Circulation en forêt – Pas si vite!

Photo : Michel Giroux
Photo : Michel Giroux

Les chemins forestiers assurent l’accès au territoire, le déplacement des travailleurs forestiers et le transport du bois récolté. Avec les débuts du camionnage dans les années 1950 et la récolte de bois détruits par une épidémie dans les années 1970 et 1980 au Québec, la construction de ces chemins par les compagnies forestières s’est accélérée, jusqu’à créer aujourd’hui un véritable réseau routier forestier totalisant 300 000 kilomètres. Parmi leurs dossiers en cours, des experts du Comité paritaire de prévention du secteur forestier, composé de représentants patronaux et syndicaux et de représentants de la CSST, se penchent sur la circulation parfois périlleuse sur ces chemins.

Par une journée nuageuse du mois de janvier, un mécanicien circule en direction sud, sur le chemin Monet, à Rouyn-Noranda. Il n’y a pas de panneaux indiquant les pentes, les courbes, ni la limite de vitesse permise. Le conducteur circule au centre du chemin, à une vitesse élevée pour les conditions de la route. Deux autres travailleurs forestiers y circulent en sens inverse à bord d’une camionnette. Les deux véhicules entrent en collision près du sommet d’une côte. Le mécanicien décède. Étroits, glacés en hiver et peu balisés, les chemins forestiers sont la scène de nombreux accidents, ce pour quoi le comité paritaire étudie cette problématique.

Entre 2000 et 2008, 159 travailleurs ont subi des accidents sur des routes forestières, dont 15 % étaient graves, révèle Sonia Pignatelli dans un mémoire de HEC Montréal qui compile les données de la CSST et de la Société de l’assurance automobile du Québec. Les experts du Comité paritaire de prévention du secteur forestier rassemblent actuellement les caractéristiques et les mesures de sécurité à prendre pour la circulation sur les ponts, dans les chemins forestiers, la signalisation, les courbes, la correction des défauts de la chaussée, la communication sur ces chemins, le déplacement de différents véhicules et la circulation à pied.

Les accidents ne touchent pas seulement les transporteurs de bois, les équipes d’abatteurs, les travailleurs sylvicoles, les pêcheurs et les chasseurs. Les automobilistes amateurs de plein air et les propriétaires de chalets sont, eux aussi, victimes de collisions par méconnaissance des consignes de circulation en forêt, d’où l’importance, pour tous, d’être informés. « L’un des problèmes majeurs sur les routes forestières est que la plupart des usagers roulent trop vite », constate Jean-Pascal Gravel, enseignant en aménagement de la forêt et formateur accrédité en abattage et en débroussaillage manuels. L’article 328 du Code de la sécurité routière précise que, sur les chemins de gravier, la vitesse maximale permise est de 70 km/h. Cette vitesse ne s’applique toutefois qu’aux chemins de catégorie 1, qui sont habituellement des chemins d’accès principaux des forêts. Pour les autres catégories, soit la majorité des routes forestières, la vitesse demandée est inférieure à 70 km/h. La vitesse prescrite dépend notamment de la durée de vie du chemin, de ses dimensions, de ses courbes et pentes et des matériaux dont il est composé. Respecter les limites de vitesse donne notamment au conducteur le temps de réagir à la présence d’un animal, de piétons ou d’un autre véhicule sur la route.

Tout au long du déplacement, les travailleurs doivent garder leur ceinture bien bouclée. Dès l’entrée en forêt, ils peuvent annoncer leur présence à l’aide d’un émetteur radio, vendu dans les magasins à grande surface. Vous pouvez dire, par exemple, lorsque vous approchez de zones plus dangereuses : « camionnette en montant (ou en descendant), kilomètre 1 ». En se connectant sur la fréquence AM, le travailleur ou le vacancier peut donc communiquer avec les autres véhicules se trouvant à proximité. « À l’entrée des axes routiers où il y a des opérations forestières, il est intéressant d’avoir des affiches qui annoncent aux gens le canal sur lequel ils doivent se connecter pour communiquer avec les autres personnes se trouvant en forêt », précise M. Gravel.

Tout au long du déplacement, circuler du côté droit du chemin est également primordial, autant lorsque l’on roule en ligne droite que dans les courbes, explique le formateur. « Puisque les chemins forestiers sont étroits, les gens prennent la mauvaise habitude de circuler en plein centre. Lorsque le tronçon de route est droit, on voit les voitures arriver à l’avance dans le sens inverse, mais dans une courbe, c’est problématique, parce qu’on ne voit pas qui arrive dans l’autre sens et on risque une collision. Il faut donc garder notre droite le plus possible, au cas où un véhicule arrive dans le sens inverse », note-t-il. De plus, il convient de laisser la priorité de passage aux camions lourds qui transportent le bois.

Les chemins forestiers comptent habituellement peu de signalisation comparativement aux grandes artères routières. Certains panneaux sont toutefois obligatoires. L’article 11 du Règlement sur la santé et la sécurité dans les travaux d’aménagement forestier précise que « les virages, les pentes raides, les passages à niveau, les passages étroits tels les ponts, les passages pour les camions, les endroits où la visibilité est restreinte et les limites de vitesse doivent être signalés au moyen de panneaux et, le cas échéant, de panonceaux, visibles le jour comme la nuit et placés près du chemin forestier ». Lorsqu’un travailleur circule sur un chemin à la signalisation déficiente, « il doit en faire part à son employeur, qui a la responsabilité de voir à ce que ses travailleurs se déplacent en toute sécurité », rappelle Christian Fortin, ingénieur forestier et conseiller en prévention-inspection de la CSST.

Lorsqu’il faut s’arrêter pour prendre une bouteille d’eau, réparer une crevaison ou admirer le paysage, il importe de choisir un endroit judicieux, précise M. Gravel. « Il faut choisir un endroit visible à une bonne distance ou trouver une petite entrée à proximité de la route. » Beaucoup de gens s’arrêtent sur des ponts pour observer la rivière, note le formateur, mais ce n’est pas un bon endroit pour se garer, puisque ces derniers ne comportent souvent qu’une voie. « Avant de s’engager sur un pont, il faut s’assurer qu’aucun autre véhicule ne le traverse et il faut éviter de s’y arrêter, puisqu’on bloquera le chemin et on risque d’avoir une collision », conseille l’expert.

Lors de votre prochaine ballade comme vacancier ou de votre prochain trajet de travailleur en forêt, pensez-y bien !

Abattage manuel : public diversifié et nouvelle vidéo

Les activités d’abattage en forêt touchent davantage de personnes qu’on peut se l’imaginer. En plus des travailleurs en aménagement forestier, ceux spécialisés dans la production de sirop d’érable, en agriculture ou pour une municipalité ont parfois à faire un peu d’aménagement forestier ; c’est pourquoi ils doivent suivre la formation sur l’abattage manuel sécuritaire destinée aux travailleurs du secteur de la forêt, obligatoire depuis le début des années 2000. Les formateurs, qui ont affaire à des classes variées en métiers et en âges, auront accès dans les prochains mois à une nouvelle vidéo présentant des techniques d’abattage manuel adaptées à différentes situations, avec des explications plus détaillées que la précédente. Cette vidéo sera utilisée dans les formations en abattage manuel, mais aussi disponible pour le public, divisée en capsules sur le site Web de la CSST.

Rappelons qu’entre 2009 et 2013, plusieurs travailleurs forestiers ont été gravement blessés en étant frappés par une branche ou le tronc d’un arbre lors d’une activité d’abattage. D’autres, notamment en janvier 2013 et en octobre 2014, ont perdu la vie au travail lors d’une activité d’abattage. Dans le premier cas, un acériculteur copropriétaire d’une entreprise s’affairait à des travaux de coupe d’éclaircie avec un collègue dans un nouveau secteur d’une érablière lorsqu’une branche est tombée et l’a frappé mortellement. La prudence reste de mise dans ce secteur.