement composée d’un matériau résistant et glissant comme le nylon qui est fixée sur les deux montants du chariot et fait en sorte que le chariot glisse sur la marche. Cela diminue l’effort exigé pour tirer le diable pour monter ou descendre une marche », explique Johanne Prévost, en précisant que cet outil est adapté pour les charges d’un poids limité.

Des diables spécialisés pour des produits spécialisés

Le travailleur est parfois confronté à des charges particulières, comme des électroménagers, des barils ou d’autres objets cylindriques. Le diable traditionnel ne convient généralement pas dans ces cas, indiquent les experts. Les entreprises doivent donc acquérir les types de diables adaptés aux objets manutentionnés, affirme Pascal Rizzo, ergonome et inspecteur à la CSST. Plusieurs choix de diables s’offrent à elles. Pour transporter des objets lourds ou parcourir une longue distance, le diable à quatre roues, qui supporte tout le poids de la charge, peut être plus approprié. « L’effort physique est beaucoup moindre, car les deux roulettes supplémentaires supportent le poids lors du transport de l’objet. Le travailleur pousse le diable sans supporter le poids. Il doit néanmoins faire un effort pour prendre et déposer l’objet », détaille M. Rizzo. Comme ce diable a une plus grande bavette, il est toutefois moins approprié pour monter ou descendre des marches.

Il existe aussi un diable pour appareils électroménagers, qui est « plus large, plus solide et muni d’une courroie pour attacher la charge », et un diable pour baril, indique M. Rizzo. En effet, le diable traditionnel n’est pas conçu pour transporter un baril, car lorsque ce dernier « est à moitié rempli d’eau ou d’huile, le liquide bouge lors du trajet, rendant le baril instable », note l’inspecteur. « Si le travailleur change de direction pendant son parcours, il devra exercer une force additionnelle pour retenir le mouvement engendré par le liquide qui bouge, risquant de se blesser. Même en se déplaçant en ligne droite, le liquide bouge continuellement et le travailleur devra faire un effort constant pour garder le contrôle du diable », poursuit-il. Le diable pour baril permet d’éviter ces dangers, puisqu’il a une forme concave parfaitement adaptée à la forme du baril. Le baril repose sur deux petites fourches (au lieu de la bavette), et un crochet agrippe le haut du baril pour le maintenir en place. Un tendeur, une courroie ou tout autre moyen de retenue peut être ajouté pour attacher solidement le baril. Il existe également un diable conçu pour le transport des seaux ou d’objets de forme cylindrique et de dimension comparable. Ce dernier permet la manutention de quatre seaux de 23 litres chacun. Les travailleurs devant transporter des charges volumineuses sur une longue distance apprécieront quant à eux le diable transformable en chariot, muni de deux roues pneumatiques fixes et de deux roulettes pivotantes.

Lorsque la charge est lourde et qu’il faut monter des escaliers, il est possible d’utiliser un diable à escalier motorisé permettant de la soulever avec beaucoup moins d’effort. Quelques modèles de diables motorisés sont offerts sur le marché. Il existe aussi des diables à escalier non motorisés, dont un type muni de six roues (trois de chaque côté) placées en forme triangulaire. « Avec cette configuration, une roue touche la marche inférieure, la deuxième roule sur la contremarche et la troisième est posée sur la marche supérieure. Conséquemment, les roues supportent la majorité du poids de l’objet manipulé, réduisant l’effort chez le travailleur », précise M. Rizzo. L’article 166 du Règlement sur la santé et la sécurité du travail précise d’ailleurs que « lorsque le déplacement manuel de charges ou de personnes compromet la sécurité du travailleur, des appareils mécaniques doivent être mis à la disposition de celui-ci ».

Si le travailleur n’est pas certain du bon outil à utiliser, il est conseillé de consulter l’outil de recherche des appareils de manutention, une banque d’information en ligne conçue par un réseau d’experts en ergonomie et en manutention. Lorsque l’on se rend au www.csst.qc.ca/prevention/theme/manutention/pages/recherche-manutention.aspx et qu’on indique le type de charge transportée et le type de déplacement, l’outil propose différents appareils de manutention appropriés pour effectuer ce déplacement.

Déménagements : utiliser le bon diable pour éviter les accidents

Le 23 juin 2001 à Montréal, un déménageur a perdu la vie en tentant de descendre une lourde distributrice automatique dans un escalier. Il semble que le diable électrique habituellement utilisé dans ces circonstances était hors d’usage au moment de l’accident et que les trois déménageurs sur place ont fait le travail à l’aide d’un diable manuel. Deux hommes auraient tenté de retenir la lourde machine sous laquelle ils s’étaient placés, tandis qu’elle glissait des mains d’un troisième, qui la tenait plus haut. Incapable de faire le contrepoids, un des deux hommes s’est trouvé écrasé sous la machine et son compagnon a été légèrement blessé. Lorsque les travailleurs doivent monter ou descendre des objets lourds le long d’un plan incliné, comme un escalier, ils doivent « éviter de se tenir du côté bas de la pente », autrement dit sous la charge, indique l’article 243 du Règlement sur la santé et la sécurité du travail. Ils doivent également « guider le déplacement de l’objet au moyen de câbles, de cales, de coins ou d’un autre dispositif pouvant retenir la charge ».


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