Installer la signalisation en zone de travaux routiers, une tâche plus risquée qu’il n’y paraît

Installer la signalisation en zone de travaux routiers, une tâche plus risquée qu’il n’y paraît
Photo : GardaWorld

Actuellement, le réseau routier du Québec subit une importante cure de rajeunissement. Des milliers de travailleurs répartis sur 2 000 chantiers partout dans la province entre 2015 et 2017 ont eu et auront pour défi de transformer des portions de route en zones de travail sécuritaires. Un exercice plus délicat qu’il n’y paraît et qui requiert un solide savoir-faire.

Car malgré les appels au ralentissement à l’approche d’un chantier, la moitié des conducteurs garde la même vitesse de croisière, selon ce que révèle un sondage de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) fait en 2015. Résultat, selon la SAAQ, en 2014, 752 usagers de la route ont été blessés lors d’accidents survenus dans une zone de chantier routier ou à son approche et 14 y ont perdu la vie. Les comportements des conducteurs qui vont trop vite, suivent les autres véhicules de trop près ou sont carrément distraits augmentent la dangerosité pour les travailleurs. Quinze d’entre eux ont d’ailleurs été blessés en 2015 tandis qu’ils étaient à l’oeuvre sur un chantier routier.

Le ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l'Électrification des transports (MTMET, anciennement MTQ) et la SAAQ, qui organisent chaque année des campagnes pour sensibiliser les conducteurs aux risques qu’ils font courir aux travailleurs quand ils ne respectent pas les consignes dans les zones des travaux, fournissent des efforts qui accroissent directement la sécurité des travailleurs. La CNESST ajoutera cette année un autre éclairage important en publiant un guide sur la manutention sécuritaire des dispositifs de signalisation lors des travaux routiers, une étape en effet critique dans l’ensemble des travaux.

Installer et enlever la signalisation en zone de travaux : métier risqué !

Rendre un chantier routier sécuritaire au moyen d’une signalisation adéquate n’est pas qu’une mince tâche, d’autant plus qu’elle se fait pendant que la circulation se poursuit. Cela suppose une solide préparation et beaucoup de connaissances, dont fera justement état le nouveau guide de la CNESST.

Les travailleurs qui installent et enlèvent les fameuses balises coniques et les autres dispositifs de signalisation sont particulièrement à risque de se faire frapper par un usager de la route. « C’est en effet la partie la plus dangereuse, car quand les travailleurs commencent à installer la signalisation, il n’y a encore rien pour prévenir les conducteurs de leur présence », confirme Sorina Rachiteanu, ingénieure à la Direction générale de la prévention-inspection de la CNESST. Ces travailleurs peuvent aussi recevoir un objet projeté, trébucher ou glisser et se faire heurter. Leur travail devient encore plus risqué en cas de pluie, de neige, de brouillard ou de soleil éclatant, qui réduisent la visibilité.

La clé pour prévenir ce type de danger réside dans la planification et le respect des méthodes de travail éprouvées. C’est d’ailleurs sur ces deux volets, en plus de la formation et de la supervision des travailleurs, que mise la CNESST.

Se préparer comme il faut

Première étape essentielle, avant les travaux : bien identifier les dangers propres à chaque chantier, en retenant qu’ils sont tous différents. « La signalisation en zone de chantier est quelque chose qui change et doit s’adapter en fonction des entraves qu’on crée et de la circulation », rappelle l’ingénieur Michel Masse, chef du secteur signalisation au MTMDET. Le maître d’oeuvre doit donc tenir compte des contraintes spécifiques et singulières pour élaborer la méthode de travail sécuritaire. Cela inclut une visite sur le terrain au préalable pour bien connaître l’environnement, la surface routière et la géométrie des lieux, avant même d’élaborer la procédure de travail. Il doit aussi être certain que les travailleurs qui placeront la signalisation routière possèdent les habiletés, les connaissances et l’expérience nécessaires. Il faut aussi prévoir les équipements et véhicules qui seront utilisés pour réaliser les travaux de signalisation et respecter une procédure d’inspection pour s’assurer que tous les véhicules et leurs dispositifs fonctionnent correctement.

Ensuite, chaque jour, il faut aussi tenir compte des conditions météorologiques et s’adapter, en plus de s’assurer que les dispositifs lumineux fonctionnent et ne sont pas obstrués, que les outils de communication sont opérationnels et que les travailleurs revêtent leur équipement de protection individuelle.

Les repères visuels comme les balises coniques doivent toujours être installés selon l’ordre dans lequel les usagers de la route les croisent dans le sens de la circulation et enlevés dans le même ordre que leur installation. Les travailleurs doivent demeurer en tout temps à l’intérieur de la zone que la signalisation protège. Quand ils chargent et déchargent les dispositifs de signalisation, ils doivent quitter le véhicule sur le côté plutôt qu’à l’arrière, rester du côté le plus éloigné de la circulation et, si possible, privilégier une méthode mécanisée pour la manipulation. Sur les routes à circulation rapide (plus de 70 km/h), si la chaussée comporte plus d’une voie dans la même direction, la zone de travail doit se trouver à l’avant d’un véhicule de protection muni d’un atténuateur d’impact. Là où ce véhicule de protection n’est pas requis, par exemple dans les zones de 50 km/h, le véhicule qui sert à réaliser les travaux doit prendre la place du véhicule de protection, et les travailleurs toujours devant.

Michel Masse rappelle qu’il faut surtout aménager le chantier et prendre tous les moyens appropriés dans le but de faire ralentir les usagers de la route, par exemple en rétrécissant les corridors de circulation. « Le panneau de vitesse ne fera en fait que confirmer la vitesse à laquelle on veut que les gens circulent sur le chantier », indique-t-il.

Uniformiser augmente la sécurité

Installer la signalisation en zone de travaux routiers, une tâche plus risquée qu’il n’y paraît

Dans son plan d’action 2014-2017, le MTMDET insiste sur l’harmonisation de la signalisation d’un chantier à l’autre. Il existe en effet des règles normalisées sur la façon d’installer la signalisation, sur le contenu des messages sur les panneaux à messages variables et sur le masquage des panneaux. On les retrouve dans le tome V – Signalisation routière, collection Normes du MTMDET. Les vitesses permises doivent aussi obéir à des critères précis. Le conducteur pourra plus facilement se conformer aux exigences si elles restent identiques et crédibles tout le long de son parcours et si les conditions de chantiers sont les mêmes. Par exemple, de ralentir à 80 km/h dans les zones de travaux sur l’autoroute 20 entre Montréal et Québec, et plusieurs rappels sur 5 km avant le début du chantier. Il faut éviter toute confusion chez les conducteurs. À certaines occasions, il sera utile d’installer des radars photo mobiles pour surveiller la vitesse près des chantiers. Bon an mal an, le MTMDET cible environ 150 chantiers et y accroît la surveillance et la présence policière, à des fins éducatives surtout.

À partir de l’analyse des résultats des sondages de la SAAQ de 2015, le MTMDET s’est également fixé de nouvelles cibles pour 2016. La campagne de sensibilisation vise entre autres à augmenter de 4 points de pourcentage le nombre de conducteurs qui disent réduire leur vitesse à la limite affichée en zone de travaux (51 % en 2015). Le MTMDET livre aussi de nombreuses communications ciblées à la radio, sur les réseaux sociaux, au moyen de l’affichage sur les panneaux routiers et d’un site Internet sur le thème des travaux (chantierorange.ca) qui sensibilise les conducteurs au bon comportement à adopter en zone de travaux routiers.

Les efforts ont donc été soutenus au cours des dernières années pour que la sécurité fasse son chemin jusqu’en zone de travaux. Selon les experts Sorina Rachiteanu et Michel Masse, pour aller encore plus loin et mieux protéger les travailleurs, on devra envisager de mécaniser le plus possible l’installation et l’enlèvement des balises et raffiner davantage l’utilisation de ces repères visuels.