L'utilisation des scies à moteur : quand les bonnes pratiques font toute la différence

Photo scie à moteur
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Une grande variété de scies à moteur sont utilisées dans plusieurs industries. Tandis que certaines sont conçues pour des usages spécialisés, d’autres sont très polyvalentes. Toutes les scies ont néanmoins un point en commun : elles sont dangereuses. En fait, elles comptent parmi les outils qui occasionnent le plus d’accidents. L’adoption de bonnes pratiques est donc une condition sine qua non d’une utilisation sécuritaire.

De la scie à béton à la scie à chaîne, en passant par la scie circulaire, la scie à onglet et la scie de boucher, les scies à moteur sont utilisées dans plusieurs secteurs d’activité. Leur usage est largement répandu dans certaines industries, comme la construction, l’ébénisterie, l’élagage et l’abattage en forêt. Mais ces outils sont aussi utilisés par les cols bleus, qui s’en servent notamment lors de travaux routiers, ou par les bouchers qui doivent émincer de la viande. On s’en sert également dans les usines, où ce sont généralement des outils d’appoint.

Scie ronde
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Une source de danger bien réelle

Rares sont les travailleurs qui utilisent une scie pendant toute la journée. En général, ils en font plutôt un usage occasionnel. Et c’est souvent là que le bât blesse : « Les travailleurs qui utilisent une scie pour quelques minutes ont le plus d’accidents », indique Sèdoté Ghislain Hounkpe, conseiller-expert en prévention-inspection à la CNESST. « En usine, par exemple, ils auront besoin de scier quelque chose dans le cadre de leur travail. Et comme ils se disent que ce sera vite fait, ils négligent de mettre leur équipement de protection individuelle ou de changer la lame pour qu’elle soit adaptée au matériau qu’ils ont à couper. Ce type de comportement peut mener à des accidents très graves, voire mortels. »

En 2018, selon les données de la CNESST, plus de 400 accidents de travail étaient attribuables aux scies à moteur. Les scies circulaires sont celles qui occasionnent le plus de blessures, suivies des scies à chaîne. Et dans la grande majorité des cas, les accidents découlent d’une mauvaise utilisation de l’outil ou de l’absence de protection individuelle.

Avec certaines scies, le rebond est également un risque à ne pas négliger. Plusieurs éléments peuvent le causer, dont un entretien déficient (lame mal affûtée), une mauvaise position de travail ou l’utilisation d’une lame non adéquate.

Menotty Armando Urquilla, inspecteur et expert en arboriculture à la CNESST, nous explique : « Le travailleur, par exemple, utilisera sa scie à chaîne d’une seule main en tenant une branche de l’autre, ou encore il travaillera avec son outil au-dessus des épaules ou avec une scie mal entretenue (mal affûtée par exemple). Tous ces éléments augmentent les risques de rebond et d’accident. »

Charles Blais, conseiller en prévention à l’ASP Construction, abonde dans le même sens : « Sur les chantiers, on voit très souvent des travailleurs qui utilisent une scie pour un usage non recommandé par le fabricant. Par exemple, la scie à chaîne, conçue pour couper des arbres, ne devrait pas être utilisée sur les chantiers de construction. Or, les travailleurs coupent toute sorte de matériaux avec ça, et pas que du bois. »

De bonnes pratiques à privilégier

La formation est essentielle pour apprendre aux travailleurs les bonnes pratiques. Selon la Loi sur la santé et la sécurité du travail, l’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et assurer la sécurité et l’intégrité physique du travailleur, notamment en l’informant adéquatement des risques liés à son travail et en lui assurant la formation, l’entraînement et la supervision appropriés pour qu’il ait l’habileté et les connaissances requises pour accomplir de façon sécuritaire le travail qui lui est confié.

À cet égard, les spécialistes s’entendent pour dire que le manuel d’utilisation de la scie, qui précise clairement le type de scie à utiliser avec les différents matériaux, constitue une source d’information permettant de limiter considérablement les risques. Il s’agit également d’une bonne ressource pour aider les employeurs à produire des fiches d’information et des affiches de sensibilisation.

Il importe aussi de porter toutes les pièces d'équipement de protection individuelle appropriées, soit des bouchons ou des coquilles auditives, des lunettes de protection et un masque pour la poussière. Dans le cas de la tronçonneuse, il faut porter des jambières ou des pantalons de sécurité, un casque muni d’un écran facial, des lunettes de protection, des gants avec manchettes et des bottes de sécurité, et s’assurer de travailler à l’extérieur en raison des émanations de monoxyde de carbone.

« Lorsque les travailleurs sont bien formés, ils comprennent d’où les dangers peuvent survenir. Ils sont alors beaucoup plus enclins à se protéger adéquatement et à prévenir leur employeur en cas de risque, car ils savent que c’est pour leur sécurité », conclut Sèdoté Ghislain Hounkpe.

Les étapes d'une bonne planification du travail

  • Choisir la scie appropriée en fonction du matériau à couper, car si certaines, comme la scie à ruban ou la scie à chantourner, qui permettent de travailler sur du bois et des métaux, sont très polyvalentes, d’autres, comme la scie à béton et la tronçonneuse, sont plus spécialisées.
  • Inspecter la scie pour s’assurer que tous ses composants (lame, protège-lame, poignée, manette, dispositif d’aspiration à la source le cas échéant) sont en parfait état.
  • Sélectionner la lame requise en fonction du matériau à couper, selon la recommandation du fabricant, et s’assurer qu’elle est bien effilée.
  • Désencombrer le poste de travail et s’assurer qu’il est propre.
  • Mettre en place un périmètre de sécurité pour s’assurer que personne ne se trouvera dans la zone de coupe.
  • Aménager un appui stable pour travailler, comme des tréteaux ou tout autre dispositif permettant de soutenir le matériau à couper, et tenir la scie à deux mains.
  • Inspecter le matériau à couper pour s’assurer qu’il est exempt d’éléments pouvant abîmer la lame et provoquer des éclats (clous, vis, etc.).
 

Pour en savoir plus :

apsam.com/theme/risques-la-securite-ou-mecaniques/machines/scies

cnesst.gouv.qc.ca/publications/200/pages/dc_200_633_2.aspx

cnesst.gouv.qc.ca/publications/300/pages/dc_300_434.aspx