Formation en soudage-montage La santé au coeur des préoccupations

Photo : Shutterstock
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Après le problème des poussières de bois dans les centres de formation professionnelle et technique, les membres du comité MELS-CSST-Réseau des établissements d’enseignement de Montréal ont choisi de cibler les activités de soudage et leurs risques pour la santé. En collaboration avec des spécialistes de la santé au travail de Montréal, un comité de travail a mené un projet clé en main dont l’objectif ultime est de fournir des outils de soutien aux enseignants, qui sont des relayeurs de bonnes pratiques auprès des élèves.

Au début du projet, en 2013, les spécialistes Nathalie Desjardins, infirmière clinicienne, et Carole Larose, hygiéniste du travail, toutes deux pour le Programme de santé au travail du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Est-de-l’Île-de-Montréal, ont fait un constat : les enseignants étaient plus à l’aise de parler des risques liés à la sécurité des machines et aux brûlures, par exemple, que des risques pour la santé liés aux fumées de soudage, aux poussières métalliques et au bruit. Ces derniers peuvent avoir un effet sur la santé à court terme et à long terme, a remarqué Jo Anne Cyr, conseillère en prévention jeunesse à la CSST. Seules quelques pages du manuel pédagogique sur la santé et la sécurité abordent ces risques. « Les enseignants ont un rôle capital à jouer dans la transmission des savoirs de prévention et doivent être en mesure de parler de ces risques. L’offre était donc justifiée », poursuit Mme Cyr.

Le projet a été divisé en deux phases. La première visait les quatre centres de formation professionnelle de la région de Montréal qui offrent le programme de soudage-montage. La seconde phase ciblera un centre de formation privé et les établissements qui offrent des programmes ayant au moins un cours de soudage, comme ceux de génie mécanique et de plomberie.

Première étape : l’étude !

Les responsables du projet ont d’abord effectué un sondage auprès des enseignants des quatre centres de formation afin de bien cibler leurs besoins. « Ce sondage a révélé qu’ils souhaitaient être mieux outillés pour être capables de transmettre l’information aux élèves concernant les risques pour la santé. Ils veulent avoir un soutien pédagogique vulgarisé, contenant des vidéos et des images, pour que ce soit accrocheur », explique Nathalie Desjardins.

À la suite de ce sondage, l’étude sur le terrain, qui a mené à la conception des nouveaux outils pédagogiques pour les enseignants, a débuté en février 2014. Pour la collecte d’information sur le terrain, deux à quatre spécialistes en hygiène du travail observaient et prenaient des notes dans les ateliers. Carole Larose a installé des capteurs sur les vêtements et à l’intérieur du masque des étudiants de plusieurs classes, afin de recueillir des échantillons de fumées de soudage et de poussières de meulage. La performance des systèmes de captation a également été examinée et le degré d’exposition au bruit, évalué.

Lors de cette activité, le groupe de spécialistes a ciblé des comportements à corriger chez les étudiants, raconte Carole Larose : « Les étudiants aux différents postes de soudage étaient munis d’un train d’échantillonnage, constitué d’une pompe reliée à un tube qui aspire de l’air à travers un filtre. S’il y avait fumée de soudage, elle se déposait sur le filtre du tube. À un moment, un étudiant est venu me voir en me demandant : “pourquoi mon filtre est rendu noir alors que celui des autres est pâle ?” Ensemble, nous sommes allés à son poste de travail et nous avons constaté que son bras de captation était mal positionné et n’aspirait pas bien les fumées de soudage. Il était donc davantage exposé aux fumées que ses autres camarades. » Le bras de captation à son poste de travail a aussitôt été placé correctement. Selon Mme Larose, bien placer celui-ci est essentiel, puisque le soudage produit des fumées et des gaz pouvant causer des problèmes pulmonaires divers tels que fièvre du fondeur, bronchite chronique et cancer. Les mauvaises postures de travail de plusieurs étudiants, tentés de se pencher pour mieux voir ce qu’ils soudent, augmentent également leur exposition à ces fumées. D’autres risques causés par les rayonnements et le bruit sont aussi ciblés, dont le développement de cataractes ou la perte d’audition, qui sont les effets les plus souvent observés. « Si tu te coupes avec un banc de scie, ou que tu te brûles, c’est instantané. On voit bien ces blessures, tandis que les risques pour la santé, ça ne survient pas toujours sur le coup », précise Jo Anne Cyr. Elle note que les professeurs ont eux-mêmes demandé des images et de l’information et qu’ils ont pris conscience de l’importance de ces risques.

LE COMITÉ MELS-CSST-RÉSEAU

Ce comité est composé de représentants de centres de formation professionnelle, de cégeps, d’universités et de la CSST.

Une journée de formation bien remplie

Après la présentation des rapports environnementaux spécifiques à chacune des quatre écoles, la quarantaine d’enseignants visés par le projet ont participé à une journée de formation, durant laquelle leur a été remis un guide d’animation, contenant une présentation PowerPoint bonifiée de commentaires, d’images et de vidéos utiles à son enseignement. Après avoir reçu l’information nécessaire, l’enseignant pourra utiliser ce matériel auprès de ses élèves lorsque le sujet des risques pour la santé sera abordé en classe ou en atelier. Il devient alors un relayeur de bonnes pratiques. « Les étudiants en formation professionnelle ont la chance d’apprendre leur métier grâce à des professeurs qui sont des modèles pour eux. Ce que l’on souhaite, c’est développer une culture de prévention, soutenir ces enseignants dans la formation des futurs travailleurs, qui seront des leaders en santé et sécurité du travail », note Mme Cyr. Lors de ces journées, les deux spécialistes ont également présenté différents outils de prévention, dont un pistolet de soudage avec aspiration à la source et plusieurs modèles de protection respiratoire.

En général, les enseignants ont été satisfaits de leur journée de formation. Selon Sulaman Khan, responsable santé et sécurité au Centre Rosemont Technology, l’atelier était animé, interactif, a apporté une meilleure compréhension et un degré d’éducation plus élevé concernant les risques qu’implique ce métier. « Former les enseignants est la première étape vers l’éducation des élèves, ces futurs soudeurs. Le guide est un atout considérable, il permet également aux professeurs d’économiser du temps dans la planification de leurs cours et dans la recherche de matériel pédagogique. » Les enseignants du Département de soudage ont d’ailleurs déjà commencé à discuter des aspects qu’ils désirent incorporer dans les modules scolaires.

Robert Martin, enseignant en soudagemontage au Centre Rosemont Technology, compte d’ailleurs traduire en anglais l’entièreté de la formation afin de l’utiliser dans les différents modules scolaires de son établissement d’enseignement. Il constate une énorme différence entre le moment où il était encore aux études, dans les années 90, et aujourd’hui. « Désormais, les écoles du Québec valorisent la conciliation travail-études. Je visite régulièrement beaucoup d’entreprises, où les jeunes refusent de travailler sans équipement de protection individuelle, comme des lunettes et des masques. Par contre, quand j’ai obtenu mon diplôme d’études professionnelles, en 1997, travailler sans masque était malheureusement chose courante. » Il ajoute que les jeunes sont de plus en plus ouverts à parler de la santé au travail et à appliquer les précautions nécessaires.

En novembre 2015, les différents acteurs ayant pris part à la première phase du projet se réuniront à nouveau afin de discuter des répercussions de leur projet dans les quatre écoles visées. Les écoles devraient avoir intégré la formation des élèves sur les risques pour la santé liés aux activités de soudage et mis en place les recommandations des rapports environnementaux qui leur ont été présentés. « Nous devons maintenant nous assurer que ces notions perdurent, qu’elles soient inculquées », indiquent le directeur du Centre Anjou, André Cormier, de même que Robert Forest, enseignant au diplôme d’études professionnelles en soudagemontage au même établissement. La seconde phase du projet a débuté cet automne.

TRANSFERT DE CONNAISSANCES

Un écart d’âge important entre les enseignants est observé dans le milieu du soudage. « Près de la moitié d’entre eux ont moins de 30 ans, et l’autre a une expérience considérable sur le marché du travail et dans l’enseignement », rapporte Jo Anne Cyr, conseillère en prévention jeunesse à la CSST, qui estime qu’il est important que « les plus expérimentés transmettent leurs connaissances en santé et sécurité du travail (SST) aux plus jeunes avant de partir à la retraite ». Le projet ciblant les activités de soudage et leurs risques pour la santé a été une occasion d’informer les jeunes enseignants, qui ont moins d’expérience sur le terrain. L’information et le dialogue sur la SST doivent se faire en tout temps, estime Mme Cyr. « Les deux générations d’enseignants doivent provoquer des discussions sur ce sujet, même en dehors des formations sur la SST. »


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