Lignes électriques aériennes sous tension : tout mettre en œuvre pour éviter les accidents

Photo : Shutterstock
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Les accidents causés par le contact avec des lignes électriques aériennes sous tension font l’objet d’une politique de « tolérance zéro » à la CNESST. En effet, ce type d’accident, qui peut s’avérer mortel, est trop souvent sous-estimé dans les milieux de travail... On fait le point sur la question avec deux experts.

Les politiques de « tolérance zéro » ciblent les dangers dont les conséquences peuvent être graves, voire mortelles. C’est pourquoi le manquement aux règles qui les entourent entraîne l’arrêt automatique et immédiat des travaux et peut donner lieu à des poursuites pénales. Les politiques de « tolérance zéro » s’appliquent donc à différents types de dangers, dont l’électrisation au contact d’une ligne électrique aérienne sous tension.

Le terme « électrisation » est utilisé pour signifier « recevoir accidentellement une décharge électrique », mais il n’est employé que dans les cas où la victime survit. Lorsque ce n’est malheureusement pas le cas, on utilise plutôt le terme « électrocution ».

Une légère baisse

Chaque année depuis 2010, près de 200 accidents surviennent à la suite d’un contact avec un élément électrique sous tension. Ce chiffre est sous-estimé, puisque les accidents mineurs ne nécessitant pas d’indemnisation ne sont pas comptabilisés. Annuellement, environ 3,3 accidents par électrisation sont mortels. Toutefois, depuis quatre ans, cette moyenne est en légère baisse, selon Francis Bergeron, ingénieur électrique et inspecteur à la CNESST. Aussi, de façon plus spécifique, les accidents impliquant un contact avec une ligne électrique aérienne sous tension s’élèvent, en moyenne, à six par an. Bien que ce nombre puisse paraître faible par rapport au total, en moyenne, deux accidents en lien avec les lignes électriques aériennes sont fatals, ce qui constitue la majorité des accidents mortels causés par le contact avec un élément électrique sous tension.

Des dangers omniprésents

Dans quelles circonstances ce type d’électrisations survient-il? Le plus souvent, ces accidents surviennent sur les chantiers de construction ou lors de travaux d’émondage. Sur les chantiers de construction, les électrisations surviennent notamment lors de travaux d’érection de structures, de toitures, de finition ou de rénovation des surfaces extérieures. Ces accidents peuvent impliquer des équipements déployables tels qu’une excavatrice, une grue, une nacelle aérienne ou un camion pompe à béton. Des accidents peuvent se produire aussi lors de travaux d’excavation relatifs à la canalisation d’égout, d’aqueduc ou de gaz, ou encore lors de travaux d’entretien à l’aide d’un échafaudage ou d’une échelle. Ailleurs que sur les chantiers de construction, les électrisations par contact avec une ligne aérienne peuvent survenir lors de travaux de livraison de matériaux, d’émondage et d’abattage, d’entretien de luminaires de rue, de lavage de vitres ou de pose de panneaux publicitaires.

La cause la plus répandue d’électrisation par contact avec une ligne aérienne est lorsqu’un équipement mobile rotatif entre en contact avec une ligne sous tension située à proximité. Pour illustrer cette situation, l’ingénieur électrique à la direction du génie-conseil de la CNESST, Éric Deschênes, donne l’exemple d’un travailleur livrant des matériaux de quincaillerie sur une toiture avec un camion-grue, un véhicule muni d’un mât articulé rotatif qui peut entrer en contact avec des lignes électriques se trouvant à proximité. Après un contact accidentel avec la ligne électrique, les livreurs ont souvent un mauvais réflexe, soit celui de retourner au camion afin de le déplacer dans le but de briser le contact avec la ligne à haute tension. Et lorsqu’ils touchent à la poignée électrifiée du camion, ils reçoivent une décharge électrique de 14 400 volts pouvant être mortelle…

Agir pour prévenir

Il est important de se rappeler que les employeurs sont responsables de définir les méthodes de travail pour assurer la santé et la sécurité des travailleurs. Pour les guider dans cette tâche, des règlements et des normes existent. Les employeurs ont aussi l’obligation d’offrir la formation requise aux employés afin qu’ils puissent travailler de façon sécuritaire et de superviser ces derniers afin que les normes soient respectées. Aussi, les textes réglementaires en matière de prévention sont fondamentaux. « Quand c’est écrit dans un règlement, il y a une force de loi et les gens y adhèrent plus », fait remarquer l’ingénieur et inspecteur Francis Bergeron. Parallèlement, des guides spécialisés destinés au grand public sont rédigés par les mêmes experts. Les textes réglementaires sont rédigés suivant des règles juridiques strictes et peuvent donc être moins accessibles pour les gens en général. Les guides permettent ainsi de préciser la nature exacte des obligations prévues dans les textes réglementaires.

Concrètement, lors de travaux se déroulant à proximité d’une ligne électrique aérienne, l’employeur doit veiller à ce que personne n’exécute de travaux au cours desquels une pièce, une charge, un échafaudage, une composante de machinerie ou une personne risque de s’approcher d’une ligne électrique à moins de la distance d’approche minimale spécifiée à l’article 5.2.1 du CSTC (consulter le tableau ci-contre). L’article 5.2.2 nous informe également que l’employeur qui se propose d’effectuer le travail à une distance inférieure à la distance d’approche minimale spécifiée à l’article 5.2.1 peut procéder si l’une des conditions suivantes est respectée :

  1. la ligne électrique est mise hors tension ;
  2. l’employeur a convenu par écrit, dans une convention avec l’entreprise d’exploitation d’énergie électrique, des mesures de sécurité à prendre. Avant le début des travaux, il doit transmettre une copie de cette convention ainsi que son procédé de travail à la Commission. Ces mesures doivent être appliquées avant le début du travail et maintenues jusqu’à ce qu’il soit terminé ;
  3. l’équipement de construction déployable tel que rétrocaveuse, pelle mécanique, grue ou camion à benne basculante est muni d’un dispositif ayant 2 fonctions :
    1. la première avertit le conducteur ou bloque les manœuvres, de façon à respecter la distance d’approche minimale prévue à l’article 5.2.1 ;
    2. la seconde fonction bloque les manœuvres en cas de défaillance de la première.

Le dispositif visé au paragraphe c doit faire l’objet d’une déclaration écrite, signée par un membre de l’Ordre des ingénieurs du Québec, attestant qu’il remplit les fonctions décrites aux sous-paragraphes i et ii et qu’il n’endommage ni ne rend instable l’appareil lors du blocage des manœuvres.

Distances d’approche minimales

  • Plus de 550 kV : 12 mètres
  • De 250 à 550 kV : 8 mètres
  • De 125 à 250 kV : 5 mètres
  • Moins de 125 kV : 3 mètres

Le témoignage de Marjolaine

En septembre 2015, le conjoint de Marjolaine est décédé au travail d’une électrocution. Dans un témoignage, elle raconte que son conjoint a voulu aider ses collègues afin d’effectuer le levage d’un poteau électrique. Il le tenait donc, pendant que deux autres travailleurs effectuaient les manœuvres. Le poteau s’est cambré et enlisé dans des fils électriques à proximité. Comme il tenait le poteau à deux mains, le conjoint de Marjolaine est décédé sur le coup. De fait, le travailleur ne possédait pas la formation nécessaire pour prendre part à ces travaux. Marjolaine croit qu’un tel accident aurait pu être évité si son conjoint avait été informé des dangers.


Sources : Article 5.2.2 du CSTC, article 331 du RSST et article 51(3) de la LSST.

Personnes-ressources : Éric Deschênes, ingénieur électrique à la direction du génie-conseil de la CNESST, et Francis Bergeron, ingénieur électrique et inspecteur.