Chutes de même niveau : un risque présent dans tous les milieux de travail

Chutes de même niveau

La chute d’un travailleur de sa plateforme élévatrice ou d’une toiture frappe l’imaginaire et fait parfois la manchette dans les médias. À l’inverse, la chute d’un travailleur qui a trébuché contre un objet ou glissé sur un sol mouillé n’aura pas le même effet. Pourtant, en 2017, plus de 10 000 dossiers ont été ouverts à la CNESST pour des chutes de plain-pied. C’est pour cette raison que ces chutes constituent un des risques priorisés par la CNESST dans sa planification pluriannuelle 2017-2019 en prévention-inspection ainsi qu’une préoccupation première pour de nombreux secteurs d’activité, tels que la construction, la restauration et la santé.

Lorsque l’on fait une chute de même niveau, tout de suite, on se dépêche de se relever pour qu’il n’y ait aucun témoin ! « Il se pourrait, en réalité, que ce type d’accident ne soit pas pris au sérieux, ou soit banalisé, car il n’y a pas d’élément intrinsèquement dangereux au fait de simplement marcher ou de descendre un escalier. Ce n’est pas comme travailler avec des produits chimiques ou une ligne sous haute tension, où l’on repère rapidement le danger », explique Chantal Gauvin, professionnelle scientifique à l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST).

Loin d’être banale, une chute de même niveau peut même être gravissime, comme l’illustrait la vidéo d’une campagne de sensibilisation de l’Ontario, en 2007. Dans cette vidéo inspirée d’un accident réel, une jeune femme travaillant en restauration porte une marmite et glisse sur le plancher souillé. Elle tombe à la renverse et se brûle le visage. Autre exemple, un travailleur peut se blesser avec l’outil qu’il tient en main. La chute peut évidemment se traduire par une entorse de la cheville ou une fracture du genou, mais des blessures aux poignets et aux bras peuvent aussi survenir. Si la tête est touchée, il y a risque de commotion cérébrale ou de fracture du crâne. Les chutes de même niveau représentent près de 10 % des accidents au travail au Québec ; elles peuvent impliquer aussi une période de rétablissement non négligeable pour les travailleurs touchés.

Les facteurs de risque

L’article 51 de la Loi sur la santé et la sécurité du travail énonce clairement que l’employeur doit « utiliser les méthodes et techniques visant à identifier, contrôler et éliminer les risques pouvant affecter la santé et la sécurité du travailleur », et cela inclut les risques de chute de même niveau.

Source : Shutterstock
Les sols inégaux sont une cause récurrente de chutes de plain-pied. Lorsqu’il est impossible de mettre le tout à niveau, il faut mettre en évidence l’écart à l’aide de repères visuels.
Source : Shutterstock

Pour repérer les éléments qui favorisent les chutes, une analyse des lieux de travail est nécessaire. Plusieurs facteurs sont alors mis en évidence, dont la nature du sol et la tenue des lieux. Les planchers vernis, les céramiques et le béton poli sont des matériaux plus propices à la glissade. Certains planchers de béton ont une finition rugueuse pour améliorer l’adhérence, mais avec l’usure, ils le sont moins. « Les gens peuvent aussi tomber lorsqu’ils passent d’une surface à une autre surface [...]. Ils vont penser que la résistance est la même et vont donc marcher d’un bon pas. Les personnes sensibilisées ont plus tendance à naturellement adapter leur démarche aux différentes surfaces. Être plus vigilant fait partie de la solution », ajoute Chantal Gauvin. Et même si le sol n’est pas glissant, il peut y avoir un risque de trébuchement si une irrégularité est présente dans la surface : une dalle qui dépasse, une fissure, un système d’ancrage au sol, par exemple. L’employeur doit donc s’assurer d’inspecter les lieux de travail pour détecter et corriger ces situations.

La poussière, le bran de scie, le déversement d’huile d’une machine qui fuit, du café renversé… toute substance souillant le sol est susceptible de réduire la friction entre le sol et la chaussure. Il faut nettoyer sans attendre et prendre conscience que l’opération de nettoyage peut, elle-même, entraîner une chute ! Le cordon d’alimentation de l’aspirateur peut faire trébucher. Après le passage de la vadrouille, le plancher est humide et glissant, comme doit l’indiquer un panneau de signalisation. Il faut aussi se poser la question : un seul panneau est-il suffisant pour l’espace à couvrir ? En cas de doute, il faut en ajouter ! De plus, une fois sec, le sol peut rester glissant si le produit nettoyant est mal rincé. La friction entre la chaussure et la surface de marche dépend aussi de plusieurs facteurs, tels que la démarche et la vitesse.

Parfois, c’est la condition physique, comme un boitillement ou une blessure, qui empêche un travailleur de poser fermement le pied au sol. Le facteur humain, c’est aussi lorsqu’un travailleur marche en ayant une visibilité réduite, des boîtes plein les bras, ou en poussant un chariot chargé plus haut que lui. Comment éviter la tache de graisse si on ne la voit pas ? « C’est un accident vite arrivé, qui peut arriver à n’importe qui », précise Chantal Gauvin.

Voir les taches ou les obstacles au sol est aussi une question d’éclairage et de facteurs environnementaux. Un entrepôt mal éclairé ou l’éblouissement par le coucher de soleil sur un chantier nuiront à la visibilité. Le bruit est également un facteur environnemental qui peut déconcentrer le travailleur et réduire son niveau de vigilance nécessaire à l’analyse du terrain. Enfin, pour les travaux extérieurs, la pluie, la neige, la glace et le vent compromettent l’équilibre, alors qu’une chaleur élevée peut nuire à la concentration.

Une réglementation claire

Lorsque les risques ont été ciblés et priorisés, il faut choisir les correctifs et les moyens de prévention qui seront mis en place. Il faut d’abord chercher à éliminer le risque à la source. Les articles 6, 14, 15 et 16 du Règlement sur la santé et la sécurité du travail et l’article 3.2.4 du Code de sécurité pour les travaux de construction énoncent d’ailleurs clairement que les voies d’accès et de circulation, les passages, les planchers et les postes de travail doivent être en bon état, dégagés, ne pas être encombrés d’équipement, d’outillage et de matériel. Ces articles mentionnent aussi que ces aires de circulation doivent être entretenues de façon à en maintenir la surface non glissante, et être débarrassées de la neige, de la glace et des traces d’huile ou de graisse. Les articles 6 et 3.2.4 mentionnés ci-dessus exigent également un bon éclairage des lieux. « Avoir un bon éclairage pour assurer une bonne visibilité et avoir des rampes dans les escaliers, ça aide ! explique Chantal Gauvin. L’organisation du travail est aussi une partie de la solution : faire en sorte que le travailleur ne se sente pas dans l’urgence, qu’il n’ait pas besoin de prendre des raccourcis ou encore de transporter beaucoup de matériaux dans ses bras, qui pourraient lui bloquer la vue. »

Le port de chaussures munies de semelles antidérapantes peut également être requis. « Les chaussures doivent aussi être en bon état, propres, et de la bonne taille », précise l’experte de l’IRSST. Cependant, les équipements de protection individuelle n’éliminent pas le danger. Si les chaussures ne sont pas dans un bon état, le danger est toujours présent, mais en plus, le risque de chute est augmenté ! Chantal Gauvin rappelle qu’il faut chercher à réduire le risque à un seuil minimal.

Les secteurs de la construction, de la restauration et de la santé font partie des cinq secteurs les plus touchés par les chutes de plain-pied, bien que les facteurs de risque et les mesures de prévention paraissent tellement évidents qu’il semble parfois simpliste de les rappeler. « On peut voir que les conséquences dans certains secteurs sont un peu plus marquées ! Selon le taux moyen de l’atteinte permanente à l’intégrité physique et psychique des chutes de plain-pied (soit l’APIPP, qui désigne des lésions aux effets permanents à la suite d’un accident) dans le secteur de la construction, on atteint 6,4 %, alors qu’en restauration et hébergement, ce taux est de 5,6 %, et en soin de santé et assistance sociale, de 5,1 % », relate Alexandre Boucher, professionnel scientifique à l’IRSST. Avec des milliers de chutes enregistrées chaque année à la CNESST, un survol de ces secteurs s’avère nécessaire, puisque le risque est bien réel et les conséquences, jamais banales.

Construction : les risques au chantier

Source : Shutterstock
Les chutes de plain-pied en construction sont souvent liés au trébuchement qui peut résulter de pièces en saillie comme des barres de fer ou des tiges.
Source : Shutterstock

Plusieurs situations représentent un risque de chute dans le secteur de la construction. Le sol irrégulier, boueux ou caillouteux peut déséquilibrer le travailleur et le faire tomber. L’équipement et les matériaux posés au sol sont autant d’obstacles pour trébucher. Les éclairages d’appoint pour les travaux de nuit ou à l’intérieur d’un bâtiment en construction peuvent être insuffisants pour discerner les risques de chute. « Les chutes de même niveau, c’est assez fréquent dans le secteur de la construction… Si l’on regarde les statistiques officielles de la CNESST de 2012 à 2016, elles sont à la source de 400 accidents du travail », explique Fatim Diallo, ingénieure et conseillère en prévention à la Direction générale de la prévention-inspection et du partenariat de la CNESST. L’organisation ne comptabilise que les accidents qui ont fait l’objet de l’ouverture d’un dossier.

Aujourd’hui, avec la machinerie, l’outillage et le matériel en place sur les chantiers, il est important d’assurer une bonne tenue des lieux. « Généralement, les chutes de plainpied en construction sont liées à la glissade ou au trébuchement, qui peuvent résulter de l’état du sol ou de l’encombrement par des rebuts, des matériaux ou des équipements mal entreposés, précise Fatim Diallo. Parfois, sur les chantiers, on peut trouver des pièces en saillie comme des barres de fer ou des tiges. Des câbles et des fils électriques peuvent aussi entraver les voies de circulation. » Comment assurer la bonne tenue des lieux ? En rangeant les objets qui peuvent causer de l’encombrement, en s’assurant de disposer des rebuts au fur et à mesure des opérations et en ne laissant pas des pièces de construction dépasser dans les voies de circulation ! Pour les rallonges de fils électriques et les câbles, le Code de sécurité pour les travaux de construction prévoit qu’ils doivent être suspendus à une hauteur minimale de 2,4 mètres. Lorsque cela s’avère impossible, il faut les recouvrir notamment avec des couvre-câbles afin de les protéger au niveau du plancher.

Les surfaces des chantiers de construction sont aussi un facteur de chute. « Les sols sont parfois en mauvais état, avec des trous, des bosses, des irrégularités… », confirme Fatim Diallo. Dans ces circonstances, l’éclairage et la sensibilisation viennent jouer un rôle important. Avec une bonne visibilité, il est plus facile de voir les irrégularités des sols, et un travailleur sensibilisé aura un plus haut degré de vigilance : moins de risque de chuter et de se blesser.

Source : Shutterstock
Lors des travaux de construction, les différents types de fils et de câbles ne doivent pas entraver les aires de circulation.
Source : Shutterstock

Les travaux de construction ont souvent lieu à l’extérieur, et les travailleurs doivent alors composer avec les aléas du climat. Autant par temps chaud que par temps froid, les températures extrêmes augmentent les risques de blessure au travail ! Fatim Diallo explique qu’en hiver, « les conditions météorologiques comme la neige, la pluie et la glace peuvent rendre les surfaces glissantes ». De plus, la visibilité peut être facilement réduite par l’accumulation de neige, qui peut dissimuler des obstacles ou de la glace. Cependant, par une journée d’été, il ne faut pas négliger les risques liés à une température élevée. Des chercheurs de l’Université Harvard ont récemment démontré que les vagues de chaleur affectent les capacités cognitives des travailleurs et nuisent à leur concentration. Un travailleur déconcentré a beaucoup plus de risques de chuter, puisqu’il porte moins attention à son environnement. Travailler sous une température caniculaire demande beaucoup plus d’efforts, ce qui réduit l’énergie des travailleurs et augmente les possibilités de faux pas.

Les conséquences d’une chute de même niveau, d’une glissade ou d’un trébuchement dans le milieu de la construction peuvent être sérieuses : taux d’APIPP important, réintégration des travailleurs dans le milieu de travail qui peut tarder, influencée par la capacité réduite des employeurs à utiliser l’assignation temporaire dans ce domaine. Les blessures possibles sont nombreuses, accentuées par le danger lié aux outils ou aux tâches effectuées par les travailleurs. « On va surtout voir des fractures, des entorses, des foulures, des traumatismes crâniens et des commotions cérébrales. Ce sont les blessures les plus fréquentes », énonce Fatim Diallo.

Jeu d’équilibre en restauration

Entre les chaudrons d’eau bouillante, les fours, les friteuses et les couteaux, on peut facilement oublier le risque d’un plancher glissant ou d’un objet qui obstrue une voie de circulation. En restauration, les travailleurs doivent pourtant redoubler de prudence ; dans l’aire de service comme dans la cuisine, le risque de chuter est toujours présent.

Anthony Guerra, directeur de la restauration à l’Assemblée nationale du Québec, connaît bien la problématique : « Malheureusement, ça se voit souvent en raison de la nature même de notre travail ainsi que de ses conditions. On travaille constamment avec des matières liquides, de la nourriture et des surfaces de cuisson. Rapidement, les planchers peuvent devenir glissants en raison du gras, des liquides ou de la nourriture qui peuvent tomber. » Les planchers glissants en cuisine sont aussi souvent liés aux revêtements de plancher lisses et faciles à nettoyer que l’on trouve régulièrement dans les aires de travail. Il suffit d’un peu d’eau savonneuse qui s’étend du poste de plonge pour que la surface se transforme en véritable patinoire ! Les revêtements et les souliers antidérapants existent, mais ne sont pas fiables à 100 %, et le tout doit s’accompagner d’une grande vigilance.

Source : Denis Bernier
Dans un restaurant, l’eau bouillante, les couverts brûlants et les couteaux représentent un risque additionnel en cas de chute.
Source : Denis Bernier

De l’autre côté du comptoir, dans la salle à manger, les employés font aussi face à leur propre lot de risques. « Il peut y avoir des objets, comme des sacs à main ou des sacs à dos, qui jonchent le sol. Le serveur arrive pour faire un service et, s’il a deux ou trois assiettes dans les mains, il ne voit pas nécessairement ce qui peut se trouver à ses pieds. Dans un environnement de travail où il est habitué à circuler, si l’on ajoute quelque chose d’inusuel, il pourrait y avoir un accident », explique Anthony Guerra. La rapidité du travail aux heures de pointe, les lourds plateaux, les salles encombrées, le bruit et les lumières tamisées sont des ingrédients qui forment un cocktail explosif pour les travailleurs affectés au service. De plus, contrairement aux employés de la cuisine, les serveurs et les serveuses ne doivent pas obligatoirement porter des souliers de protection antidérapants. Ils sont donc particulièrement vulnérables aux surfaces glissantes, comme un plancher souillé par des boissons ou de la nourriture renversée, ou encore par l’eau qui s’écoule des bottes des clients l’hiver. « Lorsqu’il y a un déversement sur le plancher, il faut mettre des panneaux d’avertissement, avant même de nettoyer, pour indiquer qu’il y a un danger. Souvent, les gens ont tendance à l’oublier et, le temps que l’on se retourne pour aller chercher ce qu’il faut, il est trop tard », relate Anthony Guerra. Certains restaurants recouvrent le sol de l’air de service avec du tapis antidérapant, ce qui permet de réduire le risque de glissement.

Dans le milieu de la restauration, les chutes de même niveau s’accompagnent de dangers additionnels. Si un travailleur tombe alors qu’il transporte un chaudron d’eau bouillante ou un couteau, les conséquences peuvent être dramatiques. « C’est déjà quelque chose de recevoir une assiette sur la tête, et c’est encore plus dangereux de recevoir un liquide chaud ou brûlant. La personne peut se blesser elle-même, mais également blesser quelqu’un d’autre, comme un collègue ou un client », affirme le directeur de la restauration de l’Assemblée nationale du Québec. « Il y a davantage de dangers liés aux chutes, car, contrairement aux postes de travail assis, comme ceux d’un chauffeur d’autobus, d’un comptable, d’un thérapeute, en restauration, on travaille toujours debout ! », ajoute-t-il.

Comme dans les autres secteurs, la réduction du risque de chute de même niveau passe d’abord et avant tout par la prévention et la sensibilisation, en s’appuyant sur des équipements spécialisés lorsqu’il n’y a pas de meilleure solution. Les travailleurs doivent toujours demeurer à l’affût ; l’expérience ne constitue pas à elle seule un facteur de protection, comme en témoigne Anthony Guerra, qui a lui-même échappé de justesse à une chute, tout récemment. « Je suis allé faire une brève visite en cuisine avec mes souliers de ville et, malgré le fait que j’étais prudent, car je savais que c’était glissant, j’ai perdu pied et je me suis retenu juste à temps pour, heureusement, éviter la chute », raconte-t-il. Le directeur de la restauration rappelle que la prudence doit s’exercer au quotidien, à tout instant.

La santé : un secteur vulnérable aux chutes

Dans un établissement de soins de santé, le plancher peut être souillé par de nombreuses sources, telles que des liquides biologiques, de la nourriture, la fuite d’un distributeur de savon ou d’une fontaine d’eau. Dans cet environnement, les interventions des professionnels de la santé s’effectuent avec rapidité, d’un patient à l’autre, pendant de longs quarts de travail. À première vue, il peut sembler ironique de se blesser dans un établissement prodiguant des soins, mais il s’agit pourtant d’une réalité, et les chutes de plain-pied possèdent leur part de responsabilité sur ce plan.

Source : Shutterstock Source : Shutterstock

Source : Shutterstock

Dans le secteur de la restauration, les chutes de même niveau s’accompagnent de risques additionnels.

« La chute de plain-pied est la troisième cause d’accident en fréquence dans le réseau de la santé. Ce sont souvent des accidents plus graves que les autres lorsque l’on mesure l’indice de gravité », affirme d’emblée Louise Bélanger, conseillère à l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur affaires sociales (ASSTSAS). Dotée d’une expertise liée à l’étude de la problématique, elle souhaite mettre l’accent sur la prévention et la sensibilisation dans les milieux de travail. « Ce sont des accidents occasionnant des lésions qui peuvent être graves, mais souvent les moyens de prévention sont faciles. Ce sont rarement des mesures qui nécessitent de gros investissements », explique-t-elle.

Dans le secteur de la santé, les principaux facteurs de chute ressemblent à ceux de la restauration ou de la construction : les surfaces glissantes et l’encombrement. Cependant, l’origine de certains risques est très particulière au milieu. « Ce qui est dangereux, ce sont les contaminants au sol que l’on ne voit pas à l’oeil nu. Dans les laboratoires de pathologie, par exemple, ils vont utiliser de la paraffine pour fixer des pièces anatomiques. Les technologues vont trancher de fines lamelles de paraffine pour observer les spécimens au microscope. Des résidus tombent un peu partout et le plancher devient très glissant », mentionne l’experte de l’ASSTSAS. Bien sûr, toute autre matière grasse ou liquide demeure un risque lorsqu’elle se retrouve dans une aire de circulation, même si elle est visible.

Source : Tayaout-Nicolas
L’encombrement ou les dégâts dans les corridors des hôpitaux représentent un risque sérieux pour les travailleurs qui y circulent.
Source : Tayaout-Nicolas

L’encombrement dans le milieu de la santé, deuxième grand facteur de chute, est souvent constaté directement dans l’aire de travail : « c’est tout l’appareillage autour du lit du patient ; il y a beaucoup de câbles, de fils et de tubulures, où les employés travaillent », explique Louise Bélanger. Pour les patients de longue durée, il y a aussi les objets personnels qui peuvent s’amasser et encombrer la chambre lorsqu’elle se transforme en milieu de vie. Même les tapis qui visent à amortir les chutes au cas où un patient tomberait de son lit peuvent devenir une source de trébuchement, surtout dans les contextes où il y a peu de lumière, durant les quarts de travail de nuit, par exemple.

Comme dans les autres secteurs professionnels, les solutions pour prévenir les chutes de même niveau sont à la fois simples et cruciales. Impérativement, tous les dégâts qui peuvent rendre le sol glissant doivent être nettoyés rapidement et de la bonne manière. « Le nettoyage doit correspondre au type de contaminant qui se retrouve sur le sol. Par exemple, il faut utiliser un dégraissant pour les graisses et un autre produit approprié pour la paraffine », résume Louise Bélanger. Le service d’hygiène et de salubrité est donc au coeur de la prévention. Il doit être prêt à agir rapidement lors d’un déversement accidentel ou lors de l’apparition d’un nouveau risque. Le personnel a aussi son propre rôle à jouer dans la prévention des chutes en « corrigeant quand c’est simple de le faire, mais aussi en le déclarant lorsque l’on constate un risque », rappelle la conseillère de l’ASSTSAS. Pour éviter l’encombrement, en plus des méthodes qui s’apparentent à celles des autres secteurs, il est important d’avoir des endroits désignés pour les équipements médicaux et les autres objets qui seront utilisés durant les tâches quotidiennes. Il est aussi possible de désigner des endroits de circulation, qui doivent être en tout temps libres d’obstacles.

Source : ASSTSAS
Certains hôpitaux ont fait l’acquisition de cônes-séchoirs, qui permettent de sécher une surface tout en signalant le danger.
Source : ASSTSAS

Cas particulier au secteur de la santé, les travailleurs en soins à domicile doivent redoubler de prudence, surtout l’hiver. « Ils dépendent de l’entretien que les patients font de leur entrée », précise Louise Bélanger. Les patients à domicile ont rarement l’énergie pour déneiger et déglacer leurs entrées respectives, et si personne ne s’en occupe, cela peut représenter un risque pour les travailleurs. Pour se préparer à ces situations, ceux-ci peuvent se munir de crampons. De plus, de la sensibilisation peut être faite auprès de la famille des patients pour que quelqu’un soit affecté à l’entretien des lieux.

Au Québec, en réponse à des chutes de plain-pied qui ont, dans certains cas, occasionné des blessures graves allant jusqu’à la mort, le secteur de la santé a mis les bouchées doubles pour s’attaquer au problème. « Il y a vraiment un ‘‘blitz’’ en ce moment pour que les établissements de santé contrôlent ce risque. À l’ASSTSAS, nous nous sommes assurés que les établissements aient en main tout ce qu’il faut pour faire un bon diagnostic de leurs problèmes et pour qu’ils puissent mettre en place les mesures préventives appropriées », conclut Louise Bélanger.

Hiver et glace : trouver chaussure à son pied

Source : Shutterstock
Source : Shutterstock

Des chercheurs de l’Institut de réadaptation de Toronto explorent chaque année, au moyen de la chambre climatique WinterLab, l’adhérence sur la glace des bottes des marques les plus populaires. Leur laboratoire consiste en une salle au sol glacé qui peut pivoter pour changer d’inclinaison et simuler des vents allant jusqu’à 30 km/h. Pour leurs expériences, les scientifiques ont entrepris de faire marcher des volontaires dans le WinterLab. Ceux-ci sont retenus par une corde et un harnais, pour éviter les risques de blessure, et se déplacent avec les différentes bottes sur la surface glacée, selon des angles d’inclinaison variables. Au final, une note est attribuée à chaque produit selon l’angle atteint et le maintien de l’adhérence durant l’exercice. Le constat est troublant : 90 % des bottes testées reçoivent une note d’adhérence minimale, en deçà des besoins réels pour faire face à l’hiver québécois en toute sécurité. Les chercheurs espèrent que ces résultats permet-tront aux entreprises de fabrication de bottes d’améliorer leurs produits et aux consommateurs de mieux choisir leur équipement hivernal. Les résultats de ces tests peuvent être consultés sur leur site au ratemytreads.com.


Le Centre de documentation vous recommande