Équilibrer le risque entre ciel et terre

Accrochés par quelques cordes à une hauteur vertigineuse, ils doivent prendre les précautions nécessaires pour éviter les électrocutions, les ondes radioélectriques, les chutes d’objets et les dangers liés au climat. Pour les travailleurs affectés aux structures de télécommunication et de transport d’énergie (électricité), le métier est risqué, mais en suivant les formations adéquates et en utilisant les bons équipements, ils ont tout le nécessaire en place pour effectuer des montées sécuritaires.

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Les monteurs de tours ne doivent pas avoir le vertige : certaines structures peuvent atteindre plus de 600 mètres de hauteur !
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Les travailleurs affectés à l’inspection et à l’entretien de ces tours sont confrontés à toutes sortes de situations qui pourraient provoquer des blessures. Ils développent ainsi des techniques sécuritaires et utilisent les équipements nécessaires pour y faire face. Les chutes sont le facteur de risque le plus important, mais ce n’est pourtant pas le plus préoccupant pour tous ces professionnels. « Les risques ne proviennent pas juste des chutes, ça peut être le froid, la chaleur, la fatigue… On travaille parfois pendant seize, ou même dix-huit heures, à plusieurs centaines de pieds en hauteur. Je passais mes journées dans des tours d’une hauteur allant entre 1 000 et 2 000 pieds », explique Craig Mclellan, directeur d’opération et instructeur pour le centre de formation Nouvelle Hauteur. Avant d’être employé par l’entreprise de formation sur le travail en hauteur, il se retrouvait régulièrement entre ciel et terre, accroché à la structure métallique des tours qu’il entretenait. « J’ai commencé en 2001 et il y a eu de gros changements depuis. Les employeurs sont plus vigilants. Avant, c’était parfois problématique. L’équipement a beaucoup changé et les différents milieux n’ont pas le choix de s’y adapter », précise-t-il.

Une progression en santé et sécurité

Au fil des ans, le métier s’est sécurisé. Bien qu’il s’agisse encore d’un emploi qui comporte plusieurs risques, une sensibilisation collective des travailleurs et des employeurs, des formations et des équipements plus sécuritaires ont contribué à faire évoluer la situation. Des améliorations importantes dans l’évolution de l’équipement de protection contre les chutes et dans la conception des tours ont été réalisées depuis quelques années. Le nombre d’ancrages verticaux a été augmenté, et ces derniers sont mieux adaptés aux ascensions et aux descentes des travailleurs. « Ça prend beaucoup plus de temps, mais en cas de chute, la hauteur est grandement diminuée. Ça évite aussi le mouvement de balancier, qui fait qu’on vient se heurter contre la structure, ce qui peut causer des blessures assez graves », explique Alexandre Savard, inspecteur de tours de télécommunication pour l’entreprise Pinargon, et qui travaille dans le domaine depuis bientôt vingt ans. Les harnais ont aussi évolué, pour être plus sécuritaires et confortables, en s’adaptant à la réalité de ces travailleurs. « Ce sont des harnais qui ont plusieurs anneaux de protection, pour offrir de meilleures options de positionnement et pour permettre les opérations de sauvetage. Ils sont mieux conçus (en incluant des protecteurs et des rembourrages) pour des suspensions et des positionnements prolongés en hauteur », décrit Louis Verville, ingénieur et expert en protection contre les chutes pour la CNESST. L’utilisation des nouvelles pièces d’équipement de protection contre les chutes et de sauvetage plus performantes nécessite toutefois une formation plus approfondie et technique, de manière à utiliser le tout d’une manière efficace et sécuritaire. « La formation théorique doit être accompagnée d’un volet pratique qui vérifie les acquis, car en situation de chute ou de sauvetage, des vies sont en jeu », précise Louis Verville.

La formation avant tout

Pour Craig Mclellan, la clé du succès pour la sécurité des travailleurs dans le domaine passe par de bonnes formations, comme celles offertes par son entreprise Nouvelle Hauteur. La formation des travailleurs doit toutefois se faire en continu, car les protocoles de sécurité et les innovations techniques modifient régulièrement plusieurs aspects du travail quotidien, en plus de le rendre plus sécuritaire. L’instructeur est d’avis que les monteurs de tours doivent aussi suivre une formation de sauvetage en hauteur, pour pouvoir survivre et s’évacuer de façon sécuritaire ou venir en aide à leurs collègues en cas d’incident. « Où est l’ambulance ? Elle n’est certainement pas à 1 500 pieds dans les airs, il faut ramener le travailleur au sol. L’ambulance ne monte pas, les ambulanciers attendent en bas, même si tu saignes, même si tu as perdu un bras, même si tu t’es fendu la tête. Il faut donc avant tout que tu ramènes le travailleur sur la terre ferme. »

Suivre une formation adéquate est un bon départ, mais Louis Verville rappelle qu’il faut aussi s’assurer de mettre régulièrement ses connaissances à jour : « Ça prend des rafraîchissements, les acquis de la formation doivent être régulièrement testés et on doit rester à l’affût des changements. Il faut s’exercer au moins tous les six mois. » Inspiré par la dernière compétition provinciale de sauvetage minier à laquelle il a assisté, Craig Mclellan pense qu’une compétition du même type, mais adaptée au sauvetage en hauteur, serait un apport très considérable dans la formation des travailleurs du milieu.

Éliminer le facteur humain?

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Un moyen efficace pour éliminer le risque est souvent d’éloigner le travailleur de la tâche qui comporte un danger, en innovant avec de nouvelles manières de fonctionner. Certaines entreprises utilisent donc peu à peu des drones pour analyser les structures. Il s’agit d’une technologie qui élimine le danger, mais qui a toutefois bien des limites : « C’est un projet en développement. Actuellement, les drones ne sont pas encore assez performants pour qu’on puisse bien les utiliser. À partir du moment où l’on dépasse la cime des arbres, on est confronté à des vents latéraux de 30 à 70 km/h, et il n’y a pas beaucoup de drones qui peuvent résister à ça. Les drones doivent être stables et dotés d’une bonne caméra pour visualiser les petits éléments comme les étiquettes et les boulons et ils ne sont pas encore assez performants pour ça. Cette technologie ne pourra jamais remplacer un ouvrier qui fait des modifications à la tour », résume Alexandre Savard. Le perfectionnement des drones permettra donc ultérieurement d’éviter d’envoyer des travailleurs sur les structures en hauteur dans certaines circonstances, mais ces engins ne remplaceront pas les travailleurs en ce qui concerne l’entretien et le travail de précision, à tout le moins pas dans un futur proche. Pour des structures de moindre hauteur, certaines organisations et entreprises ont opté pour un mécanisme qui permet de descendre les tours au sol plutôt que d’envoyer un travailleur grimper dans celles-ci, comme l’a fait le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, lauréat Or lors de la remise des Grands Prix santé et sécurité du travail de la CNESST. L’organisme public s’est doté de 14 mâts basculants, qui assurent l’accès aux stations météorologiques à partir du sol. Auparavant, les travailleurs y accédaient en grimpant. Par la formation et des équipements, de telles initiatives permettent donc peu à peu de sécuriser ce métier qui, pendant un certain temps, a été considéré comme le plus dangereux en Amérique par l’Occupational Safety and Health Administration, l’organisme gouvernemental de santé et sécurité au travail aux États-Unis.