Portrait des accidents mortels

Entre juin et octobre 2019, près d’une trentaine d’accidents mortels ont eu lieu au Québec. Des données peu rassurantes qui poussent la CNESST à lancer un appel à la vigilance pour amener les travailleurs et les employeurs à prendre quelques minutes afin de réfléchir sur la santé et la sécurité du travail (SST). « Plus on va parler de SST dans les milieux de travail, plus on va éliminer les dangers », assure Pierre Privé, coordonnateur aux enquêtes à la CNESST.

« De la mi-juin au début du mois d’octobre, on a connu une concentration du nombre de décès, explique Pierre Privé. Sans pouvoir parler d’une augmentation du nombre d’accidents, on constate qu’en quatre mois, on se rapproche de ce qu’on a eu en une année, en 2019. » Pour comprendre les circonstances qui entourent ces accidents graves ou mortels en sol québécois, faisons tout d’abord un résumé succinct de chacun des accidents survenus depuis la mi-août 2019 en nous basant sur les rapports d’enquête rédigés ou en cours de rédaction à la CNESST.

Le 16 août, à Montréal, un électricien meurt électrocuté en effectuant des travaux à l’intérieur d’un établissement

Le 22 août, une seconde électrocution survient dans la municipalité de Wentworth, dans les Laurentides. Sur un chantier routier, un courant électrique d’une ligne haute tension entre en contact avec une benne basculante, qui touche une niveleuse. Un manœuvre au sol décède lorsqu’il effleure la niveleuse.

Le 25 août, en Mauricie, un travailleur décède lorsqu’il est entraîné par le mécanisme de vidange d’une boîte d’ensilage.

Le 1er septembre, un travailleur qui conduit un tracteur à gazon doit traverser une route pour aller de l’autre côté du club de golf Mont-Cascades, en Outaouais. Au moment où il s’engage sur la route en question, une collision entre le tracteur et une moto survient et cause la mort du motocycliste. Quant au conducteur du tracteur à gazon, il décède à la suite de l’accident.

Le 6 septembre, au Saguenay–Lac-SaintJean, un travailleur est écrasé mortellement. Lors de travaux d’application d’une membrane liquide sur un panneau de béton de plus de 2 200 kg, un support latéral est retiré, faisant basculer le panneau et écrasant mortellement le travailleur.

Le 16 septembre, en Mauricie, un conducteur de chariot de manutention s’apprête à placer une feuille de contre-plaqué à l’extérieur de son poste de conduite. À ce moment, une poche de matériel de 1 000 kg en équilibre précaire tombe d’une hauteur de 3 m et écrase le conducteur.

Le 22 septembre, un accident, qui sera très médiatisé, survient dans la région de la Côte-Nord. Deux travailleurs effectuent des travaux dans un tunnel au sous-sol du département des épaississeurs d’une mine lorsqu’ils sont emportés par un fort débit d’eau. Un des travailleurs décède.

Le 3 octobre, au Saguenay–Lac-SaintJean, un camion est immobilisé en bordure d’un boulevard menant à un chantier. Un employé se déplace pour discuter avec le conducteur du camion. À ce moment, un automobiliste frappe mortellement l’employé qui se trouvait sur la voie de circulation.

Le 4 octobre, en Mauricie, lors de la récolte des canneberges, trois personnes effectuent un tournage. Une travailleuse se penche au-dessus de l’arbre de transmission situé entre le tracteur agricole et la machine servant à la récolte des canneberges. Le foulard de l’employée se prend dans l’arbre de transmission du tracteur et son corps y est entraîné, causant sa mort.

Le 5 octobre, toujours en Mauricie, deux employés travaillent de nuit pour effectuer des tâches liées à l’assainissement des canalisations afin de nettoyer des lignes de production à l’aide d’une pompe à haute vélocité. Lors du démarrage de cette dernière, un des travailleurs est électrocuté sous une tension de 600 volts. L’autre employé est électrisé.

Le 6 octobre, en Estrie cette fois, un travailleur, responsable de vider dans les silos le contenu des voitures d’ensilage conçues pour conserver les produits agricoles, est entraîné mortellement par l’arbre de transmission du tracteur.

Le 7 octobre, en Mauricie, un travailleur agricole transporte des mauvaises herbes provenant des champs de canneberges à l’aide d’un tracteur et d’une remorque attelée. Lors d’une manœuvre, le travailleur se retrouve coincé sous le tracteur, après que ce dernier s’est renversé dans un fossé d’irrigation, et décède.

Le 8 octobre 2019, à Saint-Jean-surRichelieu, un signaleur est écrasé lors d’une manœuvre de recul impliquant un camion à benne basculante.

Planification des travaux

« Bien que les employeurs aient l’obligation de prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et assurer la sécurité et l’intégrité physique de leurs travailleurs, il n’en demeure pas moins que la SST est une responsabilité partagée », affirme Pierre Privé. Par exemple, dès qu’un travailleur est témoin d’une situation dangereuse, il doit en faire part immédiatement à son employeur afin que des mesures soient prises pour éliminer le danger. La communication entre les travailleurs et les employeurs est incontournable pour rendre les milieux de travail sécuritaires. Les discussions sur la SST entre employeurs et travailleurs devraient débuter avant que les travaux ne commencent de manière à pouvoir les planifier de manière sécuritaire. « Tout se joue dans la planification. Si tu ne planifies pas, tu commences à improviser. Et c’est à ce moment que les dangers font leur apparition », souligne Pierre Privé.

Mesures de prévention

Dans le but d’éliminer des accidents semblables à ceux énumérés plus haut, la CNESST s’est engagée à assurer une diffusion aussi large que possible de ses rapports d’enquête. Ceux-ci sont notamment envoyés aux associations d’employeurs et de travailleurs, aux associations sectorielles paritaires, aux gestionnaires de mutuelles de prévention, aux établissements de formation professionnelle et aux médias.

« Il y a beaucoup plus de diffusion aujourd’hui qu’il y en avait par le passé, indique Pierre Privé. On essaie de voir de quelle façon on pourrait rejoindre davantage de personnes avec les rapports d’enquête […] et mieux les utiliser en matière de prévention. »

En utilisant les réseaux sociaux pour présenter ces rapports, la CNESST poursuit son objectif de sensibilisation.

La CNESST utilise maintenant la simulation par ordinateur pour reproduire tous les accidents mortels. Les animations 3D ainsi réalisées sont accessibles au grand public.