Le travail en supermarché : plus risqué qu’il n’y paraît!

Photo : Shutterstock
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En 2018, les supermarchés et les épiceries ont procuré plus de 125 000 emplois dans la province1. Or, plusieurs risques sont associés à ces milieux de travail. Dans ce secteur d’activité, les postes temporaires sont fréquents et les jeunes travailleurs non expérimentés, nombreux. L’identification des risques et la mise en place de moyens de correction et de mesures de contrôle sont donc des éléments essentiels pour offrir un milieu de travail sécuritaire.

Bon an mal an, plusieurs accidents de travail et maladies professionnelles sont répertoriés dans les épiceries et supermarchés du Québec. Les lésions les plus fréquentes sont liées à des efforts excessifs lors de la manipulation des objets, à des chutes de même niveau, ou encore ils surviennent lorsque les travailleurs se penchent, grimpent, se tournent ou s’étirent. Le secteur affiche d’ailleurs une incidence supérieure à la moyenne québécoise pour les lésions musculosquelettiques.2

Or, les épiceries et les supermarchés sont caractérisés par de forts taux de roulement du personnel et par la présence importante de travailleurs peu ou pas expérimentés. Ces derniers représentent d’ailleurs une part importante des statistiques en matière de lésions dans le secteur des épiceries, soit environ 25 %3.

Pour une utilisation sécuritaire des machines

La grande majorité des supermarchés et des épiceries d’aujourd’hui comptent des départements spécialisés, comme la boulangerie et la boucherie. On y utilise plusieurs machines pour préparer et transformer les aliments, par exemple le trancheur à charcuterie, l’attendrisseur à viande, le hachoir à viande, la scie à ruban, le coupe‑légumes, la râpe à fromage, le tranche‑pain, le batteur‑mélangeur et l’éplucheur à ananas. Or, leur utilisation s’avère dangereuse si la machine ne comporte pas les protections ou les dispositifs de protection requis et si l’employé n’a pas reçu une formation adéquate. Il en est de même quand il s’agit de les nettoyer et d’en faire l’entretien, ce qui doit être fait fréquemment pour des raisons de salubrité.

« Fort heureusement, la majorité des machines vendues aujourd’hui sont dotées de protecteurs ou de dispositifs de protection, souligne Nathalie Paradis, ingénieure et conseillère experte en sécurité des machines à la CNESST. L’employeur a d’ailleurs le devoir de s’assurer que chaque machine est sécuritaire, en vertu du Règlement sur la santé et la sécurité du travail (RSST). Il doit notamment voir à ce que le travailleur ne soit pas exposé à un contact avec des pièces en mouvement d’une machine durant son fonctionnement. Nous avons une politique de tolérance zéro à cet égard à la CNESST. Cela dit, la formation et d’autres mesures de contrôle demeurent primordiales, à plus forte raison dans ces environnements à haut taux de roulement. Car si on utilise une machine de façon inadéquate, l’opération peut s’avérer risquée. Même si on sait que le travailleur ne se servira de cette machine qu’une seule fois, il doit être formé sur son utilisation sécuritaire. »

Des risques aussi variés que nombreux

Dans un supermarché ou une épicerie, les tâches sont nombreuses et variées : service à la clientèle, caisse, emballage, maintien des étalages, manutention en magasin et dans l’entrepôt, préparation et transformation d’aliments, nettoyage et entretien, etc. La grande variété de travaux à accomplir génère des risques variés :

    1. Les moyens et les équipements utilisés, comme les équipements de manutention, les machines pour la préparation et la transformation des aliments, les camions de livraison ;
    2. Les contraintes physiques, comme la manutention manuelle, le travail debout prolongé, l’exposition au froid, les chutes de plain-pied ou en hauteur ;
    3. Les contraintes psychologiques, dont les réactions agressives de la clientèle qui peuvent provoquer du stress.

La manutention, source de nombreuses lésions

Qu’il s’agisse de décharger des camions sur le quai de livraison, de placer et déplacer des denrées dans l’entrepôt ou d’effectuer la rotation et le maintien des stocks sur les tablettes ainsi que dans les réfrigérateurs et congélateurs de l’épicerie, la manutention nécessite un effort physique. Pour cette raison, elle peut comporter des risques pour la santé et la sécurité des travailleurs.

Ces risques peuvent provenir de l’effort lui‑même, ou encore de l’environnement où le travail est réalisé. « Dans les épiceries, les quais de chargement sont souvent petits et les allées des entrepôts sont parfois étroites, explique Sabina Samperi, conseillère en prévention et ergonome chez Via Prévention. Cela peut inciter les employés à recourir à la manutention manuelle. Or, il est toujours préférable d’utiliser des outils prévus à cet effet, pour réduire les risques de lésions musculosquelettiques. Et si c’est impossible, il faut alors éviter de forcer dans de mauvaises positions, et se rappeler que la zone à privilégier à cet égard, c’est celle se trouvant à la hauteur des hanches. »

L’IRSST vient d’ailleurs de publier une nouvelle approche de prévention en manutention manuelle, la stratégie intégrée de prévention en manutention, qui comprend cinq grands principes d’action pour réduire les risques. En outre, des aménagements ergonomiques assez simples peuvent être très bénéfiques. « Quand on pense qu’en 2018, 34,5 % des lésions professionnelles dans le secteur du commerce de détail sont des troubles musculosquelettiques (TMS), et que pour la période de 2007‑2016, 30 % des accidents dans les supermarchés et autres épiceries (sauf les dépanneurs) sont liés à un effort excessif, on comprend l’importance d’agir, mentionne Marie‑Claude Duford, conseillère experte en ergonomie à la CNESST. Parfois, il s’agit simplement de dégager l’espace de toute source d’encombrement, de réorganiser les étagères pour placer à la hauteur des hanches les objets qui nécessitent un remplacement fréquent, de garder des marchepieds adaptés au milieu de travail à portée de main et de maintenir les planchers en bon état. Ces gestes simples peuvent avoir un effet positif. Pour cela, toutefois, il faut savoir où agir. »

Identifier, corriger et contrôler

La CNESST préconise la mise en place d’une démarche d’intégration pour les nouveaux employés, qui comprend un plan de formation et une supervision au quotidien. Cette démarche doit inclure l’identification de chaque risque associé aux tâches à effectuer, un exercice que l’employeur pourra réaliser grâce à un outil d’identification des risques.

« Une démarche de prévention visant à identifier, à corriger et à contrôler les risques devrait être effectuée dans chaque épicerie et supermarché pour chaque tâche effectuée, même au sein d’une chaîne, conclut Catherine Ferland, conseillère en prévention‑inspection à la CNESST. Car chaque milieu de travail est différent et possède des particularités qui lui sont propres. Un tel exercice permet à l’employeur de savoir quels sont les risques dans son établissement et où ils sont situés pour ensuite les corriger, les contrôler. Il pourra ensuite axer la démarche d’intégration des nouveaux employés en conséquence, ce qui devrait comprendre une formation sur les risques inhérents à toutes les tâches auxquelles ils seront affectés. »

Une démarche de prévention faite en bonne et due forme peut donc faire rimer supermarché et sécurité !

  1. Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation. Restauration et vente au détail. Statistiques. Emploi.
  2. CNESST. Principaux risques de lésion par secteur d'activité.
  3. CNESST. Portrait lésionnel des jeunes travailleurs de 24 ans ou moins.