Peinture dans les ateliers de carrosserie automobile : des risques d’incendie à ne pas sous-estimer!

La pulvérisation de peinture dans les ateliers de carrosserie automobile présente des risques pour la santé. Les produits utilisés pour cet usage contiennent en général des isocyanates. En effet, ceux-ci irritent la peau et les yeux et sont dommageables pour les voies respiratoires et les poumons des travailleurs non protégés.

Ils peuvent également causer de l’asthme professionnel et des allergies cutanées. Les produits, souvent dilués avec des solvants inflammables ou combustibles, présentent des risques d’incendie, plus méconnus. Voici donc les mesures qui peuvent diminuer les risques d’incendie ou d’explosion au moment de l’application par pulvérisation de peintures, d’apprêts et de revêtements de finition inflammables ou combustibles.

Source : Via Prévention
La pulvérisation de peinture dans les ateliers de carrosserie automobile présente des risques pour la santé, mais aussi des risques d’incendie, plus méconnus.
Source : Via Prévention

Depuis quelques années, en raison notamment des normes environnementales, la couche de base de peinture (la couleur), qui contenait autrefois beaucoup de solvants inflammables, a été graduellement remplacée par de la peinture à base d’eau beaucoup moins nocive pour l’environnement et moins dangereuse en termes de risques d’incendie. Mais, malgré les normes environnementales, la plupart des produits appliqués avant et après cette couche de base contient souvent des solvants inflammables. Mohamad-Ali Daoui, chimiste et conseiller expert en prévention-inspection de la CNESST, explique d’où vient le risque d’incendie : « Lorsque les produits combustibles ou inflammables sont pulvérisés, la limite inférieure d’explosivité (LIE) peut être atteinte. La LIE, c’est la concentration minimale d’un produit dans l’air à partir de laquelle il peut se former un mélange inflammable ou explosif en présence d’une source d’ignition. Lorsque la LIE est atteinte, une seule étincelle est suffisante pour provoquer une déflagration. Il faut s’assurer que les concentrations de vapeurs et de brouillards inflammables ne dépassent pas 25 % de la LIE, pour respecter la réglementation. »

Des mesures appropriées

Adopter certaines mesures peut diminuer ces risques d’incendie ou d’explosion. « Il faut préparer uniquement les quantités de peinture nécessaires au travail à exécuter. L’entreposage des contenants de peinture fermés hermétiquement doit se faire de façon sécuritaire dans l’atelier. Le recours à une firme spécialisée pour l’installation d’une chambre ou d’une cabine de pulvérisation répondant aux normes est nécessaire. Et les appareils électriques doivent être adaptés à cet environnement », résume Benoit Gauthier, propriétaire de Carrossier ProColor McMasterville.

Des aires d’application et des cabines

La norme sur la pulvérisation de matières inflammables ou combustibles, NFPA-33, précise que la pulvérisation d’un produit inflammable ou combustible doit se faire dans un lieu spécialement aménagé à cette fin, comme une cabine de pulvérisation ou une chambre de pulvérisation ou, à certaines conditions, dans une aire d’application à rideaux. « Il existe deux types de cabines de pulvérisation : à ventilation horizontale et à ventilation verticale. Celle à ventilation horizontale fait entrer l’air de l’atelier par la porte arrière et la fait ressortir par l’avant pour l’évacuer à l’extérieur. Donc, le risque d’incendie demeure, s’il y a par exemple un déversement important de produits inflammables dans l’atelier. Dans la cabine à ventilation verticale, l’air neuf provenant de l’extérieur entre par le plafond ; l’air vicié est ensuite évacué par le plancher et envoyé à l’extérieur », explique Michel Gagnon, conseiller en hygiène industrielle chez Auto Prévention. « On observe que les cabines à ventilation horizontale sont graduellement remplacées par des cabines à ventilation verticale qui sont plus coûteuses, mais plus efficaces et plus sûres », ajoute M. Gagnon. Une ventilation efficace est ainsi assurée par l’évacuation de contaminants dangereux pour la santé et la sécurité.

Avant de pulvériser la peinture, on applique des apprêts contenant des solvants inflammables et des isocyanates qui aident à faire adhérer la peinture sur la carrosserie. Cette étape se fait souvent dans une aire d’application à rideaux plutôt que dans la cabine de pulvérisation pour éviter de déplacer le véhicule sur lequel on travaille. Les aires d’application à rideaux (enceinte de captation entourée de rideaux ou de parois faits de matériaux non combustibles ou à combustibilité limitée) sont de plus en plus présentes dans les ateliers de carrosserie et sont conçues à cette fin. Elles empêchent la dispersion de vapeur et de brouillard dans le reste de l’atelier. Elles doivent également comprendre un système de ventilation procurant un apport d’air frais et une évacuation extérieure.

Électricité en emplacement

Tous les appareils électriques utilisés dans les cabines, les chambres de pulvérisation et dans les aires d’application à rideaux ventilées doivent être approuvés pour les emplacements dangereux. Leur conception et leur installation contribuent à empêcher qu’un arc électrique puisse enflammer une atmosphère à sa LIE. « Seulement de l’appareillage électrique approuvé en fonction de l’emplacement peut être utilisé, précise Éric Deschênes, ingénieur et conseiller expert en électricité à la CNESST. Et les appareils électriques usuels, comme les ordinateurs, les récepteurs radio, les lampes portatives, les polisseuses et les ventilateurs sont interdits dans les lieux dangereux. En effet, ils peuvent produire des étincelles. »

Vous aimeriez savoir si votre atelier de carrosserie est aménagé de façon sécuritaire?

Consultez gratuitement le Guide d’évaluation des ateliers de carrosseries sur le site Web de la CNESST.

Pour plus d’informations sur les substances qui composent votre produit et qui sont énumérées dans vos fiches de données de sécurité, veuillez consulter le Répertoire toxicologique de la CNESST.

Un système de gicleurs doit être installé dans tout l’atelier de carrosserie automobile, particulièrement dans la cabine de pulvérisation y compris à l’intérieur des conduits de ventilation vers l’extérieur et dans la chambre de mélange. De plus, une installation électrique antidéflagrante doit également être installée dans certains emplacements dangereux. « Selon l’article 52 du Règlement sur la santé et la sécurité du travail, une continuité des masses doit être établie entre tout équipement ou toute machine métallique et relié à une prise de terre pour empêcher l’accumulation d’électricité statique en la redirigeant au sol. »

Bien entreposer les produits

Pour minimiser les risques d’incendie, les produits qui ne sont pas utilisés doivent être rangés dans un local d’entreposage, qui peut également être le local de préparation de peinture, ou encore dans une armoire conçue à cette fin. L’entreposage des produits dangereux doit, entre autres, considérer leur incompatibilité et les activités à proximité. Chaque armoire devrait être identifiée en fonction des classes de dangers des produits qui s’y trouvent. Les produits dangereux doivent aussi être étiquetés conformément au Système d’information sur les matières dangereuses utilisées au travail (SIMDUT 2015). « Tout le personnel doit avoir facilement accès aux fiches de données de sécurité, explique M. Gagnon. De plus, les travailleurs et les gestionnaires doivent être formés sur le SIMDUT et, d’une manière plus spécifique, sur les dangers des produits utilisés et sur les mesures de prévention à appliquer. »

Entretien et nettoyage

Les résidus de matière pulvérisée peuvent prendre feu facilement. L’entretien de l’aire de pulvérisation et des conduits du système de ventilation est donc essentiel pour prévenir les incendies. Les filtres du système de ventilation doivent toujours être en place et sont installés pour diminuer les quantités de brouillards qui pénètrent dans les conduits et qui y sèchent, laissant ainsi des dépôts combustibles. Avec le temps, ils peuvent se colmater, ce qui empêche l’air de circuler et augmente la quantité de brouillards de peinture dans la pièce. Ils doivent donc être remplacés périodiquement. Les filtres déchirés laissent passer les matières pulvérisées, lesquelles se déposent dans les conduits, ce qui augmente le risque d’incendie. Tous les composants du système de ventilation doivent être nettoyés périodiquement. Selon Mohamad-Ali Daoui, « il faut avant tout se référer au manuel du fabricant pour avoir plus d’informations sur le remplacement des filtres de la cabine de peinture. Il ne faut pas juste remplacer le filtre, il faut aussi nettoyer la poussière qui s’est accumulée autour de ce filtre. Selon la situation, il faut se protéger avec les bons équipements de protection individuelle pour ne pas être exposé aux poussières lors du nettoyage. »

Finalement, les lieux doivent être maintenus propres. Les restants de peinture, les guenilles, les filtres et les autres rebuts devraient être jetés dans des poubelles métalliques munies d’un couvercle qui se referme par gravité, conçues pour les ateliers de carrosserie automobile. Les filtres pour cabines de pulvérisation dans lesquelles on utilise des produits combustibles ou inflammables peuvent prendre feu. Ce phénomène de combustion spontanée survient lorsque plusieurs filtres sont empilés dans des poubelles ouvertes. On vide les poubelles au besoin (au moins chaque soir) dans un plus gros contenant fermé, avant que celui-ci soit pris en charge par une firme environnementale de récupération des produits dangereux.

Les étapes

Mohamad-Ali Daoui, chimiste, et Jean Lapointe, architecte, tous deux conseillers experts en prévention-inspection pour la CNESST, ont analysé les risques d’incendie lors de la pulvérisation d’une peinture à base d’eau. « Le processus de peinture dans un atelier de carrosserie automobile comporte treize étapes, selon le Guide de la restauration personnalisée de PPG. On a étudié les produits utilisés à chaque étape et on a regardé leurs points d’éclair respectifs, soit la température la plus basse à laquelle un produit dégage assez de vapeurs pour former avec l’air un mélange inflammable au contact d’une flamme ou d’une étincelle. L’étape 11, l’application de la couche de couleur à l’eau, implique un produit ayant un point d’éclair très élevé, il y a donc un faible risque d’incendie. Mais attention, dans la majorité des cas, les autres étapes, de la préparation à la finition, requièrent l’utilisation de liquides inflammables ou combustibles, et présentent donc des risques d’incendie beaucoup plus élevés. Ce n’est pas parce qu’un produit est moins nocif pour l’environnement qu’il n’y a pas de risques d’incendie », insiste M. Lapointe.

Les étapes de la peinture dans un atelier de carrosserie automobile :

  1. Nettoyage et décapage de la vieille peinture.
  2. Nettoyage et protection contre la corrosion.
  3. Application d’un apprêt anticorrosion.
  4. Travaux de tôlerie après application d’un époxy.
  5. Protection contre la corrosion du métal nu exposé.
  6. Application d’un apprêt de garnissage.
  7. Ponçage au bloc.
  8. Application d’un apprêt surfaçant.
  9. Ponçage final.
  10. Produits de scellement.
  11. Application d’une couche de couleur.
  12. Application d’un vernis incolore.
  13. Ponçage, polissage et finition
  14. Application d’un vernis incolore.
  15. Polissage et finition.

La plupart du temps, seules les étapes 4 à 13 sont effectuées et précédées d’un nettoyage. L’étape 6 est également facultative. Selon l’analyse effectuée sur une gamme de produits, 7 des 13 étapes consistent en une pulvérisation de liquides inflammables. De plus, à une étape, un des produits à appliquer au chiffon est un liquide inflammable et à une autre étape, le produit applicable à la spatule est aussi un liquide inflammable. L’étape 12 comporte plusieurs couches, ce qui implique une continuité du risque d’incendie.


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