Les grues mobiles, ces merveilles mécaniques !

Grue mobile
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Les grues mobiles, ces merveilles mécaniques qui font souvent partie du paysage urbain au Québec, peuvent être de véritables monstres, lorsqu’utilisées de manière non conforme. Il existe un bon nombre de risques à l’utilisation de ces appareils de levage. Pour les réduire, les employeurs doivent s’assurer de respecter la Loi sur la santé et la sécurité du travail.

Sur les chantiers de construction, plusieurs dangers sont inhérents aux activités de levage, mais heureusement, ils sont en partie contrôlables. « Les plus risquées sont les opérations de levage répétitives ; quand un travailleur effectue toujours la même routine, tous les jours, la tâche devient une habitude. C’est à ce moment que l’opérateur ou le gréeur baisse la garde et que l’accident ou l’incident se produit ! », explique Yannick Morin, ingénieur spécialisé dans les opérations de levage et président fondateur de KRANING, une firme de génie, et d’un centre de formation Levage & Gréage, pour professionnels et opérateurs à l’échelle nationale. De plus, M. Morin est représentant de l’Ordre des ingénieurs du Québec aux comités de révision du Code de sécurité pour les travaux de construction et du Règlement sur la santé et la sécurité du travail dans les mines. Seul Canadien ayant le droit de vote, il est membre du comité technique de la norme américaine ASME B30 sur la planification des opérations de levage. Il explique que, puisque les grues sont des engins très impressionnants, le danger à proximité des zones de travail est bien réel.  Les grues ont collaboré aux succès de l’Homme à travers les époques. Les grues sont utilisées sur des chantiers de grande importance tels que l’échangeur Turcot et le nouveau pont Champlain, mais permettent la mise en place d’un spa à l’arrière d’un bungalow par exemple. Très souvent, quand une grue se mobilise dans sa zone de travail, les passants sont très impressionnés et s’agglutinent près de celle-ci. À ce moment, cela devient dangereux pour eux et pour les travailleurs. On délimite des zones de danger, mais souvent, elles ne sont pas respectées pour diverses raisons qui sont très souvent hors du contrôle de l’opérateur », ajoute M. Morin. Également, lorsque les projets font l’objet d’une attention médiatique, les risques se multiplient puisque les opérateurs n’ont pas l’habitude de travailler sous les yeux attentionnés des hauts gestionnaires du maître d’oeuvre, des investisseurs, de la foule, des caméramans, etc.

Par ailleurs, certaines opérations de levage sont plus complexes que d’autres. Il faut alors s’assurer qu’à chaque tâche, le directeur de levage, l’opérateur et les autres intervenants ont les compétences nécessaires. Pour des opérations de levage critiques telles que, sans s’y limiter, les levages à plusieurs grues et les opérations de levage de personnes, il est important de ne pas contrevenir aux lois applicables, notamment de faire appel à un ingénieur pour rédiger les procédures de ce genre de levage critique, précise Yannick Morin.

Une très grande majorité des grues utilisées au Québec sont fabriquées chez nos voisins du Sud, ce qui génère de la documentation utilisant le système impérial.  Parfois, les travailleurs peuvent se mélanger entre une tonne métrique et une tonne impériale et personne n’a droit à l’erreur lorsqu’une charge est manipulée », mentionne M. Morin. Également, dans l’industrie, la majorité des documents produits et les instructions sur les machines sont en anglais, ce qui ajoute une difficulté supplémentaire.  Beaucoup d’intervenants ont de la difficulté à différencier « shall » de « should » ainsi que « should » et « shouldn’t ». Quand tu soulèves une charge de 10 000 livres au bout du crochet, ce n’est pas le temps d’essayer des choses », explique Yannick Morin.

Un des problèmes que l’on rencontre dans l’industrie est le manque de supervision. Trop de représentants de l’employeur ne sont pas ou sont peu formés adéquatement. D’ailleurs, une tâche trop peu connue est liée à la gestion des risques. « Combien de fois une bonne gestion des risques aurait changé ou amélioré le résultat de l’opération de levage ? Beaucoup de maîtres d’oeuvre nous engagent pour effectuer ou réviser la gestion des risques de leurs opérations de levage, pas seulement pour se conformer à l’article 51 de la LSST, mais aussi pour protéger la santé et la sécurité de leurs travailleurs et assurer la continuité de l’entreprise », précise M. Morin. Selon lui, il faut également faire davantage de prévention et de sensibilisation, ce qu’il fait avec succès lors des formations qu’il anime. Mieux vaut donc investir en prévention !