Ici, on travaille avec les idées claires !

Photos: Ville de Montréal
Photos: Ville de Montréal

L’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension de la Ville de Montréal a mis en place, en novembre dernier, une semaine de la prévention des dépendances. Cette activité, organisée en partenariat avec les responsables du programme d’aide aux employés des cols bleus et des cols blancs de la Ville, s’est déroulée sur la thématique « Ici, on travaille avec les idées claires ».

C’est lors d’une réunion du comité de santé et de sécurité à la Direction de la voirie que l’arrondissement a eu l’idée d’organiser une telle semaine. Sensibilisé à l’omniprésence de la dépendance dans la société québécoise et partant de la prémisse que l’arrondissement est un reflet de cette société, un contremaître de la Ville a proposé de réfléchir à un moyen de conscientiser les travailleurs sur ce sujet sensible. Le but ? Capter l’intérêt des travailleurs de manière à les influencer positivement et à les inciter à demander de l’aide en cas de besoin.

Ainsi, la Semaine de la prévention des dépendances, axée sur le concept novateur de partage en milieu de travail, a pris forme. « Nous souhaitions sensibiliser et mieux outiller les employés pour qu’ils puissent s’aider eux-mêmes ou aider un de leurs proches, des membres de leur famille ou de leurs collègues aux prises avec une dépendance en adoptant une approche humaine, tangible et concrète qui intègre le concept de partage dans le milieu de travail », explique Mélanie Lazure, conseillère en santé et sécurité du travail à la Ville de Montréal et lauréat national des Grands Prix santé et sécurité du travail (SST) dans la catégorie Leader en SST.

C’est ainsi que plus de 500 travailleurs de l’arrondissement ont assisté avec intérêt à des présentations du commandant Robert Piché et du comédien et humoriste Paul Boissonneault, qui ont partagé leur parcours et discuté des effets de leurs dépendances sur les différentes sphères de leur vie, de leur processus de guérison et de leurs réussites. Les travailleurs ont également assisté à une séance d’information sur les différents services offerts par les programmes d’aide aux employés (PAE) ainsi que sur les différents organismes spécialisés dans la dépendance, que l’on parle de drogues, d’alcool, de cyberespace, de médicaments ou autres, et se sont vu remettre une trousse d’aide remplie de ressources.

Animées par Gilles Leblanc, psychothérapeute et travailleur social à la Clinique Nouveau Départ, les conférences-partage proposées ont permis de mieux comprendre les répercussions à long terme des dépendances sur les individus et les problèmes de comportement qui en résultent, que l’on parle des répercussions de la consommation sur les lieux de travail ou des dommages collatéraux inhérents à la consommation dans la vie privée.

En plus d’affecter la concentration, le jugement et la perception de la réalité des personnes affectées, les dépendances entraînent aussi des problèmes de comportement, dont l’augmentation de l'agressivité, et affectent les relations interpersonnelles. Par conséquent, les travailleurs ayant des problèmes de dépendance sont davantage à risque de subir un accident de travail.

Reprendre le contrôle de sa vie

Paul Boissonneault, conférencier, l’énonce d’entrée de jeu : « À la clinique où je travaille, j’ai rencontré des travailleurs ayant fait des chutes de hauteur alors qu’ils étaient sous l’influence de la drogue ou de l’alcool. Ils sont maintenant médicamentés à vie ! J’ai été en contact aussi avec des conducteurs de déneigeuse qui ont eu des accidents, des caristes conduisant des chariots élévateurs ivres ou drogués. Les conséquences sont nombreuses. C’est l’entourage de ces travailleurs qui en paie souvent le prix, car des accidents graves peuvent survenir. »

La vie de Paul Boissonneault avait pourtant bien commencé. À 25 ans, il était déjà propriétaire de six centres de photocopie. Toutefois, il n’était pas heureux, et s’est tourné vers des drogues dures et l’alcool, jusqu’à sombrer dans la déchéance. Une arrestation pour possession de drogues, une tentative de suicide, une dépression médicamentée et une séparation plus tard, M. Boissonneault a repris le contrôle de sa vie. En plus d’être comédien et humoriste, il est maintenant intervenant au Centre Nouveau Regard, et de retour sur les bancs d’école.

Pourquoi donner une conférence ? Paul Boissonneault souhaite aider les gens à mieux comprendre que l’alcoolisme et la toxicomanie sont des maladies qui affectent les comportements au travail, les relations avec les collègues et le taux d’absentéisme. Mais surtout, il veut montrer que n’importe quel travailleur peut être dépendant, peu importe sa profession, et que pour s’en sortir, la prise de conscience et le temps d’arrêt sont capitaux. Pour vaincre la dépendance, il faut en parler à un ami ou communiquer avec un programme d’aide et suivre une thérapie.

Paul Boissonneault souligne également qu’il est important pour l’employeur d’être alerte aux signes de la dépendance chez ses employés, tels que la baisse de la motricité, l’absentéisme et les comportements déviants. Repérer de tels signes peut lui permettre de parler à ses travailleurs pour leur montrer son ouverture, mais surtout de souligner qu’il est là pour les épauler et les écouter. L’employeur peut également diriger les travailleurs vers un programme d’aide aux employés ou leur présenter différentes ressources existantes pour leur venir en aide. Pour Paul Boissonneault, de petits gestes peuvent parfois créer toute la différence !

Aux commande de sa vie !

Robert Piché, ancien alcoolique, en est un bon exemple. Il a vaincu la dépendance grâce à l’aide et au soutien de son employeur. M. Piché, pilote d’avion, a été propulsé bien malgré lui sous les projecteurs, en 2001, pour l’atterrissage d’urgence réussi du vol 236 d’Air Transat aux Açores, sauvant la vie des 306 personnes qui étaient à bord.

Cet événement marquant a toutefois eu pour conséquence de faire ressortir le passé tumultueux de M. Piché dans les médias, notamment son séjour en prison pour transport de narcotiques. Déjà aux prises avec des problèmes d’alcool, il sombre. L’alcool lui permet d’embellir sa vie et de fuir son passé, qu’il est incapable de gérer. Il affirme d’ailleurs qu’il planifiait ses vols d’avion en fonction des possibles « brosses » qu’il pourrait prendre. Cette situation l’a finalement conduit en clinique de désintoxication, où il a entrepris une thérapie pour comprendre pourquoi il consommait et pour apprendre à parler de ses émotions et à faire preuve de résilience.

La thérapie lui a permis d’arrêter de « s’arnaquer lui-même », soit de cesser de penser qu’il était invincible et qu’il n’avait pas de problème de dépendance. Cette étape est difficile, car, comme le commandant Piché l’explique, « avouer sa dépendance implique d’arrêter de boire, et tu ne veux pas lâcher la bouteille, c’est ta meilleure chum ».

Bien qu’il ne consommait jamais en vol, le commandant Piché affirme que sa dépendance à l’alcool avait des répercussions certaines sur son travail. En fait, sa concentration était touchée parce qu’il pensait sans cesse à la prochaine « brosse qu’il allait virer », mais aussi parce qu’être constamment saoul en dehors des heures du travail lui occasionnait de la fatigue et avait des effets physiques et psychologiques non négligeables. Le commandant Piché était donc plus à risque de mettre en danger sa propre sécurité, mais également celle de ses collègues et des passagers de l’avion qu’il pilotait.

Un effet rassembleur

Cette semaine de la prévention des dépendances a eu un effet positif sur les travailleurs de l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension de la ville de Montréal. Certains d’entre eux se sont confiés aux intervenants, alors que le nombre d’employés utilisant les services des PAE a augmenté dans les jours suivant les événements. L’arrondissement a su innover en matière de prévention en montrant que, peu importe le milieu de travail, il est primordial de « travailler avec les idées claires ! » Les dépendances ont un réel effet sur les capacités physiques et psychologiques des travailleurs, d’où l’importance de les sensibiliser de façon à réduire les risques. Une initiative couronnée de succès !


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