Prise en charge de la SST – Une trousse complète pour votre démarche de prévention

Photo : Shutterstock
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Depuis mai dernier, les milieux de travail disposent de nouveau matériel pour bien gérer la prévention des accidents et des maladies professionnelles, incluant un instrument de mesure de leur gestion. Mieux encore, ils y ont accès en ligne partout, en tout temps, et ce, gratuitement ! De quoi s’agit-il au juste ? De cinq capsules de formation sur la prévention des risques pour la santé et la sécurité du travail (SST) et d’un complément, l’outil de diagnostic de la prise en charge de la SST, qui existent en deux versions.

La première version, qui est générale, concerne toutes les entreprises, incluant les PME, alors que la seconde a été conçue spécifiquement à l’intention des établissements d’enseignement.

Si les établissements d’enseignement méritent leur propre variante, c’est qu’en plus d’être légalement tenus de protéger les travailleurs des risques présents dans leur environnement, ils doivent également inclure les préceptes de la SST dans la formation qu’ils offrent, tant dans les cours théoriques que pratiques, et adopter des pratiques exemplaires en la matière (voir La petite histoire du cheminement d’une idée-force). « Le plan d’action 2012-2015 du Comité national pour la formation à la prévention des risques professionnels prévoyait qu’on crée une formation pour les gestionnaires de ce milieu, qui devait comprendre un outil de diagnostic de la prise en charge de la SST. Nous avons choisi de réaliser une formation de base en SST pour permettre d’habiliter ces gestionnaires à s’occuper eux-mêmes de la SST dans leur milieu de travail », précise Guylaine Bourque, ing., conseillèreexperte en prévention-inspection à la Direction générale de la prévention-inspection de la CSST. « Le profil qu’on a établi de ces gestionnaires a démontré qu’ils proviennent en majorité du bassin du personnel enseignant, et le cursus des anciens enseignants ne comportait pas de formation en SST », enchaîne sa collègue Nicole Matton, conseillère en concertation à la Direction du partenariat.

Bien qu’il existait déjà une panoplie de documents exposant les étapes d’une démarche de prévention, les utilisateurs considéraient souvent ce matériel complexe et incomplet. « La CSST a voulu enrichir l’information disponible et réunir les outils existants en un tout cohérent, vulgarisé, simplifié et pédagogique, qui correspond aux besoins des clientèles. Avec le concours de Caroline Jetté, conseillère en formation à la Direction générale de la prévention-inspection de la CSST, on a choisi de réaliser une formation en ligne qui permet à tous les milieux de travail d’y avoir accès facilement, explique Guylaine Bourque. Cette formation se décline en cinq capsules ainsi intitulées : Droits et obligations, Identifier, corriger et contrôler les risques, Organiser la prévention, Passer à l’action et une capsule spécifique au milieu de l’éducation nommée Mise en contexte. » Pour les consulter en ligne : csst.qc.ca/priseencharge . « On a opté pour la formation faire quand ils veulent et qu’on n’a pas à se déplacer dans tout le Québec pour la donner, note Nicole Matton. Ces outils pratiques, complets et flexibles permettent donc de combler un besoin de façon pérenne et peu coûteuse. » Soulignons qu’une telle réalisation, destinée à l’externe, constitue une première pour la CSST.

Des outils de base et de pointe

D’une durée de 10 à 15 minutes chacune, les capsules de formation posent les balises d’une démarche de prévention, alors que l’outil de diagnostic permet de mesurer le chemin parcouru et les étapes qu’il reste à franchir. « Cet outil est fondé sur un cadre de référence, soit un tableau croisé comportant cinq conditions gagnantes, assorties de critères, qui sert à mesurer le degré de prise en charge de la SST dans un établissement », de dire Guylaine Bourque. « Pour le milieu de l’enseignement, on a ajouté une sixième condition gagnante, soit l’intégration de la SST dans la formation des étudiants, qui relève du Protocole de Québec », précise Nicole Matton. Les capsules comportent des hyperliens référant aux lois, aux règlements, aux normes et aux autres documents complémentaires pour soutenir les milieux de travail dans la prise en charge de la SST. Elles établissent ainsi les assises du processus de prise en charge et proposent du matériel pour approfondir chaque thème.

« Les partenaires du milieu de l’éducation qui ont participé au groupe de travail ont manifesté leur grande appréciation pour la simplicité et la pédagogie des outils, témoigne Nicole Matton, et aussi parce qu’ils sont très complets, cela donne une mine d’or d’information. » La CSST a assemblé un coffre à outils convivial, facile d’utilisation et adapté aux réalités du terrain. « Les gens nous disaient qu’ils se sentaient peu outillés et ne savaient pas par quel bout aborder la SST. Ces outils leur permettent maintenant de savoir comment évaluer leur organisation en matière de SST, où ils se situent, quelles sont les bonnes pratiques, comment repérer les risques et trouver des solutions », rapporte Guylaine Bourque.

Des outils rigoureux pour tous les milieux de travail

L’apport d’expertises diversifiées en gestion de la prévention, en formation, en éducation, en élaboration d’outils de mesure, sans oublier la connaissance des besoins de la clientèle, a permis de concevoir des outils rigoureux. Et si les nouveaux outils peuvent être utilisés dans tous les milieux de travail, c’est que le souci de vulgariser était présent tout au long du processus d’élaboration.

« L’outil de diagnostic de la prise en charge de la SST, composé d’un questionnaire et d’un diagnostic, permet une autoévaluation par le milieu, explique Louis-François Chabot, conseiller en évaluation au Secrétariat général et direction des affaires corporatives de la CSST. Il est destiné à soutenir les utilisateurs pour qu’ils réalisent eux-mêmes le portrait de la prise en charge dans leur établissement. La cinquantaine de questions, auxquelles s’ajoute une douzaine de questions spécifiques pour les établissements d’enseignement, ont été élaborées avec le souci d’éviter les biais et les interprétations possibles. La collaboration de représentants du milieu de l’éducation a permis de valider en continu les façons de formuler le contenu et de s’assurer qu’il collait à la réalité. Par ailleurs, la pondération a été déterminée de façon à s’assurer que le diagnostic est fiable et rigoureux pour chacune des conditions gagnantes ».

LA PETITE HISTOIRE DU CHEMINEMENT D’UNE IDÉE-FORCE

Une idée-force a la capacité d’influencer l’évolution d’un individu, d’une société, d’une époque. C’est bien ce dont il s’agit ici. L’idée germe en 2003, alors que le Comité international pour l’éducation et la formation à la prévention de l’Association internationale de la sécurité sociale se réunit à Québec. Il propose que la transmission des connaissances en SST soit intégrée à l’apprentissage des métiers. Les principes qui guident cette démarche sont inscrits dans le Protocole de Québec pour l’intégration de compétences en SST dans l’enseignement et la formation professionnels et techniques :

  1. Les compétences en SST associées à chacune des étapes de réalisation d’un travail sont intégrées à la formation au fur et à mesure de l’apprentissage du métier.
  2. La maîtrise des connaissances requises et des pratiques recommandées en matière de SST fait l’objet d’une évaluation intégrée à la formation.
  3. Le milieu de la formation adopte des pratiques exemplaires en matière de santé et de sécurité pour l’élève et favorise leur mise en oeuvre par des politiques ou des codes.
  4. Le matériel, l’équipement et l’environnement répondent aux normes et aux règles reconnues en matière de SST.

Le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (aujourd’hui ministère de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche) et la CSST signent ensuite une entente confirmant leur adhésion aux principes du Protocole de Québec et créent le Comité national pour la formation à la prévention des risques professionnels, auquel les partenaires du milieu de l’éducation s’associent. C’est du plan d’action du Comité national que découlent les capsules de formation et l’outil de diagnostic de prise en charge de la SST.

L’outil permet de brosser le portrait de la situation à un moment donné. « En effet, il est souhaitable de poser le diagnostic de façon périodique afin d’effectuer un suivi des progrès accomplis, en vue d’en arriver à une gestion préventive de la SST, qui constitue la cible à atteindre pour toute entreprise », insiste Guylaine Bourque.

« L’outil est destiné à être utilisé par les principaux acteurs concernés par la prise en charge de la SST. Ce sont eux qui doivent réaliser le diagnostic », ajoute Louis-François Chabot. « On vise l’employeur, les travailleurs, leurs représentants, le comité de santé et de sécurité ou tout autre groupe de travail concerné par la SST. Il est privilégié que ces différents acteurs répondent chacun au questionnaire et se rencontrent pour mettre leurs résultats en commun », de compléter Guylaine Bourque.

« Si les élèves des centres de formation professionnelle, des cégeps et des collèges acquièrent de bonnes pratiques de prévention sur les bancs d’école, il y a tout lieu de croire qu’ils les appliqueront une fois rendus sur le marché du travail », conclut Nicole Matton. C’est sans doute ainsi qu’une véritable culture de la prévention s’implantera au fil du temps.

Des experts en la matière

Les représentants du milieu de l’éducation ayant collaboré à la réalisation des outils de la prise en charge de la SST tiennent à souligner le professionnalisme et l’efficacité de l’équipe de production. Outre Guylaine Bourque, Louis-François Chabot, Caroline Jetté et Nicole Matton, mentionnés précédemment, les personnes suivantes faisaient partie du groupe de travail : Karine Gastaud, Hélène Hamann, Josée Sauvage et Marie-Christine Turcotte-Synnett, de la CSST, ainsi que Monique Bergeron, représentante de l’Association des collèges privés du Québec, Bernard Boulé, représentant de l’Association québécoise des cadres scolaires, Dino Grifo, du Cyberespace d’innovation et d’intégration en santé et sécurité (CiiSS) et Benoît Pagé, représentant de la Fédération des cégeps du Québec.

DES ÉCHOS DU MILIEU DE L’ÉDUCATION

Des représentants du milieu de l’éducation ayant participé à la conception des outils de la prise en charge de la SST témoignent ici de leur satisfaction.

« La CSST a créé des outils simples, concrets, clairs, précis et faciles d’utilisation que je trouve extraordinaires. Les capsules de formation présentent toute la matière de façon pédagogique et conviviale et les liens permettent de consulter les documents législatifs plus difficiles à comprendre. L’outil de diagnostic qui en découle est tout aussi clair et permet de nous situer face à notre gestion de la SST. Je l’ai utilisé de façon informelle avec les cadres du collège, et nous l’avons tous trouvé génial. »

MONIQUE BERGERON
DIRECTRICE GÉNÉRALE DE L’INSTITUT TECCART,
REPRÉSENTANTE DE L’ASSOCIATION DES COLLÈGES PRIVÉS DU QUÉBEC


« Les outils permettent de développer une culture de prévention en tenant compte des particularités de la clientèle. Dans le milieu de l’éducation, on est en constant renouvellement de l’effectif, puisqu’à compter du moment où les élèves deviennent compétents en SST, ils sont diplômés. L’autre intérêt des outils, c’est qu’ils sont intégrés, qu’ils permettent de faire des liens avec les conditions gagnantes et peuvent être utilisés indépendamment, de façon ponctuelle. Les capsules proposent une démarche structurée qui évite de se lancer dans toutes les directions, alors que l’outil de diagnostic permet de savoir si on s’approche des seuils à atteindre. De pouvoir s’appuyer sur un outil qui porte le sceau de la CSST donne encore plus de valeur à la démarche. »

BERNARD BOULÉ
DIRECTEUR ADJOINT DU CENTRE D’ÉTUDES PROFESSIONNELLES DE SAINT-JÉRÔME,
REPRÉSENTANT DE L’ASSOCIATION QUÉBÉCOISE DES CADRES SCOLAIRES


« Un collège a la double responsabilité d’assurer un environnement sécuritaire aux gens qui y travaillent et de transmettre le souci de la sécurité aux élèves. L’outil de diagnostic nous permet de voir s’il réunit les bonnes conditions tant pour le personnel que pour les apprenants. Je l’ai utilisé avec les membres de notre bureau de SST et cela nous a permis de voir le reflet de notre réalité. L’outil et les capsules de formation sont interdépendants, cohérents. On peut les utiliser séparément, mais ils sont complémentaires. Le résultat du travail de l’équipe de la CSST est impressionnant et très, très satisfaisant. »

BENOÎT PAGÉ
DIRECTEUR GÉNÉRAL DU COLLÈGE AHUNTSIC,
REPRÉSENTANT DE LA FÉDÉRATION DES CÉGEPS DU QUÉBEC