Travailler au froid : tout un défi!

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Brrrrr! Des milliers de travailleurs et travailleuses bravent courageusement l’hiver québécois chaque année pour effectuer des tâches à l’extérieur toute la journée. Ceci représente tout un défi puisque le travail au froid compte des risques particuliers, comme les gelures et l’hypothermie. Heureusement, la prise de précautions et différentes astuces permettent de travailler de façon sécuritaire.

Par une froide journée d’hiver, François Leporé, opérateur d’appareils motorisés pour la Ville de Montréal, arrose la glace de la patinoire extérieure d’un parc. Immobiles, le vent au visage, ses collègues et lui terminent la tâche, puis retournent au camion se réchauffer. L’expérience que M. Leporé a acquise lui a permis de trouver de bons trucs pour effectuer ce travail encore longtemps.

En effet, il a effectué différents types de tâches hivernales pour la Ville, qui comptaient chacune des défis différents. « Le défi de l’entretien des patinoires extérieures est que lors de l’arrosage, tu es immobile, donc tu ressens davantage le froid et l’humidité. Il faut alors se forcer à bouger un peu. À l’opposé, quand je fais du pelletage de bâtiment, c’est un effort physique intense, particulièrement si la neige est lourde. Donc j’ai chaud, et il faut que je sois encore plus attentif à l’état d’humidité de mes vêtements pour aller les changer quand c’est nécessaire ou les sécher dans une sécheuse qui est mise à notre disposition. J’amène carrément trois paires de bas dans mon sac le matin. Parce qu’une fois que les vêtements sont humides, là, on a vraiment froid », alerte-t-il.

En effet, « une fois que le vêtement est humide, il perd de son isolation thermique », explique Suzanne Tremblay, conseillère experte en prévention-inspection à la CNESST. Avec les mains ou les pieds mouillés ou insuffisamment isolés viennent les risques d’hypothermie et de gelures.

Dany Gagnon, conseiller en prévention à l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur de la construction et ancien travailleur dans le domaine de la construction résidentielle, invite les travailleurs et travailleuses à avoir une attitude préventive plutôt que réactive. « Dans les domaines comme celui de la construction, tu es fort, tu veux travailler, mais l’eau mélangée au froid, ça va t’empêcher de faire ça, parce que tu seras blessé. »

Trucs et astuces

Mme Tremblay, M. Gagnon et M. Leporé donnent différents conseils pour prévenir ces risques. Le premier est de porter plusieurs couches de vêtements respirants et isolants qui garderont les travailleurs et travailleuses au sec, captureront l’air, et créeront ainsi une couche isolante autour du corps pour en conserver la chaleur.

M. Gagnon insiste aussi sur le fait que les travailleurs et travailleuses doivent porter des bottes différentes pour l’été et l’hiver. « Les bottes d’été sont en cuir ; elles ne sont pas isolées, et donc, dès qu’on pile dans la neige, on se retrouve avec les pieds mouillés et là, on s’expose à bien des risques. Pour l’hiver, ça prend des bottes imperméables et isolées. » La tuque, les mitaines et le foulard ou cache-cou ne sont pas non plus à négliger, puisque les extrémités du corps perdent leur chaleur plus rapidement.

Il est également conseillé d’éviter tout contact à mains nues avec des surfaces froides, d’avoir une alimentation riche en gras et en hydrates de carbone (par exemple, pâtes, riz, pommes de terre, produits laitiers) et de boire des boissons chaudes. Toutefois, contrairement à la croyance populaire, l’alcool, la caféine et le tabac augmentent le risque de lésions dues à une exposition au froid, notamment parce qu’ils ont des effets sur la circulation sanguine. Mme Tremblay ajoute qu’il importe de prendre des pauses au chaud (dans des camions ou des abris) et à l’abri du vent, qui « permettent de maintenir l’équilibre thermique du corps, et d’ainsi prévenir les blessures ». Un tableau existe à ce sujet, dans le guide Travailler au froid! de la CNESST, établissant le nombre de pauses à prendre et les durées maximales des périodes de travail en fonction des conditions climatiques. Par exemple, à une température ensoleillée, à -26 ˚C, avec des vents de 16 km/h, pour une période de quatre heures, deux pauses de dix minutes doivent être accordées aux travailleurs, dans un endroit chauffé. La durée de chaque période de travail ne doit pas excéder 75 minutes.

L’employeur doit prendre les mesures nécessaires (organisation du travail, supervision, etc.) pour s’assurer que ses employés appliquent le régime d’alternance travail-réchauffement et les informer sur les mesures préventives qui s’offrent à eux. Aussi, pour réduire le risque d’accident par contact direct avec les surfaces froides, les poignées et les barres métalliques doivent être recouvertes d’un isolant thermique et les machines et outils doivent être conçus de manière à ce qu’ils puissent être utilisés sans que le travailleur ou la travailleuse n’ait à enlever ses gants ou ses mitaines. L’employeur doit également fournir des aides à la manutention qui réduiront la charge de travail et, de ce fait, la transpiration.

RÉGIME TRAVAIL-RÉCHAUFFEMENT POUR UNE PÉRIODE DE TRAVAIL DE 4 HEURES

Température ambiante

Vitesse du vent

Pas de vent notable

8 km/h

16 km/h

Ciel ensoleillé
˚C

Durée max. période de travail

Nombre de pauses

Durée max. période de travail

Nombre de pauses

Durée max. période de travail

Nombre de pauses

De -26 à -28

(Pauses normales)

1

(Pauses normales)

1

75 min

2

De -29 à -31

(Pauses normales)

2

75 min

2

55 min

3

De 32 à -34

75 min

2

55 min

3

40 min

4

De -35 à -37

55 min

3

40 min

4

30 min

5

De -38 à -39

40 min

4

30 min

5

Interrompre tout travail, sauf urgence

De -40 à -42

30 min

5

Interrompre tout travail, sauf urgence

 

-43 ou au-dessous

Interrompre tout travail, sauf urgence

   
Source : Saskatchewan Department of Labour, Occupational Health and Safety Division

Température ambiante

Vitesse du vent

24 km/h

32 km/h

Ciel ensoleillé
˚C

Durée max. période de travail

Nombre de pauses

Durée max. période de travail

Nombre de pauses

De -26 à -28

55 min

3

40 min

4

De -29 à -31

40 min

4

30 min

5

De 32 à -34

30 min

5

Interrompre tout travail, sauf urgence

De -35 à -37

Interrompre tout travail, sauf urgence

 

De -38 à -39

   

De -40 à -42

   

-43 ou au-dessous

   
Source : Saskatchewan Department of Labour, Occupational Health and Safety Division

L’indice de refroidissement éolien

Par ailleurs, le vent a un effet majeur sur la sensation de refroidissement ressentie par la peau, insiste Mme Tremblay, car le vent emporte avec lui la couche d’air protectrice que notre corps a réchauffée près de la peau. Cela fait baisser la température de la peau et nous fait ressentir davantage le froid. Autrement dit, le vent accélère la perte de chaleur corporelle.

L’indice de refroidissement éolien, qui est la sensation de refroidissement causée par l’effet combiné de la température et du vent, est un facteur qui donne une meilleure idée de la véritable sensation ressentie sur la peau. Par exemple, si la température extérieure est de -10 ˚C et que le refroidissement éolien est de -20, cela signifie que le travailleur ressent sur son visage le même froid que s’il était dehors à une température de -20 ˚C sans vent.

Lorsque cet indice atteint -28, la peau doit être couverte en tout temps, car elle peut geler en 10 à 30 minutes. Le risque d’hypothermie est présent dès l’atteinte de -10 lorsqu’un individu est dehors durant une longue période sans la protection adéquate. L’utilisation d’écrans bloquant le vent et la rotation de postes permettent de réduire l’exposition au vent.

DÉTERMINATION DE L’INDICE DE REFROIDISSEMENT ÉOLIEN

T air = Température de l’air en ˚C
V10 = Vitesse observée du vent à une altitude de 10 m, en km/h

T airTempérature réellement mesurée, en ˚C
50-5-10-15-20-25-30-35-40-45-50

V10

 

5 4 -2 -7 -13 -19 -24 -30 -36 -41 -47 -53 -58
10 3 -3 -9 -15 -21 -27 -33 -39 -45 -51 -57 -63
15 2 -4 -11 -17 -23 -29 -35 -41 -48 -54 -60 -66
20 1 -5 -12 -18 -24 -30 -37 -43 -49 -56 -62 -68
25 1 -6 -12 -19 -25 -32 -38 -44 -51 -57 -64 -70
30 0 -7 -13 -20 -26 -33 -39 -46 -52 -59 -65 -72
35 0 -7 -14 -20 -27 -33 -40 -47 -53 -60 -66 -73
40 -1 -7 -14 -21 -27 -34 -41 -48 -54 -61 -68 -74
45 -1 -8 -15 -21 -28 -35 -42 -48 -55 -62 -69 -75
50 -1 -8 -15 -22 -29 -35 -42 -49 -56 -63 -69 -76
55 -2 -8 -15 -22 -29 -36 -43 -50 -57 -63 -70 -77
60 -2 -9 -16 -23 -30 -36 -43 -50 -57 -64 -71 -78
65 -2 -9 -16 -23 -30 -37 -44 -51 -58 -65 -72 -79
70 -2 -9 -16 -23 -30 -37 -44 -51 -58 -65 -72 -80
75 -3 -10 -17 -24 -31 -38 -45 -52 -59 -66 -73 -80
80 -3 -10 -17 -24 -31 -38 -45 -52 -60 -67 -74 -81
Source : Site Web d’Environnement Canada

Et des chutes…

M. Gagnon évoque un risque parfois négligé lorsque l’on parle de travail au froid : le risque de chute. Il peut s’agir de chutes de travailleurs, en raison de la présence de glace au sol, pouvant causer des fractures. « C’est important pour l’employeur de fournir de l’abrasif (sel, sable), et pour le travailleur, de prendre le temps d’en mettre sur les surfaces de travail », assure M. Gagnon.

Généralement, passer un hiver agréable lorsque l’on travaille à l’extérieur exige donc de bonnes préparation et organisation du travail, de même qu’une bonne sensibilisation des travailleurs et des employeurs, conclut le conseiller.

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